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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 17:02

Reclus dans sa tour d’ivoire où il s’était imposé le silence pour seule résidence, François Bayrou descend, de temps à autre, revoir les humains, les Français, qui ne l’ont pas choisi, ni comme président, ni comme député. Avec l’arrogance des sages, le poète maudit du Béarn revient distribuer bons et mauvais points sur la scène médiatique, la certitude comme essence à son discours.

La crise devient son terreau, il fait ainsi la leçon à François Hollande dans "Les Echos", l’invectivant même :

"Assumez le choix réformiste que vous avez esquissé ! Tranchez ! Assumez l'urgence politique qui s'impose, à la Mendès ou à la Schröder. Il n'est plus temps de ruser ! Ne cherchez pas les mots à double sens."

Qui viendra sur ce terrain le contredire ? La crise et les multiples louvoiements du gouvernement – notamment dans l’affaire Florange – renforcent le trait de vérité et de lucidité de ces quelques mots. Mais qu'ils deviennent lourds et savoureux quand on les lit, non pas à la lueur de notre hiver économique mais à la loupe du dossier du "mariage pour tous". "Assumez, il n’est plus temps de ruser, ne cherchez pas les mots à double sens"…

 

Pas de mariage, une égalité des droits

 

Étonnant miroir que cette déclaration qui reflète les états d’âme sur une question sociétale sur laquelle le président du MoDem entretient un flou mallarméen. À la fois partisan de l’égalité des droits mais affirmant dans les colonnes des "Échos", que député, il n’aurait pas voté le texte. Il aurait pu s’abstenir. Mais non, il l’affirme comme il l’a déjà maintes fois affirmé à ses proches et aux cadres de son mouvement, il n’aurait pas voté la loi sur l’ouverture des droits du mariage et de l’adoption par les couples homosexuels.

Syndrome de ce malaise, dans les bureaux de Mediapart le 23 novembre dernier, quand son directeur de campagne présidentiel, Jean-François Martins, conseiller municipal de Paris, dut intervenir lors d'un débat sur le sujet, et représenter la position du MoDem, aux côtés de Jean-Christophe Fromantin de l’UDI, qui lui, ne cache pas son hostilité au projet en organisant à Neuilly les débats pour assurer une opposition massive dans les rues de la capitales le 13 janvier prochain.



Placé à ses côtés, donc dans les rangs des sceptiques ou des opposants, pour défier Martine Billard du Parti de gauche et Sergio Coronado d’Europe Ecologie-les Verts, on sentit la gêne du journaliste Frédéric Bonneau quand Jean-François Martins expliqua, qu’à titre personnel, il était pour le mariage et l’adoption contrairement à François Bayrou qui était seulement pour l’égalité des droits.

Le moins que l’on puisse dire est que le sujet du mariage pour tous est bien la seule question où l’on ne pourra se permettre de persifler, qu’au-delà de Bayrou, le MoDem n’est rien d’autre que son propre écho.

 

Une position constante

 

Le président du MoDem a l’avantage de la constance sur sa position. Comme il l’avait confié déjà à "Têtu" en novembre 2011, il bloque sur la sémantique du mot mariage, qu’il réserve à l’union d’un homme et d’une femme, brandissant même un argument boomerang sur la tolérance qu’il renvoie aux partisans du projet :

"Pendant très longtemps, le combat de la communauté homosexuelle était accepter la différence. Accepter la différence, au fond, ça vaut dans les deux sens."

Et le président du MoDem de préciser :

"Parmi nos concitoyens, il y a bien des différences de sensibilité, parfois venues d'autres traditions culturelles, parfois plus traditionnelles. Ceux-là aussi ont droit à la compréhension."

Bayrou ombre

Les couples homosexuels sont privés de la jouissance de l’égalité des droits mais sont invités à faire preuve de tolérance… Curieux positionnement que l’on a vite fait de pardonner quand on le voit être favorable à l’adoption et à la reconnaissance des enfants nés de la GPA.

En d’autres termes, François Bayrou est contre le mot mariage mais est favorable à l’égalité des droits, à l’adoption et à la protection de la loi pour les enfants nés d’une GPA. Ce qui, à l’exception de la brouille sémantique, va plus loin que certains à gauche…

Et pour résoudre son ambigüité, François Bayrou prétend détenir la solution :

"L'idée qu'on doit, sous le juste terme 'd'union', instituer pour les couples homosexuels reconnaissance et droits. Le nommer 'mariage', c'est tout à fait autre chose."

