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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 09:27

Le ministre de l'Éducation Vincent Peillon en meeting pour les élections législatives à Tours, le 07 juin 2012 (G.SOUVANT/SIPA)

Le ministre de l'Éducation Vincent Peillon en meeting pour les élections législatives à Tours, le 07 juin 2012 (G.SOUVANT/SIPA)

 

ENSEIGNEMENT. Après le rallongement des vacances de la Toussaint qui laisse augurer une diminution de celles d’été pour 2013 et l’augmentation de 25% de la prime d’allocation rentrée scolaire qui exauce une promesse de campagne, le ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon a présenté cette semaine sa lettre aux "personnels de l’éducation", feuille de route pour l’année à venir et qui annule et remplace la circulaire de rentrée de Luc Chatel.

 

Changement de ton radical

 

L’entrée en matière est soignée. Les enseignants y sont reconnus pour "les difficultés auxquelles [ils sont] confrontés au quotidien et le poids de [leurs] responsabilités", mais aussi pour "la force de [leur] dévouement, la passion et la vocation qui [les] animent pour instruire, éduquer, servir une certaine idée de la France, de la République et de l'humanité".

 

Force est de constater que la plume de Peillon est autrement plus chatoyante à l’oreille des enseignants que celles de ceux prédécesseurs qui, de railleries en sous entendus outrageux, avaient fait subir 5 ans de mépris le plus total, le pire restant la métaphore inacceptable que choisit Luc Chatel, le ministre cosmétique de l’Éducation, pour la rentrée 2010, quand il déclara, fier de son effet : "Notre école a moins besoin de grands soirs que de petits matins quotidiens."

 

Une rupture nette avec le sarkozysme ?

 

Pour autant, la lettre de Vincent Peillon n’est pas non plus une ode aux professeurs : elle rappelle non sans gravité l’ampleur de la tâche qui attend l’Éducation nationale. Et ceux qui, précipitamment, prendraient la décision d’augmenter immédiatement les recrutements dans l’éducation en en faisant la clef du changement, seraient avisés de bien lire entre les lignes le ministre pour comprendre qu’à l’Éducation nationale, la révolution est loin, très loin d’être en marche.

 

Pourtant, Vincent Peillon promet, tant et encore, leitmotiv qui a rythmé la campagne victorieuse de son chef de troupe François Hollande : "Un nouveau contrat entre la Nation et son École sera passé, qui nous permettra de faire entrer la République dans sa modernité et de tenir à nouveau la promesse républicaine."

 

Ah oui, nouveau contrat ? À y regarder de plus près pourtant, trois constats s’imposent, provoquant une indéniable amertume pour l’œil averti :

 

- des objectifs sans d’autres moyens d’y parvenir à l’exception d’un futur simple, qui rappelle les "y’a qu’à / il faut" des pires discours que la rhétorique peut produire ;

 

- une rupture pas si nette avec le bilan Sarkozy, qui fut pourtant à juste titre dénoncé par monts et par vaux pendant un lustre ;

 

- mais aussi et surtout, des relents pédagogistes qui laissent à penser que si Philippe Meirieu n’a pas eu la "chance" d’entrer au gouvernement, son œuvre, quant à elle, ne semble pas remisée au cabinet…

 

La reconstruction de l’école publique passe donc par la réconciliation avec le corps enseignant. Vincent Peillon l’a bien compris, et son texte en fournit un preuve incontestable : le mot "concertation" apparaît 10 fois, quand le pronom "nous" compte pas moins de 68 occurrences, et notamment 5 rien que dans la première phrase. L’union et le rassemblement semblent enfin se substituer à la division qu’imposait le précédent régime.

 

Peillon en plein flou artistique ?

 

Pour autant, et dans ce souci de ne contrarier personne, le ministre est tombé dans l’ornière qui consiste à ne jamais trancher entre la décision et l’annonce de la concertation. La volonté de ne pas passer en force est certes appréciable, mais à force de ne rien décider pour ne froisser personne, les propositions s’abîment en des incantations oscillant entre le flou artistique et l’amphigouri pour le néophyte.

 

Ainsi, au sujet du socle commun de connaissances et de compétences qui peinent à se mettre en place de manière efficace, le ministre affirme qu’ "il connaîtra des simplifications indispensables et des évolutions pour tenir compter des forces et des faiblesses de son format et de son usage". Lesquelles ?

 

Pour la primaire, il dit encore que "c’est par une progression bien maîtrisée et par des réponses adaptées à des besoins clairement identifiés que l’école maternelle remplira au mieux sa mission". Oui mais encore ? Pour le sport scolaire, pour lequel il consacre un roman de 2 lignes et de 43 mots (sur les 3722 de sa lettre…), il annonce qu’il "doit être valorisé et développé". Du concret, en somme.

 

Une école primaire de Nantes, le jour de la rentrée, 05/09/2011 (SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA)

Une école primaire de Nantes, le jour de la rentrée, 05/09/2011 (S.SALOM-GOMIS/SIPA).

