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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 17:27

N’a-t-on jamais autant parlé du mariage pour les homosexuels ? Il est permis d’en douter, au point qu’un membre d’une association gay me confiait il y a peu que si le projet ne passait pas, au moins il y aurait à se réjouir de voir le sujet aussi présent dans l’actualité.

Étonnante confession qui laisse à penser que la loi, qui n’est encore qu’à l’état de projet, est loin, très loin, d’être votée, contrairement à ce que pensaient certains avec un peu trop d’optimisme, estimant que l’élection de François Hollande et la victoire de la gauche aux législatives suffiraient à leur donner gain de cause. Bien au contraire le vent tourne, comme le confiait cette semaine Nicolas Domenach dans "La Nouvelle Edition" (à partir de 10’20) :

 

 

"Certains conseillers élyséens ont dit à François Hollande : 'Attention, on va au casse-pipe. Il faut peut-être s'arrêter là-dessus, stopper tout'", raconte Domenach, qui était au cœur du Congrès de Toulouse la semaine dernière et qui a pu sentir la peur des élus, face aux citoyens qui paraissent plus partagés que ne le laissaient présager les sondages de la fin de l’été, qui donnaient 65% d’opinions favorables pour le mariage et 53% pour l’adoption.

Seulement entre temps, les opposants au mariage homosexuel se sont manifestés. Vivement. Et leur omniprésence dans les médias fait que chaque prise de position contradictoire au dessein du gouvernement est reprise quand les partisans de la loi sont eux atteints d’une inquiétante aphasie.

 

Lebel, Barbarin, Bompard, Zemmour...

 

Qui n’a pas entendu François Lebel, maire du VIIIe arrondissement de Paris et membre de la toute nouvelle formation prétendument humaniste qu’est l’UDI, affirmer que si la loi venait à passer,"comment s'opposer demain à la polygamie en France ?". Et ajoutant à sa longue liste de tabous qui risqueraient de tomber l'âge légal des mariés, les mariages consanguins, la pédophilie et l'inceste.

Qui n’a eu écho du cardinal Barbarin, affirmer que le mariage pour les homosexuels ouvrirait la voie à la polygamie ou à l’inceste ?

Qui ignore la promesse de Jean-François Copé de ne pas marier des homosexuels si la loi venait à passer, après celles de 1.828 autres maires que compte la pétition initiée par le député-maire d’Orange Jacques Bompard ?

Sans oublier, bien évidemment, la surenchère opérée par François Fillon lors de son monologue contradictoire face à Jean-François Copé, visant à annuler la loi si la droite venait à gagner la présidentielle en 2017 ?

A l’inverse, que sont devenues Christiane Taubira et Dominique Bertinotti, ministres en charge du projet de loi ? Depuis la sortie prématurée de la première dans "La Croix", et la participation de la seconde à l’émission de Laurent Ruquier "On n’est pas couchés", les deux femmes ont tout simplement quitté l’espace public, laissant la part belle aux opposants du mariage qui continuent de défiler sur les plateaux ou aux micros des radios.

Et les personnalités politiques ne sont pas les seules à donner de la voix, puisque Christine Boutin s’est rappelée à notre bon souvenir, Alain Escada de Civitas continue sa croisade en attendant la grande manifestation parisienne le 18 novembre prochain à Paris, et des éditorialistes comme Zemmour, Menard et Rioufol martèlent toujours leur opposition farouche d'émissions en chroniques.

 

L'argument facile de "la police de la pensée"

 

Mais au-delà de ces arguments qu’il conviendra au plus vite de décortiquer avec pédagogie, il est intéressant de noter l’omniprésence d’un élément de langage qui revient sempiternellement chez les opposants au projet de loi, et qui explique sans doute la raison pour laquelle la parole leur est plus facilement donnée.

Se rappelant de l’affaire du Pacs (Pacte civil de solidarité) et de la violence des affrontements qui les avaient fait passer pour les offenseurs, ils ont décidé cette fois-ci de contre-attaquer avec un coup d’avance et de passer systématiquement pour les offensés. Ainsi, ils prétendent incarner la voix minoritaire, se battant contre des moulins, véritable rouleau compresseur de l’opinion et du gouvernement qui veut passer en force.

 

mariage-femmes.jpg

Premier mariage bouddhiste entre deux personnes de même sexe à Taïwan, le 11 août 2012(S.YEH/AFP)

 

C’est en substance ce que prévoyait déjà Alain Escada en juillet dernier, sur France Culture, alors que le débat n’était même pas lancé, preuve que cet argument tient davantage à la posture qu’à la réalité des faits :

"Et surtout pour libérer la voix des Français. Leur faire comprendre que malgré le rouleau compresseur qui vise à leur faire croire que quiconque oserait ne pas être d’accord avec les revendications du lobby homosexuel serait un homophobe, et que par-delà même, il serait presque devenu quelqu’un d’infréquentable, eh bien nous nous allons dire que c’est la voix du bon sens que nous sommes en train de proclamer à nouveau et que nous voulons que les Français puissent s’exprimer librement à ce sujet et disposer d’un véritable débat. Que les opposants au mariage homosexuel puissent s’exprimer sans un carcan imposé par une police de la pensée."

