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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 18:17

Alors autant mettre cartes sur table puisque ces temps sont ceux de la suspicion sur le conflit d’intérêt : je suis militant MoDem, j’ai dit toute la dangerosité et la stérilité de la posture de Montebourg ici-même, et personne dans mon entourage ne brigue le poste suprême.

 

Pourquoi toutes ces précautions ? Mais parce que l’atmosphère est devenue délétère et on fait des faux procès et une chasse aux sorcières quand le mal est ailleurs. Bien plus puissant.

 

Audrey Pulvar et son compagnon Arnaud Montebourg au soir du premier tour de la primaire socialiste, le 9 octobre 2011 (F.DUPUY/SIPA)

 Audrey Pulvar le 31 janvier 2011 sur I-télé (L. VENANCE / AFP)

 

Prenons un des accusateurs, par exemple, et restons même "en famille" sur le Plus : Bruno Roger-Petit. Incroyable culot que celui de notre chroniqueur associé. Le 5 septembre dernier, il reprochait à Pulvar de ne pas incarner suffisamment la gauche, puisque le bipartisme fut versé sans modération dans son biberon Mitterandien.

 

Quelques jours plus tard, il s’offusquait que la Dame soit incisive envers Ségolène Royal quand la Présidente du Poitou fut davantage prise à parti par un jeune, très jeune écrivain. Avant finalement de décréter mardi que Pulvar n’aurait finalement pas dû être engagée par Ruquier tout en distillant que sa position est intenable. Alors pas assez à gauche, puis trop à gauche, trop Montebourg : BRP ne serait-il pas lui-même dans un conflit d’intérêt dans son penchant  pour le candidat Hollande ?

 

Faut-il nécessairement partager la vie de quelqu’un d’engagé pour être victime d’un aveuglement coupable ? Jean-François Copé reprend le refrain. Mais peut-il être pris en exemple quand on sait que chez Copé, la mauvaise foi c’est un métier ? Certains vont même plus loin : un journaliste est-il encore un citoyen comme les autres puisque d’aucuns ont listé ceux qui ont participé à la primaire socialiste afin d’éclairer le citoyen ?

 

Une information tronquée par la vie privée ?

 

Je pense qu’il faut revenir à davantage de raison. C’est urgent. Il serait vain de dire, pour commencer, que ce qui est reproché à Audrey Pulvar, à une femme journaliste engagée avec un homme politique, ne le serait pas à un journaliste homme. Parce que ce serait continuer à argumenter sur le débat du sexisme, quand ce fléau doit disparaître. Il en est de même pour une femme que pour un homme. Laissons de côté les machos revendiqués ou bien ceux qui s’ignorent.

 

La question est de savoir si le discours ou plutôt l’information donnée par un journaliste peut être tronquée par sa vie privée. Assurément. Mais il n’est nul besoin d’être le ou la compagne d’une personne engagée pour manquer d’objectivité. L’âme citoyenne, la conscience du débat politique, sa sensibilité, amalgame complexe fait de l’expérience et de l’éducation, entrent nécessairement en compte. Et alors ?

 

Croire que l’on manipule parce que l’on informe avec un peu de ses convictions c’est insulter l’intelligence du peuple. C’est croire qu’il avale sans réfléchir tout ce qu’on lui dit. C’est prétendre qu’il est incapable de faire la part des choses !

 

Qui détient la vérité absolue ?

 

Mais qu’est-ce qu’une information ? Un énoncé de quelqu’un qui détient la vérité ? Mais personne ne détient la vérité absolue ! L’information est une alchimie complexe, dont la véracité est dépendante de la source. Seul le recoupement peut ainsi faire d’une information la vérité, ou plus exactement un énoncé proche de la vérité.

 

Le citoyen se sent lésé parce qu’il a cru quelqu’un ou quelque chose sans recouper une information ? Mais qu’il fasse son travail de citoyen. Qu’il s’informe. Qu’il recherche !

 

Ce n’est pas rendre au service au citoyen que de prétendre que la démocratie est capable de lui fournir la vérité sur un plateau. La démocratie, l’accès au savoir, la recherche de la vérité demandent un effort. Et quand on accuse certains de donner un angle (car il serait calomnieux de prétendre par exemple qu’Audrey Pulvar donne un point de vue ou une opinion chez Ruquier ou quand elle officiait avec talent sur Itélé !), on se trompe de cible.

 

Car le véritable danger de l’information, ce n’est pas de la connivence présupposée des journalistes avec certains milieux (d’ailleurs, quelle hypocrisie de pointer du doigt "les femmes de" quand on sait que kyrielles de journalistes ont de tous temps complaisamment déjeuné avec les plus puissants, comme le met en scène avec clarté et réalisme La Conquête, quand ils n’ont pas accepté des cadeaux suffisamment somptueux pour ne pas être coupables d’un véritable conflit d’intérêt !)

 

Les industriels, le danger pour la presse

 

Non le véritable danger ce sont les grands industriels, Bouygues, Dassault, Lagardère et Bolloré qui l’incarnent en détenant les arcanes de la presse. Là il y a un danger car leur influence tend à devenir hégémonique et plus grave encore, il existe alors un mélange des genres qui mettent en danger la séparation des pouvoirs, pas seulement celle de Montesquieu, mais celle qui rajoute, modernité oblige, le financier, le médiatique et la gestion de la laïcité à l’exécutif, le législatif et le judiciaire.

 

Faire de "l’affaire Pulvar" un exemple sur le bûcher de l’indépendance journalistique est donc une escroquerie inacceptable. Prenons un peu de hauteur et écoutons un de nos écrivains qui a donné ses lettres de noblesse à notre belle démocratie (adage que reprend d’ailleurs l’hebdomadaireMarianne) : "Le goût de la vérité n'empêche pas de prendre parti". Que ce message soit dit et martelé à toutes celles et tous ceux qui considèrent comme illégitimes toute parole exprimée par un citoyen engagé.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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