Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 11:56

Voilà des semaines que les centristes n’ont plus que cette question à la bouche : quand est-ce que le MoDem passera enfin la bague au doigt à la toute jeune UDI ? Les bans ne cessent d’êtres publiés mais la cérémonie est reportée jour après jour.

Il faut dire que l’alliance ne se formera que sous la contrainte d’un imposant contrat, qui pousse d’ailleurs les deux partis à jouer la fine bouche. Le « grand centre », car tel sera le nom de cette union, a beau proclamer à qui veut l’entendre qu’il s’agit là du mariage de deux âmes sœurs, partageant le même sens des valeurs, personne ne peut ignorer que la seule chose dont on parle, pourtant, en coulisse porte surtout sur ce qui les séparent.

Deux points sont au centre  des négociations : la municipale et la présidentielle, étant entendu que les Européennes ne poseront aucun problème pour proposer des listes unies, et ce même si personne ne sait dans quel groupe les futurs (ré)élus siègeront, entre le PPE ou l’ADLE où figure notamment le PDE, le parti démocrate européen cher au MoDem.

La présidentielle, l’obsession de Bayrou. Celle qui lui aura tant de fois fait perdre la tête et qui a conduit au désastre du MoDem, l’homme sacrifiant toutes les élections intermédiaires, empêchant l’émergence de tout nouveau cadre dans le parti au seul profit de son destin qu’il croit abrité du côté de l’Elysée. Avec l’UDI, François Bayrou voulait avoir l’assurance qu’une candidature centriste, indépendante du candidat de droite, viendrait vendre chèrement la peau centriste au 1er tour de 2017. Avec l’espoir de rentrer une quatrième fois dans la peau du personnage.

plan-A.jpg

Si la perspective ne réjouit pas particulièrement Jean-Louis Borloo, qui s’inquiète légitimement de son imposant camarade dans la nouvelle auberge centriste, il fut décidé de laisser la porte ouverte à une sorte de primaire. La même que François Bayrou avait catégoriquement refusée fin 2011, estimant qu’il était le seul « centre », et qu’on ne pouvait pas s’en revendiquer quand on estimait que l’on ne pouvait travailler qu’avec la droite.  Autre temps, autre foi. Dis-moi ce que tu me donnes, et je te dirai en qui je crois.

Pour autant, 2017 est assez loin et  il faudra que le « grand centre » parvienne à tenir jusque là. Car les municipales qui s’annoncent risquent fortement d’épicer les relations entre nos deux tourtereaux. Le mariage sera fêté en grande pompe d’ici Noël mais il n’est pas bien sûr que l’on n’entende pas la vaisselle cassée d’ici le premier trimestre 2014. Dans le panier de la mariée orange, se terre un héritage dont l’UDI se serait bien passé : des élus… sur des listes de gauche.Vade retro satanas. Le cassus belli. Parce que du côté de ses élus, de Lille ou de Dijon, il est impensable de faire machine arrière. Mieux, à Lille, alors que Jacques Richir s’était porté candidat en 2008 sous les couleurs du MoDem, avant de fusionner au second tour avec la liste de Martine Aubry, il entend se positionner dès le 1er tour derrière la Maire de Lille en mars 2014. Avec celle dont François Bayrou a dit lors des récentes Universités d’été à Guidel qu’elle avait « le sectarisme dans les gènes ». Savoureux. D’ailleurs matois et facétieux, Jacques Richir expliquait la semaine dernière qu’il n’était pas impossible que cette union « aboutisse à des clarifications ».

D’autant, que François Bayrou a dû trancher : refusant de sacrifier certains de ses matelots trop roses pour l’UDI, mais devant prouver qu’il s’inscrivait dans un démarche d’opposition avec le gouvernement, il a proposé de ne pas accorder le soutien officiel du MoDem aux élus qui s’allieraient à des listes de gauche… sans toutefois les exclure. En d’autres termes, il n’y aura pas d’étiquette MoDem pour ceux qui s’engageraient sur des listes d’union à gauche. Personnalité à la ville, MoDem dans le cœur. Pas vu pas pris. Déjà des secrets de famille.

On imagine déjà les candidats de Lille ou de Dijon, faire les marchés, avec un tract Aubry ou Rebsamen dans la main gauche, et un tract « le grand Centre » pour les Européennes dans la main droite…

Cette mascarade montre que cette union est une illusion de l’esprit, construite sur un mensonge. François Bayrou fait croire qu’il est dans l’opposition, en y ajoutant toujours une épithète (« constructive »), et de l’autre côté, à l’UDI, on fait mine de croire que le MoDem accepte de ne collaborer qu’avec la droite, en cachant les mots doux encombrants sous le tapis.

La question n’est donc pas de savoir si l’union de ce « grand centre » va durer dans le temps, mais bel et bien quand le divorce sera prononcé.

Partager cet article

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche