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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 09:50

Natacha Polony interroge la ministre Dominique Bertinotti (FRANCE 2/YOUTUBE)

Natacha Polony interroge la ministre Dominique Bertinotti dans "On n'est pas couché" du 15 septembre 2012 (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

Jamais la question sur le mariage des homosexuels et l’adoption n’aura autant fait parler d’elle. Et ce alors que le projet de loi ne sera présenté en Conseil des ministres que le 24 octobre. Et ce ne sont pas les agitations des bigots, pourtant parfaitement en ordre de marche, qui en sont la cause. En précipitant un entretien au quotidien "La Croix", tout un symbole, Christiane Taubira n’a pas aidé à apaiser un débat qui s’annonce mouvementé.

 

Décevant les associations sur la PMA, qu’elle a semble-t-il d’ores et déjà exclu avant même que d’avoir terminé ses rencontres préliminaires pour dresser le cadre de la loi, et désespérant ceux qui voudront en vers et contre tous lutter contre cette "modernisation" des institutions (un terme que, bien évidemment, ils récusent), la Garde des Sceaux s’est montrée quelque peu imprudente. Et d’aucuns s’amusent à dépeindre le gouvernement Ayrault s’encanaillant au rythme de la danse des canards à voir tant de couacs s’enfiler comme des perles.

 

Dominique Bertinotti, invitée à "On n’est pas couché", avait l’occasion de rectifier le tir. Avec l’avantage, en outre de la longueur, puisqu’aux 6 questions/réponses de sa collègue à la Justice, la ministre déléguée à la Famille eut le droit à près de 40 minutes d’entretien. Bien plus qu’il n’en faut pour faire montre de pédagogie.

 

Las. De pédagogie, nous n’en eûmes qu’un simulacre. Et de débat, une absurde imposture.

 

Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup, pas vrai ?

 

Sur la sortie de Christiane Taubira, Dominique Bertinotti n’eut que langue de bois et prose ankylosée d’où ne ressort que cette formule qui suffisait à traduire le malaise : "Dans toutes les familles, il y a des couacs." Qu’il fut vain, alors, de prétendre le contraire avec tant de maladresses en vantant notamment le dynamisme de Taubira, avec ce que la langue française fait de pire dans l’ironie non consentie.

 

La ministre de la Famille, soucieuse de rectifier le tir, vérifia bien à ne surtout pas basculer dans la justice expéditive, comme ce fut fait, lundi, dans les colonnes de "La Croix". Mais à force d’éviter toute certitude, Dominique Bertinotti oscilla entre le trouble, l’impressionnisme et le flou. Et comme le dirait la désormais ancienne secrétaire du PS, quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup.

 

Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille, était invitée dans "On n'est pas couché" (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

Répondant soit à côté, notamment sur la question primordiale de l’égalité face à la PMA (une question soulevée par le nouveau chroniqueur Aymeric Caron) dans le cas où elle serait autorisée sans la possibilité d’avoir recours à une mère porteuse, ce qui exclurait les couples d’hommes, soit en ressassant le caractère moderne d’un projet qui ne ferait que suivre une tendance qui fut avant-gardiste en Europe, elle n’a fait que décevoir tout le monde. Les associations ou les principaux concernés par le projet n’ont eu aucune réponse précise quant à leurs demandes ou leurs craintes, les opposants n’ont vu qu’une détermination de forme maquillant la vacuité du fond, et ceux qui voulaient s’informer auront bien eu du mal à y voir plus clair.

 

À vouloir ménager la chèvre et le chou, la ministre de la Famille n’a fait que décevoir. Et le gouvernement d’opérer deux erreurs de communication sur le même sujet. Cela fait "un peu beaucoup" en si peu de temps sur un débat qui n’en est pas encore à son acmé.

 

Natacha Polony, ou la caricature de la réac

 

Mais si la ministre brilla par sa transparence, il y en a une à qui l’on ne risque pas de faire le même reproche. Et Natacha Polony d’incarner la "réac" de la soirée, sous des traits si caricaturaux qu’il est légitime de se demander si la chroniqueuse n’avait pas voulu, le temps d’un soir, se donner un rôle face à son collègue qui avait été remarqué la semaine passée.

