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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 08:56

Affiches de campagne de Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy en avril 2012 (P.Kovarik/AFP)

Affiches de campagne de Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy en avril 2012 (P. Kovarik/AFP)

 

La réponse avait eu le mérite d’être claire. A défaut d’avoir convaincu. Quand dimanche dernier, Anne-Sophie Lapix avait demandé à Nicolas Sarkozy si le FN faisait partie de la droite, le président candidat, malgré quelques contorsions rhétoriques en préambule, avait fini par trouver une formule lapidaire :

 

Le Fn n'est pas la droite Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Le Front national, avec ou sans Marine ou Jean-Marie Le Pen ne serait donc pas une excroissance de la droite. Le débat revient comme un serpent de mer. Le FN est-il situé à droite de la droite du paysage politique français ? Il faut dire que ces derniers jours ont mis le feu aux poudres, puisque Nicolas Sarkozy a décidé de reprendre à son compte une idée du programme du FN concernant la présomption de légitime défense des policiers. Un emprunt qu’il semble vouloir occulter, jusqu’à ce qu’il voie Anne-Sophie Lapix nier.

 

En grand orateur, il rebondit comme si de rien n’était :

 

Sarkozy et la présomption par le FN Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Déjà dans "Des paroles et des actes" de l’entre deux tours, Nicolas Sarkozy s’était laissé aller à sa comparaison météorologique favorite pour justifier son choix :

 

Sarko, la météo et le FN Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Pourtant, il convient de rappeler qu’avoir un diagnostic en commun avec Marine Le Pen n’a rien d’alarmant, mais partager avec elle un projet de loi qui rappelle les états totalitaires où la police devient pour ainsi dire inattaquable puisqu’on lui décerne un permis de tuer, ce n’est pas exactement du même acabit.

 

De la même manière quand Gérard Longuet, qui s’exprimait mardi dans "Minute" (un journal de droite, sans doute ?), explique que Marine Le Pen est un "interlocuteur", on imagine que le ministre des Affaires Étrangères estime donc qu’il y a matière à discuter et qu’il y a donc des points de convergence propres à séduire un électorat commun.

 

La digue qui existait entre la droite et le FN est, semble-t-il, en train de tomber. Mais à y regarder de plus près, il n’y a jamais véritablement eu de "no man’s land".

 

Les arrangements avec le FN ne datent pas d'hier

 

Souvent, à droite, on s’offusque d’une pareille analyse en rétorquant que la droite n’a jamais le moindre arrangement électoral avec le FN. C’est évidemment complètement faux. Le premier coup de tonnerre de Dreux en 1983, qui vit Jean-Pierre Stirbois obtenir 16,7% des voix au premier tour des municipales se conclut par un accord au deuxième tour avec le RPR pour battre la gauche au second (55%) comme le rappelait l’excellent documentaire diffusé cet hiver sur France 3 ("Le Diable de la République"), malgré l’approximation du score annoncé au premier tour.

 

Finalement, ce seront 4 représentants du FN qui intégreront la première liste fusionnée RPR/FN menée par Jean Hieaux. A l’époque, Jacques Chirac, qui se positionnera comme l’ennemi naturel de Jean-Marie Le Pen en 2002, estima pourtant :

 

"Ceux qui ont fait alliance avec les communistes sont définitivement disqualifiés pour donner des leçons en matière de droits de l'homme et de règles de démocratie. Je n'aurais pas du tout été gêné de voter pour la liste RPR-FN au second tour. Cela n'a aucune espèce d'importance d'avoir quatre pèlerins du FN à Dreux comparé aux quatre ministres communistes au Conseil des ministres." (extrait de "La Tragédie d’un président", de Franz-Olivier Giesbert)

 

FN le coup de Dreux Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Par la suite, les fusions ne firent pas légion mais personne n’a oublié les régionales de 1998, quand quatre présidents de régions UDF sont élus avec les voix du Front national, dont Charles Millon en Rhône-Alpes.

 

Le Front national, idiot utile de la gauche ?

