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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 19:46

C’est toujours consternant de voir l’acharnement dont certains font preuve chaque week-end à l’égard d’Audrey Pulvar. Bruno Roger-Petit fait partie de ceux-là, lui qui scrute la journaliste pour persiffler, tant et encore. Pensez donc, depuis l’arrivée d’Audrey sur "On n’est pas couché", il lui a consacré au moins cinq de ses articles (presque une émission sur deux), sans compter les remarques et autres piques envoyées ici ou là.

 

La journaliste Audrey Pulvar présentait, le 31 janvier 2011 à Paris, sa nouvelle émission sur i-Télé,

Audrey Pulvar présentait, le 31 janvier 2011 à Paris, son émission sur i-Télé, "Arrêt sur Info" (L.VENANCE /AFP)

 

On en arrive même à croire qu’il pourrait écrire ses articles en avance… D’ailleurs, à lire sa dernière sortie, c'est tout comme :

 

"Un 'prébuzz' : à savoir se scandaliser du comportement de Stéphane Guillon avant même la diffusion de l'émission. Une grande première. Donc, hier soir, le téléspectateur, calé devant sa télévision, attendit longtemps le grand moment du samedi soir de la semaine : l'horrible agression politico-sexiste d'Audrey Pulvar par Stéphane Guillon."

 

Et bien évidemment, suite à la diffusion dudit extrait, la sentence, toujours à l’identique : il y a conflit d’intérêts ! C’est d’ailleurs tellement symptomatique, pour ne pas dire pavlovien, que ceux qui ont consulté la une du Plus dimanche après-midi ont pu constater que le titre avait changé, la première mouture comportant la mention "conflit d’intérêts"… Manque de neutralité ? Non, vous croyez ?

 

La vérité est tout de même un peu moins "évidente" que cela. Mais, après tout, me diriez-vous, qu’est-ce que tout cela a d’important ? Il ne s’agit que d’une émission grand public, d’un comique… Pas de quoi fouetter un chat. À vrai dire, la séquence n’aurait jamais dû en effet quitter le domaine du divertissement.

 

Le problème, c’est que c’est Guillon lui-même qui a tenu à glisser vers le politique et l’éthique. C’est lui qui a opéré le changement de sphère. Et quelle sphère ! Dans un contexte où, semaine après semaine, Audrey Pulvar est montrée du doigt comme le vilain petit canard… La question éthique du journalisme est trop importante pour la réduire à un trivial, pour ne pas dire vulgaire, "qui couche avec qui".

 

Alors "Où est le problème ?", demande en titre Bruno Roger-Petit.

 

Le premier problème, c’est la digression de Guillon. Mis en question sur son spectacle en DVD, et notamment sur le fait que sa prestation était inégale, et qu’elle pouvait – ne vous en déplaise, Monsieur Guillon – susciter quelques réserves, Guillon a choisi d’attaquer son contradicteur et plus précisément sa vie intime. Classe.

 

Stéphane Guillon, humoriste et acteur français, le 15 novembre 2010 (BALTEL/SIPA)

Stéphane Guillon, le 15 novembre 2010 (BALTEL/SIPA)

 

Quand on est artiste, il faut accepter que l’on puisse ne pas faire l’unanimité. Et si l’on est trop susceptible, sans doute faut-il éviter ce genre d’émission. Encore faudrait-il ne pas avoir la mémoire courte et se rappeler qu’au temps des deux Éric, la critique relevait davantage de l’exercice de style, le plus caustique ou le plus cynique l’emportant. Les critiques de Natacha Polony et d’Audrey Pulvar sont autrement plus équilibrées. Et PPDA, présent sur le plateau, était même venu au secours de la première quand Maître Guillon s’était déjà offusqué qu’il puisse y avoir une once de nuance dans le panégyrique qu’il estimait incontournable pour venir orner sa prestation.

 

Alors, au lieu de répondre aux nuances, au lieu de dire tout simplement qu’il n’était pas d’accord, mais que c’était une position comme une autre, ou, encore mieux, au lieu de se taire, lui qui avait déjà fait une promotion largement plébiscitée par un Laurent Ruquier en pâmoison, Stéphane Guillon a choisi de faire un sketch imitant Arnaud Montebourg. Un peu comme, à l’époque, Isabelle Mergault avait empêché Éric Naulleau de parler sur le plateau.

 

 

Une belle manière de ne pas affronter ses détracteurs. Et le syndrome reconnaissable entre tous de celui qui a, oserais-je le dire, pris quelque peu la grosse tête.

 

Mais enfin, a-t-on le droit d’estimer que Stéphane Guillon en fait trop et qu’il n’est pas toujours drôle ? A-t-on encore le droit d’estimer que, chez lui, la limite entre la finesse et le féroce ou celle entre le subtilement exquis et le douteux n’est pas définie ? A-t-on le droit aussi de penser que son débarquement de France Inter, aussi polémique soit-il, ne remet pas foncièrement en question la liberté de la parole en France, et ce d'autant qu'il a parcouru tous les plateaux de télévision pour assurer la promotion de son DVD ?