François Bayrou souhaite donc réserver une union pour les homosexuels, particularisme qui serait parfaitement anticonstitutionnel, et que Nicolas Sarkozy connait bien puisqu’il l’avait proposé à la présidentielle en 2007 et qui avait été dissuade de le mettre en œuvre après avoir été averti par le Conseil Constitutionnel. Et c’est bien normal : comment peut-on accepter que l’on obtienne l’égalité des droits par la création d’un particularisme ? À l’époque, Sophia Aram avait raillé la position de Bayrou, devant lui, sur France Inter en parlant de "mariage Canada Dry" et en le mettant devant sa contradiction :

 

Mais au-delà de cette ambigüité que seules ses dernières résistances à la laïcité expliquent, car en réservant le mot "mariage" au sacré tout en souhaitant le préserver pour les hétérosexuels au civil, nul doute que ce n’est pas la républicain, mais bien le croyant qui raisonne, le positionnement politique de François Bayrou sur la question dérange.

Quand il explique qu’il n’aurait pas voté le texte sur la question s’il avait été au Parlement, on l’a vu, alors qu’une abstention aurait, à la limite, pu panser la discorde sémantique.

Mais aussi quand il explique que le projet de loi ne tombe pas à point nommé en parlant de sujet explosif, déjà en novembre.

 

Un homme qui n'assume pas ?

 

Plus grave, il reprend l’argument des opposants les plus durs, selon lequel le gouvernement utilise ce projet de loi comme paravent sociétal pour cacher la misère des solutions sociales qu'il aurait à proposer :

"Le gouvernement croit habile d'utiliser des sujets de société tel le mariage homosexuel pour requalifier l'identité de gauche. Il n'obtiendra qu'une crispation de la société en des temps où il faudrait rassembler."

L’homme qui ne veut pas clairement prendre position au projet, refusant par exemple de défiler dimanche, refusant de voter pour s’il avait pu le faire, refusant le mot "mariage" tout en préconisant l’égalité des droits en proposant une solution qu’il sait anticonstitutionnelle (habile moyen pour faire une proposition qu’il n’aurait jamais mise en œuvre tout comme la question du droit de vote des étrangers qui figurait dans son programme mais dont il estime qu’elle ne viendrait pas au bon moment), mais qui vient faire sa leçon et expliquer quelle serait la bonne marche à suivre.

Je veux bien reconnaître, que, pour quelqu'un ayant longtemps porté l’étiquette d’un homme de droite, François Bayrou a fait un long chemin sur la question, et je ne renie pas une ligne de ce que j’avais écrit alors. Mais, force est de constater qu’à la lueur du pragmatisme, et au moment où il faut clairement prendre position et mettre les mains dans le cambouis, les convictions de François Bayrou se dérobent. Et sur la question du mariage pour tous, il est regrettable de constater la posture qu’il maintient a des faux airs d’imposture hypocrite d’un réac qui ne s’assume pas… ou qui ne s’assume plus.

 

Publié sur le Nouvel Obs, le 9 janvier 2013.

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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commentaires

Guillaume D 17/02/2013 23:22


C'est un article bien écrit, et bien argumenté. C'est donc un très bon article! Je regrette toutefois quelque chose: au nom de quoi ce positionnement de Bayrou serait hypocrite? L'ironie de
Sophia Aram (que j'adore) n'est qu'une caricature. Je ne vois pas comment vous pouvez être sûr que l'avis de Bayrou est une posture. Il peut être sincèrement pour la reconnaissance de tous les
droits des homos et pour garder la valeur traditionnelle du mariage. Perso, je suis pour le mariage pour tous, mais très réservé quant à la filiation (pour des raisons de méfiance face à tous les
risques de l'utilisation de la science, réserves que j'ai depuis qu'on met en oeuvre des FIV, PMA, etc). Je n'ai pas envie qu'on me dise que je tiens une posture! Enfin, j'essaie de ne pas être
naïf quant aux positionnements politiques, c'est clair que et je peux en trouver un paquet chez Bayrou. Mais là, mon analyse ne penche pas dans le même sens que le vôtre... alors je le dis, c'est
ça qu'est bien dans les blogs! :)

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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