 

À tort, cette ancienne journaliste de "Marianne" est cataloguée comme la polémiste de "droite" dans l’émission sous le fallacieux prétexte qu’elle prête sa plume au "Figaro". Errance du bipartisme. Pourtant, la saison passée, il fallait bien tendre l’oreille pour prétendre discerner qui d’Audrey Pulvar ou de Natacha Polony était la plus critique envers le système sarkozyste, sans doute parce que l’une était déçue d’avoir voté pour lui en 2007. Cela ne suffit pourtant pas pour la classer parmi les plus libérales.

 

Quoi qu’il en soit, hier soir, ce fut pourtant un bouquet fleuri des clichés les plus ubuesques, une caricature des arguments que les bigots épousent à l’envi dans leur croisade contre le projet. Ainsi, tour à tour, Natacha Polony avança d’un ton péremptoire que le mariage était davantage une institution qu’une loi, et que si la République devait faire respecter le principe d’égalité pour la seconde, il n’en était rien pour la première rajoutant que seuls un homme et une femme pouvaient se marier puisque "la nature est comme ça".

 

"Nous sommes égaux en droit et pas par nature", s’exclama Polony… Oubliant par là même que l’institution du mariage dans notre pays répond au champ républicain, qui veut que l’on ne différencie pas les citoyens en fonction de leur orientation sexuelle. Mais bien évidemment, face à une ministre mal préparée et tellement peureuse de faire le moindre impair, Natacha Polony put distiller ses dogmes sans la moindre contestation pertinente, rajoutant une couche de vernis à sa croûte argumentative : "On maquille la nature."

 

Elle enchaîna en expliquant que la filiation était la sève même du mariage... excluant de fait les couples stériles ou même ceux qui ne désirent pas d’enfants. Souhaitons bon courage à Natacha Polony pour proposer un amendement les excluant de facto des conditions pour se marier… À moins bien évidemment qu’elle ne sous-entende que leur hétérosexualité ne les affranchisse d’un devoir que l’on exigerait seulement aux homosexuels.

 

Puis la mauvaise foi toucha à son paroxysme quand la ministre eut enfin une parole juste : "Le rôle de l’État n’est pas de dire quel est le modèle." Ce à quoi Natacha Polony répondit avec une fraiche et crasse bêtise : "C’est ce que vous faites." Oui, Madame Polony, le projet de loi de François Hollande vise à demander à tous les Français de devenir homosexuels pour se marier, et vise à faire des couples entre deux hommes ou entre deux femmes le modèle républicain. Quand dans un débat, l’entêtement se couple avec la mauvaise foi, le fruit n’est pas loin d’être complètement pourri, on l’aura bien compris.

 

Comme dans toute bonne soirée, il faut un François Pignon

 

Il fallait bien, comme dans toute soirée, un beauf qui vient apporter son petit grain de sel pour divertir la galerie. Et pour apporter encore plus d’inepties dans un vivier déjà bien fourni en la matière. Ainsi, nous eûmes le droit, de la part de Laurent Ruquier, à un gratiné : "Les hétéros baisent partout et ce sont les homos qui veulent être tranquille à la maison avec les gosses." Vous me direz, contrairement à sa chroniqueuse, l’animateur eut au moins le goût d’apporter du second degré à sa caricature vulgaire.

 

Mais encore une fois, Laurent Ruquier n’en finit plus sur cette position qu’il a déjà maintes fois tenu dans toutes ses émissions, y compris la semaine dernière dans l’une de ses dernières performances à "On ne demande qu’à en rire" en sa qualité de jury, qui explique qu’à titre personnel, il n’est pas pour, tout en expliquant que lorsqu’il entend ceux qui sont contre, il a envie de soutenir le projet…

 

Laurent Ruquier ne fait qu’exprimer sa position personnelle, sur sa volonté personnelle de ne pas s’engager à titre personnel dans un mariage. Point de redondance sémantique ici, mais une insistance démontrant le non-sens de cette position : on ne demande pas de savoir si l’on veut, soi, se marier, mais si on laisse le choix, à ceux qui le veulent, de le faire.

 

Laurent Ruquier n’a toujours pas compris la nuance, ce qui lui vaut d’être cité en référence aux côtés d’Hervé Villard, dans un argumentaire qui figurait dans le feu site des FNJ (Front national de la Jeunesse) il y a un an encore, mais que l'on peut retrouver ici même, pour montrer que même les homosexuels ne voulaient pas eux-mêmes du mariage.

 

Comme quoi, la caricature mène à tout. Même à se faire applaudir des extrémistes. 

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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