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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 10:44

Ce n’est pas la première fois que la mouche l’a piquée mais Marine Le Pen voit rouge quand on classe son parti dans l’extrême droite et promet à l’avenir de porter plainte. Contrairement à ce que l’on a pu lire ou entendre, la polémique n’est pas seulement sémantique : c’est l’acte final de la métamorphose du Front national.

La question n’est pas de savoir si le Front national fait effectivement partie de l’extrême droite : comme le rappelle Laurent de Boissieu, le Ministère de l’Intérieur distingue lui-même le FN de l’extrême droite, car rappelle-t-il « Parce que le bureau des élections du ministère de l’intérieur sort un parti des grandes catégories si celui-ci a atteint un certain poids électoral, c’est-à-dire en ce qui concerne le FN depuis les élections législatives de 1986. »

C’est en quittant son statut de groupuscule qu’il s’était débarrassé de son étiquette. Pour autant, le Front national en avait-il quitté la matrice ?

Bien évidemment que non.

En faisant des immigrés des boucs émissaires permanents, en étant Provie contre l’égalité des Droits et pour la peine de mort, le FN était devenu une grande auberge espagnole, fidèle d’ailleurs à la tradition de l’extrême droite qui a toujours eu du mal à se rassembler. Des identitaires aux intégristes traditionnalistes, sans oublier les antisémites que Jean-Marie Le Pen n’a jamais cessé de flatter et de séduire à grande gerbe de déclarations fleuries, pot pourri, tout ramenait le Front national à l’étiquette décriée.

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L’arrivée de Marine le Pen à la tête du parti a quelque peu brouillé les pistes. Faisant mine de s’attaquer à tout ce qui faisait patibulaire, elle a exclu les bombers et autre crânes rasés des défilés, exclu également Alexandre Gabriac pour un salut nazi, ou encore fait le ménage dans le réseau de Gollnisch plus isolé que jamais au Bureau national.

Mais, naïfs, et ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui ont pu y voir un virage à 180 degrés. Marion Maréchal Le Pen qui deviendra députée et Julien Rochedy, chef de fil des jeunes Marinistes se sont rappelés au bon souvenir de certains, clichés à l’appui pour démontrer que la relève n’était pas prête à rompre avec les anciennes relations, à l’image de la Présidente qui valsa dangereusement à Vienne. Bruno Gollnisch continue de protéger au sein du Conseil Régional Alexandre Gabriac, alors que celui-ci était à la tête des Jeunesses nationalistes avant que le groupe ne soit dissout en juin dernier. Le même Gollnisch qui dit d’un député de la République qu’il est un « français de relativement fraîche date », et explique que « ces gens-là » manquent de décence parce qu’ils veulent « faire venir tout le monde » alors qu’on les a « invité chez nous »… Toute ressemblance avec l’extrême droite serait donc fortuite à croire Marine Le Pen.

Récemment, c’est le leader du bloc identitaire, organisateur des apéros saucisson-pinard, et ouvertement anti-musulman qui a rejoint les rangs des Marinistes

En réalité, peu importe tous ces faits que le citoyen continue à ignorer superbement, faute d’une sphère médiatique consciencieuse, et qui mettrait en face de Marine Le Pen ou de Florian Philippot, quand ils sont invités sur les plateaux, à s’exprimer. La Faute aussi à Mélenchon et ses amis, dont les outrances ne font que le placer à hauteur de Marine Le Pen… en moins séducteur pour les électeurs…

Ce qui semble aujourd’hui irrémédiable c’est que dans la tête de ces fameux citoyens, le Front national a réussi là où François Bayrou a lamentablement échoué : ringardiser définitivement l’étiage gauche/droite. Florian Philippot, à qui Marine Le Pen doit beaucoup, est parvenu à modifier une partie de l’ADN du parti. Pas celle de ces adhérents. Mais celle de son volet économique.

Pendant des années, le FN surfait sur des lendemains incertains, car sa poussée dans les classes populaires se heurtaient violemment à un programme économique ultra-libéral, pour une négociation des salaires directement avec l’employeur sans smic, pour la liberté de licenciement, contre les impôts… Ses fiascos à la tête des municipalités n’en furent qu’une conséquence directe.

Issu des rangs chevènementistes, Florian Philippot est parvenu à placer le FN sur les mêmes bases que le Front de gauche, avec un état fort et une condamnation sans partage de l’Europe, devenue bouc émissaire numéro un. Evidemment, le FN rajoute un autre bouc émissaire, en la personne de l’immigré ou même de l’islam que l’on maquille en islamisme pour faire bon genre, mais le discours lui est semblable.

Le FN est parvenu à inventer un nouveau baromètre qui n’est plus dans un clivage droite/gauche mais qui est dans celui europhile/eurosceptique. Et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles sa position est apparue confuse et maladroite lors du mariage pour tous, quand le clivage droite/gauche, progressiste/conservatisme refaisait surface.

Dans cette nouvelle grille de lecture, qui tend à s’imposer dans la population, l’étiquette même d’extrême droite n’existe plus. Du moins dans la tête des électeurs. C’est tout le pari que fait Marine le Pen à la veille d’une année électorale capitale.

Caricature du talentueux Placide

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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