Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 14:20

La France, qui fait de l’éducation son premier pôle de dépense, navigue péniblement au milieu de classe des pays de l’OCDE, incapable de former les jeunes issus des milieux défavorisés. 25% de sa jeunesse est au chômage. Des braquages en série viennent poser une épée de Damoclès sur les buralistes ou les diamantaires. Une violence qui s’impose durablement dans la société, avec la renaissance d’une extrême droite plus zélée que jamais, contestant la légitimité du pouvoir et fomentant la contre-révolution. Les plans sociaux se multiplient et notre industrie est exsangue. Sans compter qu’au loin s’esquisse un conflit de tous les dangers en Centrafrique. 

Mais à entendre les médias, rien de tout cela ne semble intéresser les Français. Non. A les lire, les voir ou les entendre, ils n’auraient qu’une priorité, qu’un désir, qu’une obsession : Nicolas Sarkozy reviendra-t-il en politique pour se prendre sa revanche face à François Hollande en 2017 ?

Les sujets et les unes se multiplient, quand les éditorialistes ne viennent pas broder l’ouvrage de Pénélope, défaisant leurs argumentaires, qui sont autant de fantasmes, au gré des sondages commandés en masse sur la question.

sarko.jpg

Un jour l’on apprend que 60% des sympathisants de l’UMP souhaiteraient le voir être candidat en 2017 ; un autre que 46% des Français préféreraient le voir aujourd’hui président, contre 27% qui soutiennent Hollande. Valeurs actuelles qui disputent au Figaro le rôle de la Pravda de droite imagine même Sarkozy « écraser » Hollande à l’aune d’un sondage sur des adjectifs qualificatifs que les Français accorderaient aux deux hommes…

Les médias et les Français semblent à la fois fous, artificiels et frappés d’Alzheimer.

Fous car comment lancer de tels plans sur la comète Sarkozy pour 2017 quand le calendrier n’indique que décembre 2013 ? Soyons précis : il s’est passé moins de temps depuis mai 2012 qu’il n’en reste d’ici la prochaine présidentielle. 19 mois se sont écoulés quand il en reste encore 40… D’ici là, des municipales, des européennes, des régionales des cantonales et mêmes des sénatoriales se dérouleront. Autant d’échéances qui permettront de voir venir et de juger des forces en présence. Autant de moments de vérité démocratique qui donneront la mesure de la menace nationaliste sur nos têtes. Autant de temps qui est donné pour surtout trouver des solutions à cette crise qui n’en finit pas. Certainement pas pour lorgner vers une autre élection, une de plus, surtout à une période où l’on ne cesse de rappeler que le politique a de moins en moins de légitimité aux yeux des citoyens.

Artificiels car cet engouement autour de Nicolas Sarkozy aurait des vertus s’il était motivé par une direction, des idées, un programme. Si l’ancien président avait, enfin, fait amende honorable de son chaotique quinquennat. S’il avait fait son mea culpa sur son insupportable buissonnade notamment lors de la présidentielle 2012. Mais de ces remises en question, de propositions, de projet, il n’en est nullement question. Des images, des sourires, des applaudissements au concert de sa femme suffisent à alimenter la story telling, cet insupportable terme qui s’est imposé à la vie politique française. La forme maquille outrageusement la vacuité que représente actuellement l’épaisseur politique de Nicolas Sarkozy. Finalement, que représente ce retour si ce n’est l’annonce d’une revanche, le pansement attendu sur la blessure de l’ego indélébile pour l’homme ?

Enfin frappés d’Alzheimer. Car il faut se frotter les yeux pour découvrir à quel point les Français ont oublié ce qu’a pu représenter le lustre Sarkozy. Les indécences de sa vie privée, la droite bling bling au mépris des classes populaires et moyennes, la politique des sondages, le bouclier fiscal, le cancer de l’assistanat, l’opprobre sur l’islam et les Roms, des suppressions de postes dans l’éducation nationale à l’aveugle suivi de l’extermination sans rémission de leur formation, Frédéric Lefebvre et Nadine Morano… L’inventaire pourrait noircir des pages, les pages noires de notre République.

Léché, lâché, lynché, Nicolas Sarkozy n’a en réalité jamais cessé d’être le jouet de l’insatiable fascination des médias, et par là même, en gentils consommateurs, de certains Français autour de son personnage. Aujourd’hui, la République doit grandir et apprendre, de toute urgence, à oublier Nicolas Sarkozy. Et les médias avec elle.

Partager cet article

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche