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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 20:58

Il n’aura pas fallu attendre longtemps. Marine Le Pen avait pu surprendre il y a deux jours, quand, avec sobriété, elle avait expliqué qu’il n’y avait plus de temps politique et que l’heure était au recueillement. On peut aussi interpréter ce silence forcé : n’a-t-elle pas eu peur de voir le spectre d’Oslo venir hanter la campagne, à un moment où elle était déjà sur une pente descendante dans les sondages ?

 

Un drame qui sert les intérêts du Front national ?

 

Dans l’urgence, elle avait même anticipé l’annulation de l’émission politique prévue lundi soir. Ainsi pendant deux journées, la candidate du FN s’était astreinte à une forme de mutisme, attendant de pouvoir croquer à nouveau à pleines dents dans le débat politique et espérant peut-être secrètement que cette tuerie n’allait pas se finir en boucherie pour ses équipes. Un comble pour celle qui a fait du halal un thème récurrent de sa campagne.

 

On imagine quel put être le soulagement quand, en pleine nuit, elle apprit que la tuerie était vraisemblablement l’œuvre d’un islamiste. Et ce pour deux raisons :

 

- D’une part, la menace de voir l’Extrême droite mêlée à cette histoire, ce qui aurait immanquablement rejailli sur elle, a complètement disparu

- D’autre part, la tuerie de Toulouse allait apporter l’événement qui allait remettre ses fondamentaux à la une des médias : les dangers de l’islamisme.

 

Du pain béni pour la candidate du FN qui est aussitôt partie à l'abordage de tous les plateaux et de tous les directs. La trêve avait été de courte durée. Qu’on se le dise : Marine Le Pen avait repris le glaive.

 

De ses interventions multiples, celles face à Christophe Barbier, dans l’émission "L’invitée politique" d’Itélé, diffusée chaque matin à 7h45, fut éclairante.

 

Marine Le pen sur i télé face à C... par warrant

D’entrée, elle lance une phrase "choc", de celles qui pourraient rythmer les prochaines semaines : "Le risque fondamentaliste a été sous-estimé en France". À l’aise dans son thème de prédilection, la présidente du FN a rappelé en quelques mots que, sur cette thématique, c’est elle qui allait à présent donner le tempo de la campagne.

 

Marine Le Pen règle ses comptes avec tout le monde

 

Mais, alors que l’on s’attendait à entendre ses éternels arguments sur les dangers de l’islamisme (qu'elle a mentionnés malgré tout), le débat faillit tourner au vinaigre quand Christophe Barbier lui demanda si on n’allait pas être tenté de l’accuser de faire de la récupération politique si elle parlait de fondamentalisme. Sa réponse :

 

"Excusez-moi Monsieur Barbier, mais ce n’est pas moi qui, pendant 24 heures, sur toutes les chaines nous a expliqué que si l’individu recherché était issu des milieux d’extrême-droite, la première à en pâtir ce serait Marine Le Pen. C'est vous".

 

Preuve s’il en fallait que la présidente du FN n’était pas si sereine. L'heure est alors à la revanche. Et Marine Le Pen déclare alors sans gêne :

 

"En quoi je suis de prêt ou de loin proche de néo-nazis ? (…) Je n’ai rien à voir avec l’extrême-droite." Que deviennent, que deviennent, que deviennent, Valses de Vienne, dis-moi ce que t’as fait…

 

Puis, après avoir réglé ses comptes avec Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou, qu’un communiqué du FN a qualifié de "salauds" (brillante illustration de la notion de respect), Marine Le Pen s’en est allée sur les sentiers de l’international. Non sans quelques pépites que je vous propose de découvrir :

 

"En Libye, ce sont les même fondamentalistes qu’on a mis au pouvoir, ce sont les mêmes djihadistes qu’on a mis au pouvoir avec notre armée, avec notre argent."

 

Que le gouvernement libyen post-Kadhafi ait suscité des inquiétudes en voulant instaurer la charia, c’est une certitude, que l’on parle de personnes proches des mouvances fondamentalistes, cela se comprend encore. Mais des djihadistes au pouvoir ? Est-ce bien raisonnable ? Et passons sur les raccourcis qui font du contribuable français le complice d’une ingérence puisque "notre argent" a mis des djihadistes au pouvoir en Libye. Il faut dire que le Front national, et particulièrement Jean-Marie Le Pen, a toujours eu quelques égards pour Mouammar Kadhafi…

 

Papa justement qui a dû entendre siffler ses oreilles quand sa fille a expliqué :

 

"Essentiellement, l’antisémitisme aujourd’hui est lié au fondamentalisme islamique." L’homme du "détail" se serait découvert djihadiste ce matin ? Il eût été passionnant de voir son visage à la découverte de la chose. Sans parler de ses proches du GUD.

 

Récupération politique : des sommets d'hypocrisie

 

Se défendant de vouloir faire de la récupération politique, en se posant en victime ("Je me demandais bien comment vous alliez finir par me trouver une responsabilité dans cette affaire"), Marine Le Pen n’en est plus à une contradiction près puisqu’elle explique ensuite : "La sécurité vient de s’inscrire dans la campagne."

 

Moment surréaliste avec, cerise sur le gâteau, une accusation : "Certains politiques jouent sur la peur". Ah oui ? Et qui donc, Marine Le Pen ? Ceux qui prétendent qu’il y a une montée de l’islamisme à l'aide d'affiches qui ont été interdites tant elles attisaient la haine et les amalgames ? Ceux qui affirment de ma même manière qu’il y aurait 10 millions de musulmans en France, comme elle le déclara dans "Haaretz", dans un entretien avec Aaron Primor, défiant toutes les études menées dans le domaine ? Ceux, encore, qui lancent sans précaution que l’intégralité de la viande vendue en région parisienne serait halal ? Que l’euro va s’effondrer ?

 

Le délire est total, et rien ne semble l’arrêter. Fort heureusement, Christophe Barbier parvient tout de même à ridiculiser sa proposition concernant le référendum sur la peine de mort et sur son caractère dissuasif face à de telles personnalités : "Ca leur fait pas peur de mourir", rappelle fort à propos le rédacteur en chef de "L’Express" face à une candidate qui, loin de se laisser décontenancer, persiste dans son délire : "Je ne suis pas sûr, Monsieur Barbier".

 

Ah oui ? Mais alors, Marine Le Pen, c’est quoi un djihadiste ?

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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