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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 10:18

Najat Vallaud-Belkacem à Deauville, le 10 octobre 2012 (A.ROBERT/SIPA)

Najat Vallaud-Belkacem à Deauville, le 10 octobre 2012 (A.ROBERT/SIPA)

 

Le feu d’artifice n’est décidément pas prêt de s’éteindre au sein du gouvernement. Il ne se passe pas trois jours sans qu’un de ses membres ne vienne jeter un pavé dans la mare. Après la légalisation du cannabis lancée par Vincent Peillonles "salles de shoot" par Marisol Touraine, voici la porte-parole qui se mêle à la danse en proposant, dans un entretien à "Têtu", d’indiquer dans les manuels scolaires l’orientation sexuelle des personnalités politiques. Rien que cela !

 

D’aucuns persiflent en dénonçant pour chaque sortie excentrique du gouvernement une énième manœuvre pour faire oublier l’incapacité du gouvernement à faire face à la crise. Et ce, malgré la fin de la récréation sonnée par Jean-Marc Ayrault.

 

Pour autant, si le ministre de l’Éducation nationale avait clairement franchi la ligne rouge des compétences de son poste, notons que Marisol Touraine et Najat Vallaud-Belkacem restent dans leur rôle, puisque la première est ministre de la Santé, quand la seconde est ministre des Droits des femmes et actuellement en charge d’une mission sur l’homosexualité.

 

Najat Vallaud-Belkacem veut-elle des listes d'homosexuels ?

 

D’ailleurs, dans son entretien au mensuel gay, elle avance d’autres propositions pour modifier l’image de l’homosexualité au sein de la société française comme le fait de rendre "utile que des familles homoparentales soient représentées dans les campagnes de communication généraliste du gouvernement, afin de banaliser ce fait". Ou encore la saisie de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) "pour qu'il soit mis fin aux dérives que sont les 'thérapies de transition' ". Ces thérapies sont proposées par des groupes protestants pour "guérir" les homosexuels.

 

Mais ce qui a semblé interpeler les médias, c’est davantage la proposition concernant les manuels scolaires :

 

"Aujourd'hui, ces manuels s'obstinent à passer sous silence l'orientation LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur œuvre comme Rimbaud."

 

Sans doute cette petite phrase n’aurait pas tant fait réagir, si la porte-parole du gouvernement avait fait l’économie d’un mot. Un seul. L’adverbe "même". Parce que, s’il paraît normal d’évoquer l’homosexualité d’un auteur ou d’un personnage historique dès lors que son orientation sexuelle éclaire son œuvre ou la trajectoire d’un personnage, pourquoi s’y intéresser dans le cas où cela n’aurait eu aucune incidence connue ? Car, en plaçant l’adverbe "même", Najat Vallaud-Belkacem entend bien systématiser cette mention, même si cela ne venait pas à éclairer le passage enseigné.

 

Najat Vallaud-Belkacem dans son bureau à Paris, le 21 juin 2012 (E.DESSONS/SIPA).

Najat Vallaud-Belkacem dans son bureau à Paris, le 21 juin 2012 (E.DESSONS/SIPA)

 

Mme Vallaud-Belkacem sait-elle comment on enseigne la littérature ?

 

Et c’est d’autant plus étrange, qu’en tant que professeur, j’en viens à me demander si notre ministre a récemment ouvert un manuel scolaire pour dire pareille baliverne, et au-delà du manuel, si elle a pris la peine de savoir comment était enseignée notamment la littérature à notre époque.

 

Il ne fait aucun doute que, dans une biographie de Rimbaud, personne ne songerait à occulter l’homosexualité du poète, même pour satisfaire ses réticences personnelles sur la question, tant l’information est devenue un cliché de la littérature française. De la même manière, on n’étudie ni Platon ni Socrate sans parler de l’homosexualité (même à la limite de la pédophilie) chez les Grecs, en cours de Terminale.

 

Pour autant, est-il véritablement nécessaire de savoir l’idylle entre Rimbaud et Verlaine pour saisir le sens du poème "Le Dormeur du Val" ? Ou encore de "Charleroi" ?

 

On peut aisément comprendre que la volonté est de banaliser l’homosexualité dans l’évocation de notre littérature ou notre Histoire, pour montrer qu’elle fait et a toujours fait partie de notre civilisation. Mais n’oublions pas que l’homosexualité relève avant tout de l’intime. Nous n’avons pas à outer à titre posthume nos personnages historiques, ne serait-ce que parce qu’ils n’ont pas tenu à en parler de manière publique eux-mêmes.

 

Et quand bien même ils l’auraient fait, si cette révélation n’éclairait nullement le savoir prodigué, les élèves ne comprendraient pas forcément une évocation qui tomberait comme un cheveu sur la soupe. On imagine même le bâton tendu par le professeur pour faire digresser le cours, et tomber de manière complètement inattendue et sans doute contre-productive dans un débat improvisé et non canalisé sur l’altérité et l’orientation sexuelle en plein cours de français ou d’histoire.

 

Comment banaliser l'homosexualité chez les jeunes élèves ?

 

Il y a bien d’autres moyens d’évoquer la question, non sans courage, dans nos enseignements respectifs, à travers des textes spécifiques comme "Les Faux Monnayeurs" d'André Gide ou encore "Nana" D'Emile Zola, des personnages historiques qui ont fait avancer la reconnaissance de l’homosexualité comme Harvey Milk, de la même manière que l’on traite la cause féminine avec Simone de Beauvoir.

 

Les cours de SVT peuvent aussi permettre de normaliser l’homosexualité auprès des adolescents. Mais il n’y aucun intérêt à manipuler nos manuels scolaires et à y faire mention de l’orientation sexuelle si ce n’est à vouloir donner à l’école, encore une fois, une responsabilité et une mission éducative qu’elle n’a pourtant pas à supporter seule.

 

L’homosexualité ne sera plus un sujet d’ostracisme ou encore de singularité, quand les médias, le cinéma ou encore la publicité auront cessé d’en faire une différence ou une exposition exceptionnelle.

Quand l’État donnera aux homosexuels les mêmes droits qu’à ceux qui ne le sont pas.

Quand les homosexuels ne seront plus des citoyens de seconde zone, mais bien des Français aux droits équivalents et indissociables de ceux dont jouissent les hétérosexuels.

 

Que par la suite, les élèves aient la curiosité de s’aventurer dans les biographies pour tenter de savoir si l’homosexualité d’un personnage est présumée ou affirmée, liberté leur est donnée. Mais ce n’est pas en accessoirisant l’orientation sexuelle que l’on parviendra à soulager les maux dont souffre la société, dès lors qu’il est question d’altérité par rapport à une norme convenue. 

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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commentaires

MaxF 04/11/2012 20:07


Étonnant que vous trouviez la mention de homosexualité des personnages historiques comme non appropriée.


De ce que je me souviens de mes cours d'Histoire, on n'hésitait pas à nous préciser que certains personnages historiques avaient des maîtresses en abondance. Par contre, rien sur les tendances
homosexuelles de Louis XIII ou Henry III. Pourquoi ?


Entre l'excès de ne rien dire et l'excès de ne parler que de ça, il y a surement un juste équilibre

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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