 

Un discours positif donc mais composé avec pauvreté à grands coups de " y’a qu’à" et "faut que" qui n’ameutera, certes, personne dans les rues, mais qui n’avance jamais dans le concret. En témoigne cet emploi abusif du futur de l’indicatif, qui conjugue pas moins de 34 verbes ou des périphrases qui repoussent aux calendes grecques les réformes voulues ("a vocation à être repensé"…).

 

Plus gênant encore, la lutte contre le décrochage scolaire, véritable plaie républicaine, se métamorphose en incantation tautologique : "Nous comptons sur votre mobilisation […] pour vous investir dans des dispositifs coordonnés et innovants pour un retour à une scolarité assidue." Quelle formule, plus alambiquée à défaut d’être élégante, Peillon aurait-il pu trouver pour formuler un certes plus trivial, mais autrement plus honnête : "démerdez-vous" ?

 

Par ailleurs, le PS, qui n’avait de cesse de fustiger les réformes du quinquennat passé, et encore une fois avec raison, est pris en flagrant délit de dégonflage et d’un manque de courage assez consternant. La réforme des lycées se poursuit ainsi en 2012, à l’exception de l’Histoire qui sera réintégrée en Terminale scientifique… mais en 2014 seulement, puisque l’option sera seulement proposée l’année prochaine.

 

L’assouplissement de la carte scolaire est dénoncé ("effets négatifs"), mais elle ne sera pas pour autant rétablie, puisqu’encore une fois la proposition se trouve avortée par la logorrhée : "Nous mettrons en œuvres des modalités véritablement adaptées, pour un renforcement de la mixité sociale et scolaire."

 

De la même manière, les stagiaires qui avaient vu leur charge de cours passer de 6 heures à 16 heures hebdomadaires sans formation initiale (soit l’emploi du temps d’un enseignant titulaire) ne bénéficieront que d’un "aménagement de service" qui est déjà connu, puisque les établissements ont déjà leur volume horaire : 3 heures seulement de rabais soit 15 heures de cours à assumer.

 

On est loin, très loin du rétablissement de la formation initiale promise durant toute la campagne ! Enfin, concernant les internats d’excellence, le ministre ajoute qu’il veillera "à l’amélioration des projets éducatifs". Amis du flou, soyez servis. À la vérité, le PS fustige les réformes de l’UMP quand il est dans l’opposition, mais les rend pérennes en revenant au pouvoir. Le courage politique, ce n’est pas maintenant…

 

Peillon ou le retour en force du pédagogisme

 

Mais ce qui ressort de l’impression générale de cette lettre, c’est cette appétence pour les lubies pédagogistes dont se sont faits une spécialité les socialistes notamment depuis Lionel Jospin et ses fameux IUFM, qui distillaient poisons et autres venins à tous les enseignants et dont la responsabilité dans le délabrement de notre école ne doit surtout pas être occultée (même s’il ne fallait pas pour autant dynamiter toute la formation initiale, l’UMP se comportant comme un mammouth dans un magasin de porcelaine…).

 

Pour l’éducation prioritaire par exemple, nul n’est fait mention du manque d’exigence qui conduit à leur inefficacité et par là même à l’explosion de la violence dans des établissements, où l’on ne donne même plus les outils de notre langue pour communiquer. Seule la promesse de postes, encore plus de postes, est prévue…

 

Pour la primaire, quand la priorité est d’apprendre à lire et à compter, Vincent Peillon préfère mettre en exergue ce qui fut le fonds de commerce de Philippe Meirieu et de ses fumantes IUFM : "La pédagogie doit être attentive aux travaux de la recherche. Elle doit évoluer et favoriser l’épanouissement de l’élève, son activité, sa motivation et sa pleine implication dans les apprentissages." Ou quand l’épanouissement de l’élève s’impose à la transmission des savoirs...

 

Philippe Meirieu, le 3 avril 2011 à Paris (REVELLI-BEAUMONT/SIPA)

Philippe Meirieu, le 3 avril 2011 à Paris (REVELLI-BEAUMONT/SIPA)

 

L'autorité laissée de côté ?

 

Et pour finir, la question de l’autorité – qui pose tout de même un des problèmes fondamentaux de notre école quand les élèves ne respectent ni les équipes pédagogiques, ni les règlements intérieurs, et quand les parents d’élèves, parfois encouragés par des représentants plus que zélés, poussent encore et toujours à contester et remettre en cause évaluations, sanctions et même communications écrites dans les carnets – est remise à la seule responsabilité du professeur, qui, à lire la lettre, n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même s’il ne se fait pas respecter :

 

"L'autorité, comme la confiance, ne se décrète pas. Elle se construit grâce à des qualités morales et intellectuelles reconnues et sur l'exemplarité de celui qui détient cette autorité. Elle suppose que l'exigence de respect soit partagée par tous les élèves et par les membres de la communauté éducative : respect des élèves et de tous les personnels, respect des lois et respect du règlement intérieur de l'établissement."

 

On le voit le "respect des élèves" est placé avant celui des "personnels". Plus qu’un symbole, c’est un signal. Le signal qu’à y regarder de plus près, dans l’Éducation nationale avec Vincent Peillon, le changement, ce n’est sûrement pas pour maintenant.

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Published by Yves Delahaie - dans De l'éducation
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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