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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 14:30

La tribune d’Harry Roselmack publiée dans le Monde a fait grand bruit. Et sans doute, tel était son but. Pour autant, tout aussi talentueuse que soit la plume de l’ancien présentateur du 20 heures de TF1, elle offre un miroir déformant de la réalité, en minorant finalement l’irrespirable atmosphère qui règne dans notre pays, et que le journaliste a pourtant bien sentie.

Que retient-on finalement de ce coup de gueule ? Que la France redevient raciste et que le Front national est tout à la fois le repaire de ceux qui le sont et le propagateur d’un tel climat. Et ce même si le journaliste reconnaît que ce qui le chagrine, « c’est le fond de racisme qui résiste au temps et aux mots d’ordre, pas seulement au sein du FN« .

Mais en réalité, Harry Roselmack ne perçoit ici que la partie immergée de l’iceberg. Tout d’abord, et comme il le suggère seulement, comme si c’était un fait minoritaire, les racistes ne sont pas seulement hébergés dans le parti de Marine Le Pen.

On se souvient par exemple, à droite, des propos insupportables de Jean-François Copé et sa légende des pains au chocolat, des regrets du Président de CNIP de voir que Hitler n’avait pas suffisamment tué de Roms ou encore de ce maire UMP qui, lors de l’inopportunément dénommé débat sur l’identité nationale, avait expliqu » qu’ »ILS »(…) étaient dix millions et que la France les payait « à rien foutre ».

Qui a oublié le jeune musulman, qui selon Nadine Morano, porte la casquette à l’envers, parle le verlan et ne travaille pas, ou encore Chantal Brunel qui voulait remettre les migrants dans un bateau ?

Mais la droite n’est pas la seule responsable et la seule famille politique qui peut revendiquer abriter ou encore distiller du racisme. N’oublions pas que dans les années 80, les électeurs de l’extrême gauche se sont massivement tournés vers le Front National, et notamment les ouvriers, à une période où Jean-Marie Le Pen ne laissait guère de doute sur son discours ségrégationniste.

Et que dire de la responsabilité de ceux qui, à gauche, par angélisme ou par cynisme, se sont interdit d’invoquer la laïcité, l’intégrisme religieux ou encore le risque communautariste, en prétextant que ces sujets étaient nauséabonds et n’étaient qu’une vue de l’esprit ? Qui ne sait que toutes atteintes aux principes républicains, aussi minoritaires soient-elles, sont autant de tentatives pour les subvertir ?

Qui se souvient du tollé provoqué par Ségolène Royal quand elle avait proposé de se réapproprier le drapeau français ? Tous ces pisse-froid, ces bobos inconséquents, ces négationnistes inconscients sont tout aussi responsables des amalgames qui ont pu naître et se propager, comme celui fréquent de confondre islam et islamisme, islam et terrorisme. Car en refusant de séparer le bon grain et l’ivraie, ils ont laissé des territoires entiers de notre République aux nauséabonds qui ont pu distiller leur haine, en prétendant à être les seuls à la défendre quand ils n’en étaient que les moribonds fossoyeurs.

Enfin, Harry Roselmack a certainement eu tort dans le choix du thème et du terme pour expurger sa légitime colère. Car le racisme est bien une notion est trop restrictive pour parler de ce climat d’ostracisme assumé. Plus que le racisme, c’est la xénophobie, au sens étymologique du terme, qui est en jeu. La peur de l’étranger, de celui qui est étrange à soi, celui qui n’est pas comme soi.

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Et si l’on partage complètement le cri du cœur du journaliste envers cette stigmatisation extrême des Noirs, surtout à l’aune des ignobles attaques dont a été victime la Garde des Sceaux, ils ne sont malheureusement pas les seuls à être dans l’œil du viseur des xénophobes : les maghrébins, les musulmans, les Roms, les asiatiques…

Et qui a oublié malgré les grands boucliers anti-homophobes dépolyés, la violence entendue à l’égard des homosexuels pendant des mois d’un débat nauséabond et qui aura réveillé la France la plus réac’ et la plus extrême qui soit ? D’ailleurs, on remarquera que si le FN s’est finalement peu investi dans le sujet (malgré des démarches individuelles très marquées comme celle de Bruno Gollnisch auprès de Civitas), la droite dans tout son ensemble n’a eu de cesse de marteler que certains citoyens n’étaient pas des Français comme les autres. Marianne saigne. Preuve que le FN n’est pas le seul sur le créneau de la xénophobie… même si nul ne peut contester son avance très large sur les autres partis.

La xénophobie a le vent en poupe dans une période de Crise permanente, économique, politique et même éthique. L’histoire se répète inlassablement. Aussi, au lieu de répondre à l’anathème par un autre, sans doute faut-il urgemment faire preuve de pédagogie. Sans discontinuer.

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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