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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 09:18

debat.jpegJe le confesse : je fais partie des Français qui ne savaient pas que les deux soirées organisées par France Télévision suite à la demande de débat formulée par Nicolas Dupont-Aignan puis par François Bayrou allaient aboutir à cinq monologues. Comme quoi, l’on peut avoir la tête dans le guidon de la présidentielle et ne pas voir la route. Force est de constater que mon appétence à l’idée de voir un vrai débat démocratique animer ce premier tour en avait pris un coup. Pas au point de sombrer à l’anorexie citoyenne au point de m'astreindre à un énième épisode des Experts de Miami, Manhattan ou d’ailleurs.

Allait-on malgré tout assister à une émission d’intérêt, propre à donner aux citoyens les clefs entre ses mains pour faire un choix ? Allait-on voir des journalistes, compenser l’absence de débat refusé par deux candidats favoris trop pleutres à quelques jours du verdict, par des questions pointues et dérangeantes ? La montagne a, une nouvelle fois, accouché d’une souris… bien ennuyeuse.

 

Pourtant France 2 avait décidé d’allécher tout le monde toute la semaine fort d’un teasing qui cachait bien la pauvreté de la soirée qu’elle allait proposer, Pujadas omettant avec malice de préciser qu’aucun candidat ne se répondrait. Les coulisses furent ainsi le fil directeur de la soirée. Et qu’il fut passionnant de voir Eva Joly au maquillage, la porte entr’ouverte de la loge de François Hollande que l’on enchaîna avec son arrivée, tout sourire dans les studios… Quel scoop ! De la même veine que de rappeler que Eva Joly fut "vice Dauphine de Miss Norvège"… Marine Le Pen eut même la formule juste : "c’est la télé réalité dans le couloir, c’est ça ?". Pas mieux.

 

Et quelle aubaine pour le citoyen indécis à dix jours du scrutin ! Elles auront au moins permis de voir Philippe Poutou, tout impressionné de serrer la main à François Hollande et Valérie Trierweiler, tel l’enfant vient se faire photographier avec le père-noël pour la première fois, alors que Marine Le Pen était en train de parler, grâce à un plan d’ensemble essentiel pour le débat démocratique. La classe.


EVa Joly DPDAIl y eut bien tout de même une promesse vers 22h15. Alors que François Hollande venait de faire son exercice imposé, l’on annonça que Marine Le Pen avait envie de "secouer l’émission". Il faut dire que la présidente du FN a garanti une bonne audience en cette présidentielle. La promesse donc d’un spectacle en lieu et place d’un débat démocratique ? Même cet appât grossier n’attrapa point de larcins. Marine Le Pen fidèle à elle-même fut interrogée sur ses thématiques ou les thématiques qu’on aime lui soumettre comme l’immigration, la laïcité, l’avortement de confort. Autant de sujets sur lesquels elle a ravi des supporters et donner envie de vomir aux autres dont je fais partie. Alors certains auront noté qu’elle a fait fructifier ses nouvelles dispositions pour le stand-up avec quelques tours d’humour comme ces grandes croix que l’on voit déambuler dans les rues. Et aussi ses talents de prestidigitatrices en nous sortant un casse-tête géométrique qui lui permit d’éviter d’autres questions. Hop disparue la question ! Et de glisser que Nicolas Sarkozy a mis DSK au FMI sur le gong ! Quelle compétitrice !

 

Pour le reste, ce fut une litanie de réponse sans aucun relief, radotage d’une campagne, terne, si terne. Aucun véritable sujet. Les journalistes ont tenté avec le peu de temps qui leur était imparti de mettre les candidats devant de gentilles contradictions. Inoffensifs.

 

Un exemple à lui seul illustre à la perfection la stérilité de l’exercice proposé : on mit François Hollande face aux critiques pertinentes de Jacques Attali qui la veille face au même Pujadas, expliquait avec justesse que la Crise et notre dette mettrait le candidat socialiste dans l’obligation de renoncer à sa liste du Père-Noël. Des contorsions rhétoriques lui permirent sans mal d’esquiver la question qui aurait pu éclairer le citoyen : ses promesses n’engagent-elles que celle qui y croient comme le prophétisait Pasqua ? Plus que dommage.


Eva Joly en profita malgré tout pour glisser un nouveau néologisme. Après la "bravitude" de Ségolène Royal et le "méprisance" de Nicolas Sarkozy place au "loyalisme" en guise de loyauté. Elle compensa par la seule formule-perle de la soirée : "la Gauche molle qui ne propose rien et la Gauche folle promet tout". Pour autant, elle rappela la position impossible des Verts face à la laïcité, en promettant une géométrie variable vis-à-vis des nourrices en niant l’influence que peut avoir un signe ostentatoire sur les jeunes enfants et en précisant qu’elle trouve la loi sur le voile intégral pertinente tout en disant qu’il ne fallait pas la faire voter. Allez comprendre.

 

Poutou-DPDA.jpgPour ceux qui seraient restés, la fin offrit un petit moment : le jour où Philippe Poutou tenta de claquer le baigneur à François Lenglet. Les supporters ont cru au but. Les réalistes ont certainement vu le hors-jeu : en quoi la vaine polémique sémantique sur "charges sociales" et "cotisations sociales" remet-il en question le graphique qui condamne sans contestation possible les projections du projet du NPA ? Laissons-lui ce moment de gloire qu’il croit avoir acquis de haute lutte.

Dernières secondes sur les confessions au "confessional" type "Secret Story". Il n’y a pas à dire, mercredi soir, dans "Des paroles et des Actes", les citoyens français auront appris au moins appris une chose : s’il y avait une touche à taper, pour éliminer quelqu’un, c’était celle de la télécommande.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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