 

Pourtant, les émissaires de l’UMP n’hésitent pas à renverser la vapeur et à proclamer que le FN, bien au contraire, a souvent aidé la gauche à gagner, comme NKM s’y essaya face à Marine Le Pen, quand elle se fit anéantir par la rhétorique et la fougue de la présidente du FN sur iTélé :

 

Pour NKM voter FN c'est voter à gauche Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Nicolas Sarkozy ne disait d’ailleurs pas autre chose dimanche dernier à "Dimanche plus" :

 

Pour Sarko, voter FN c'est voter à gauche Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Le problème avec cet argument, c’est sa contre-productivité. Détaillons-le pour plus de clarté : si le FN a favorisé l’élection de la gauche, comme ce fut le cas lors des législatives de 1997, c’est donc bien qu’il prenait des voix à droite. Et non à gauche ! Et si le FN prend des voix à droite, c’est donc qu’une partie des électeurs se partage entre l’une et l’autre rive et qu’il y a porosité. Comment, avec de tels arguments, nier que le FN est donc bien à droite de la droite ?

 

Le FN a aussi drainé l'électorat communiste

 

Pour autant, il ne faudrait pas oublier que le FN n’est pas seulement composé d’une fraction de la droite autour de certaines thématiques telles que l’immigration, l’insécurité ou une vision intégriste du traditionalisme catholique. De nombreuses études, dont celles brillantes sur la question de Pascal Perrineau, ont largement montré et démontré que le FN avait asséché l’électorat ouvrier du Parti communiste et cela fait trente ans qu’il plébiscite le FN à chaque élection, à l’exception notable de 2007, quand il avait cru au discours d’un certain Nicolas Sarkozy…

 

S’il y a donc perméabilité entre les voix de droite et les voix du FN, il y en a une aussi entre certains extrêmes, avec comme point commun la colère et le désarroi social. Pourtant, cette migration des électeurs semble être arrivé au bout d’un cycle, comme l’a montré l’ascension de Jean-Luc Mélenchon, qui s’est faite au détriment de François Hollande, de Nathalie Arthaud et de Philippe Poutou (avec un véritable assèchement de LO et du NPA) mais jamais de Marine Le Pen alors qu’il a orchestré sa campagne contre la présidente du FN (alors que cette dernière est parvenue à grignoter sur le sien).

 

Une UMP de plus en plus poreuse... jusqu'à quand ?

 

Aujourd’hui, le véritable potentiel du FN reste donc cet électorat de droite, très conservateur, qui n’ose pas encore franchir le pas. La Droite populaire dirigée par Thierry Mariani et Lionnel Luca en est l’incarnation même, et l’organisation de l’apéro "saucisson vin rouge" organisé le 14 juillet dernier qui n’était pas sans rappeler celui organisé par le bloc identitaire dont la proximité avec Marine Le Pen n’est plus à démontrer (malgré quelques tensions sur le régionalisme et l’européisme présumés du bloc) confirmait la tendance. 

 

Christian Vanneste, qui n’est, rappelons-le, toujours pas exclu de l'UMP malgré son dérapage dévoilé le jour de l ‘annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy, est toujours membre de la Droite populaire et incarne lui aussi cette droite décomplexée face au FN, puisqu’il proposait déjà il y a deux ans des alliances avec le parti de Marine Le Pen en vue des législatives de 2012.

 

La défaite de Nicolas Sarkozy annonce un big-bang à droite. Déjà des voix s’élèvent contre les attitudes provocatrices et aguicheuses à l’égard du FN. Se dirige-t-on vers deux droites, l’une de tradition républicaine, et l’autre à caractère nationalise qui absorberait le FN et la Droite populaire ? Voilà qui ravirait Gilbert Collard, qui semble à avoir du mal à assumer le patronyme encombrant de son parti d'adoption. Voilà pourquoi le FN n’a pas attendu le résultat du premier tour de la présidentielle pour ratisser large chez les jeunes de droite :

 

Jeunes FN Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Guillaume Peltier a, lui, fait le chemin inverse, venant des rives du FNJ jusqu’au poste de conseiller "opinion" pour Nicolas Sarkozy, en passant entre temps par la case Philippe de Villiers. Mais nul doute qu’à ce rythme, le gendre par alliance de cette nouvelle droite va bientôt voir sa famille pleinement recomposée…

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Published by Yves Delahaie - dans Du Front National
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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