 

Mais le plus grave dans tout cela, c’est encore une fois la manière dont Guillon a choisi de contourner la critique. Cette manière assassine d’appuyer là où ça fait mal. Et, de ce point de vue, rappelons tout de même les quelque lignes esquissées par Bruno Roger-Petit à ce endroit :

 

"Le téléspectateur engagé et citoyen n'est pas dupe de la dimension politique de l'affaire. Stéphane Guillon a mis le doigt là où cela fait mal. Point. Derrière le rire se cachait la politique et ses luttes d'influences dans les médias, et il savait très bien ce qu'il faisait."

 

Et après il écrira : "Où est le problème ?"

 

Mais le problème est pourtant bien là, Monsieur Roger-Petit ! Il était dans le fait que Guillon ne se contentait pas d’une simple boutade. Il a clairement exprimé un parti-pris dans la polémique en cours sur le statut de journaliste d’Audrey Pulvar. Celui qui consiste à dire qu’elle est la "femme de", qu’elle n’a aucun autre rôle que celui d’illustrer les combats politiques de "sa famille", qu’elle est en conflit d’intérêts. La même thèse que défend en somme, semaine après semaine, Bruno Roger-Petit.

 

Et ce ne fut guère surprenant de voir M. Guillon se réjouir de la prose de Bruno Roger-Petit.

 

Tweet de Stéphane Guillon, le 19 décembre 2011 (capture d'écran)

Tweet de Stéphane Guillon, le 19 décembre 2011 (capture d'écran) 

 

Monsieur Roger-Petit, les rieurs sont de votre côté. Seulement, cet acharnement méthodique envers Audrey Pulvar n’a que trop duré. Et comme vous n’êtes pas le seul, je n’irais pas jusqu’à dire quel conflit d’intérêts vous anime, vous qui avez pris fait et cause pour François Hollande.

 

Il faudrait tout de même arrêter ce petit jeu malsain autour de la présence d’Audrey Pulvar dans l’émission de Ruquier, et plus généralement dans ses interventions, quand elles touchent, de près ou de loin, le monde politique. Alors qu’elle joue le jeu de la vérité, elle, en ne cachant pas ses relations avec ce cadre socialiste (tous les journalistes sont-ils sur la même ligne éthique, que la relation soit amicale ou amoureuse, donc de facto privilégiée ?), on ne cesse de remettre en question la moindre de ses questions, la moindre de ses analyses, la ramenant sans cesse à sa vie privée.

 

Pourtant, qui ignore aujourd’hui qu’Audrey Pulvar est avec Arnaud Montebourg ? Où est la duperie quand le citoyen sait à quoi s’en tenir ? Audrey Pulvar doit-elle se résigner à arrêter le journalisme parce que son travail sera toujours observé sous le regard déformant, pour ne pas dire voyeur, de ceux qui confondent vie privée et vie publique ?

 

Encore une fois, croire que l’on manipule parce que l’on informe avec un peu de ses convictions, c’est insulter l’intelligence du peuple. C’est croire qu’il avale sans réfléchir tout ce qu’on lui dit. C’est prétendre qu’il est incapable de faire la part des choses !

 

Audrey Pulvar doit pouvoir faire son métier sans qu’on lui mette sans répit sous le nez sa relation amoureuse. Sans que l’on puisse systématiquement la soupçonner de céder au conflit d’intérêts. Car où est le conflit d’intérêts quand on vient faire la critique d’un spectacle d’un comédien ? Où est le conflit d’intérêts quand, engagée pour représenter la "fibre de gauche" de l’émission, on se confronte à un Laurent Wauquiez venu opposer les pauvres aux plus pauvrespour savoir qui hériterait d’un logement social ?

 

Le vrai conflit d’intérêts, et le seul qui existe en France, n’est-il pas plutôt que les grands industriels que sont Bouygues, Dassault, Lagardère et Bolloré détiennent les grandes arcanes de la presse et de l’information de notre pays, davantage que dans la mise en scène stérile d’un bout de vie d’une journaliste ?

 

Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg, au soir du premier tour de la primaire socialiste, le 9 octobre 2011, à la Bellevilloise, Paris (T.COEX/AFP)

Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg, au soir du premier tour de la primaire socialiste, 9 octobre 2011, Paris (T.COEX/AFP)

 

Mais encore plus grave : cette société serait-elle à ce point résolue à sa dimension la plus patriarcale pour ramener sans cesse la femme à son mari, la femme journaliste à la femme politique, Audrey Pulvar au seul Arnaud Montebourg ?

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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