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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 18:35

Si l’institut Civitas et son président Alain Escada étaient encore inconnus du grand public, force est de constater que le dernier week-end a rectifié le tir.  Ciblant une manifestation ce dimanche pour s'opposer au projet de loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux homosexuels, les intégristes, puisque se revendiquant de la Fraternité Saint-Pie X proche de Saint-Nicolas du Chardonnet, ont pourtant eu la désagréable surprise de voir que la notoriété de l'institut n’était pas liée à l’adhésion à son message.

Bien au contraire, étouffée par la gigantesque "manif pour tous", qui a réunit plus de 100.000 manifestants, soit dix fois plus que la sienne, Civitas a surtout marqué les esprits par l’affrontementqui a opposé les Femen et le service d’ordre particulièrement viril de l’institut, certainement renforcé par les gros bras du GUD ou encore de l’œuvre française, deux piliers de l’extrême droite française, qui feraient passer le FN pour un parti républicain, si Marine Le Pen n’avait pas passé tant de temps avec les leaders du premier cité dans sa prime jeunesse, dans des soirées mouvementées comme le confirma l’été 2011, le hors-série du "Canard Enchaîné", intitulé "les Dégâts de la Marine".

 Civitas-Femen.jpg

Des violences choquantes, avec coups de pieds, de poings sur des femmes qui n’avaient que leur message peinturluré sur leur corps en guise de bouclier et de haubert… Difficile de garder la tête haute face à ce déferlement de violence, dont fut victime aussi Caroline Fourest, venue réaliser un reportage sur les Femen, et qui subit le même sort que son sujet de travail, et qui a décidé de porter plainte.

Vexé, Alain Escada a senti que l’affaire allait tourner en sa défaveur, et il rédigea par précipitationun communiqué dès le dimanche soir, dont la mauvaise foi est assez unique en son genre, vous laissant lecteurs seul juge du subterfuge.

Civitas

 

Revendiquant 20.000 manifestants (2000 de plus que ce qu’il annonça dans la rue de sa propre bouche, et 11.000 de plus que la police), le président de Civitas a tenu à féliciter chaleureusement tous les participants et évoquant donc "un grand succès". Puis s’empressant de se justifier, il ajouta :

 

"C’est sans doute ce qui a suscité les vives craintes de Caroline Fourest qui a immédiatement répandu dans la presse sans apporter de preuve qu’elle était venue comme journaliste et qu’elle avait  été 'tabassée' à plusieurs reprises. Compte tenu de ses revendications affichées sur le sujet de l’homosexualité, on peut clairement s’interroger sur l’impartialité de cette journaliste en la matière et sur le caractère plus que provocateur de sa présence."

Eh oui, être pour le mariage – et sans doute être lesbienne à lire entre les lignes – est rédhibitoire quant à l’authenticité de votre parole. Pire, sa simple présence est une provocation. Qui pourrait sembler être un prétexte suffisant à justifier une agression ?

 

 

Mais finalement, puisque Alain Escada ne peut contester, images à l’appui, que des violences ont bel et bien été perpétrées (et malheur à Caroline Fourest de ne pas avoir filmé son tabassage, à en croire Escada), que reproche-t-on aux Femen ?

"Lors de notre marche de ce dimanche, cette dame accompagnait des extrémistes féministes et homosexuelles qui se sont présentées entièrement dénudées devant les enfants (ce que cette journaliste appelle de 'l’humour'). Leur contre-manifestation n’était pas déclarée. Elles se sont approchées de notre colonne en hurlant, en présence des forces de sécurité."

Diantre, la nudité, pardi ! On n’imagine ce qu’il serait advenu à Eve s’ils l’avaient rencontrée au coin de la rue…

 

Des violences méritées ?

 

Finalement, on en arrive à la conclusion que non seulement Alain Escada et Civitas nient presque les violences faites sur Caroline Fourest, mais, ne pouvant s’amender de celles qu’ont subies les Femen, en arrivent à faire comprendre en filigrane qu’elles l’avaient finalement bien mérité. Toute ressemblance avec une affaire de viol provoquée par une "femme aguicheuse" est bien évidemment purement fortuite.

Il faut dire que pour Civitas, la violence est devenue une routine. Au printemps 2011, le lendemain d’une manifestation retentissante organisée par ses soins pour contester la présentation du Piss Christ à Avignon, l’œuvre est vandalisée après séquestration du gardien du musée et menaces réitérées à l’encontre du directeur. À l’époque, Alain Escada banalise l’événement :

"Je n'ai ni à cautionner, ni à condamner ce qui s'est passé ce matin à Avignon. Cela reflète une exaspération compréhensible."

Déjà à l’époque, Alain Escada manifeste le goût pour inverser les rôles de victimes et bourreaux :

"Je m'étonne que les personnes qui sont intervenues aient pu entrer et agir si facilement, alors qu'on nous avait annoncé un renforcement des mesures de sécurité du musée."


 Christianophobie-ca-suffit.jpg

Pour la pièce "Sur le concept du visage du fils de Dieu" et de "Golgota Picnic" à l’automne 2011, il va plus loin puisque, alors qu'une des représentations est interrompue, et que des manifestants sont arrêtés avec des couteaux dans la poche, sans doute une preuve de leurs amicales intentions, il n'hésite pas à affirmer : 

"Je rends hommage à ces jeunes qui ont eu le courage de s’exprimer publiquement."


Une association en contradiction avec la République


Les scènes de dimanche ne viennent qu’alimenter une chronique régulière de la violence perpétrée ou cautionnée par Civitas. Voilà pourquoi, Anne-Yvonne Le Dain, députée PS de l’Hérault, va demander ce mardi à interdire l’association. Et d'autres avec elle.  Une requête qui, à en croire les spécialistes, est loin d’être acquise, concernant le droit associatif.

Pourtant, il conviendrait d’aller au-delà. Car Civitas ne revendique pas seulement un caractère sulfureux : elle est en contradiction avec la République qu’elle souhaite raser pour réinstaurer un système donnant le pouvoir au droit divin.

Ainsi, à l’automne 2011 chez "Zemmour et Naulleau", Alain Escda expliquait très simplement les visées de son institut :

"C'est un lobby catholique qui vise effectivement à restaurer une France dont les décisions seraient inspirées de la doctrine de l'Église."

 

Alain Escada de Civitas chez Zemmour - La... par confiteor-II

On ne saurait être plus clair dans sa volonté de pourfendre la République et ses valeurs. Ceux qui estimaient que seuls les intégristes musulmans voulaient abolir la République en instaurant la charia en seront pour leur compte.

Dans un entretien publié peu après sa nomination au poste de président de Civitas le 15 mai dernier, Alain Escada confirme sa détestation de l'héritage révolutionnaire, et de la République en évoquant un futur sans elle :

"Avec la révolution de 1789, la France exerça un rôle mondial dans la propagation de la subversion révolutionnaire. Lorsque la France retrouvera les promesses de son baptême, l'influence bienfaisante sera elle aussi mondiale."

Pour Civitas et Alain Escada, les lois divines sont supérieures aux lois de la République. Dans ces conditions, la question de la survie de Civitas ne tient pas seulement du droit associatif : il en va de son incompatibilité, son hostilité, et surtout de sa dangerosité vis à vis de notre République. Ni plus, ni moins. 

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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