Depuis, l’argument est lancé comme un leitmotiv : le gouvernement et le "lobby gay" interdiraient le débat public. Ainsi le cardinal Vingt-Trois, dans "La Croix", estime qu'il faut "résister au conformisme de la pensée 'prête-à-porter'" qui domine actuellement vis-à-vis du "mariage pour tous". Il enchaîne : "La liberté doit se gagner et se défendre face aux lobbys qui saturent les espaces de communication" (sic).

Les lobbys qui saturent les espaces de communication ? Mais à quel lobby appartient pourtant Ivan Rioufol, éditorialiste du "Figaro", qui ne cesse de rappeler son hostilité partout où il est invité comme ici sur BFM TV où il en rajoute une louche sur la confiscation prétendue du débat :

"Pour l’instant on maltraite la démocratie notamment avec ce dossier car le débat est quasiment interdit  aujourd’hui dans la mesure où (il) n’a pas encore eu lieu publiquement. Et le gouvernement essaye d’intimer l’ordre de passer en force. Il y a une insulte à la démocratie au prétexte que le projet avait été avalisé par les Français et je suis très hostile à cette nouvelle tyrannie des minorités, qui sous prétexte d’être victimes, essayent de subvertir à nouveau ce débat".

 

On le voit, la technique de la dialectique employée par les opposants au projet est très clair : il s’agit de se poser en victime pour qu’ainsi, les partisans de la loi passent pour les agresseurs, les pourfendeurs, les déstabilisateurs. Alors que ce sont eux qui sont spoliés de leurs droits. De la même manière, on taxe leur démarche de communautariste, quand c’est la loi actuelle qui les prive des droits dont jouissent les hétérosexuels, ce qui les communautarise.

La posture victimaire des opposants au mariage pour les homosexuels est d’autant plus grossière que lorsqu’Alain Escada, de l’institut Civitas, prétend faire des "réunions publiques" pour ouvrir le débat, il parle sans discontinuer durant près de 1h40 sans laisser la moindre intervention le contredire, alors que ses propos regorgent d’inepties, de caricatures ou d’éléments falsifiés. Tout juste autorise-t-il à la fin de ses interventions un petit quart d’heure de "débat", durant lequel le micro est "distribué" de manière soigneusement sélective aux différents intervenants de la salle, veillant toutefois à ce que le son produit par son micro soit deux fois plus fort que celui qui circule en salle.

Et dès que l’insoutenable vient prendre certains à la gorge, qui ne peuvent le laisser dire ses billevesées, observez bien quel argument revient, comme par enchantement. Démonstration dans une intervention à laquelle j'ai pu assister à la Madeleine, le 18 octobre dernier, sous les applaudissements du conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais du Front national, Eric Dillies, seul élu présent dans la salle (visible en manteau debout à la toute fin de la vidéo) :

 

 

"Que je sache vous occupez bien plus que nous l’espace médiatique", "la démonstration de votre totalitarisme permanent"… Ou comment le bourreau endosse le masque de la victime pour l’accabler de ses propres excès.

Le débat a bel et bien lieu actuellement. Mais il est cruellement biaisé. Seuls les opposants donnent la voix au son d'un "on nous empêche de parler".

 

Où sont les partisans du mariage pour tous ?

 

Qu’attendent donc les partisans du projet pour se faire entendre ? Qu’attendent-ils pour prendre la parole et aller débattre ? Lorsque la fameuse photo des deux jeunes femmes s’embrassant devant des manifestants d’Alliance Vita avait défrayé les chroniques des réseaux sociaux, Romain Pigenelavait, de manière éclairante, décrypté l’impact de l’image, rappelant ainsi la posture prise par les opposants dans le débat actuel :

"Les opposants au mariage pour tous, récupérant des techniques de happening auparavant dévolues à ses défenseurs, peuvent avoir le beau rôle, celui des libres penseurs minoritaires qui refusent de passer sous le joug d’une "pensée unique" d’État, majoritaire. La présente photo rétablit d’un coup minorité et majorité à leurs places initiales : les deux jeunes femmes incarnent sans discussion possible la subversion, révélée comme telle par les expressions outrées des manifestants en arrière-plan, la bouche ouverte en un 'O' réprobateur."

Rétablir le rapport de force et la vérité. Telle est l’urgence si l’on souhaite véritablement que le pilier central de notre devise républicaine, ne soit pas un artifice, servant d’ornements aux livres d’histoire. 

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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