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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 09:58

Ce week-end se tient au Bourget le traditionnel congrès de l’UOIF, l'Union des organisations islamiques de France. Une démonstration de force annuelle pour cette organisation dont la matrice est proche des Frères musulmans, et qui tente de montrer, à la France, à l’Europe et globalement dans le monde entier, sa capacité à organiser une tribune politique.

L’organisation, qui a boycotté les dernières élections du CFCM (le Conseil français du culte musulman), à qui elle doit pourtant son émergence en France, preuve que cette coquille vide initiée par Nicolas Sarkozy aura été un formidable cheval de Troie pour s’imposer dans le paysage islamique français, a eu l’occasion, cette année, de rectifier le tir concernant sa liste des invités.

Il faut dire que la précédente édition avait été sacrément bouleversée après l’interdiction faite, en pleine campagne présidentielle, par le président d’alors de refuser le territoire à six prédicateurs. Parmi eux, Youssef al-Qaradawi, prédicateur vedette de la chaîne Al-Jazeera et sommité du monde musulman, qui légitime les attentats suicides en expliquant que c’est "la justice divine qui s’opère, Dieu offre aux faibles une arme d’auto-défense contre laquelle les forts ne peuvent rien malgré tout leur arsenal militaire et nucléaire" (déclaration faite le 25 avril 2004 sur Al-Jazeera et repris dans "OPA sur l’islam de France", par Fiammetta Venner).

 

Respect des valeurs laïques

 

Cette année, l’organisation se veut moins sulfureuse pour son Congrès, ce qui n’empêche pas certains observateurs de noter que des orateurs aux propos sulfureux continuent de sévir à la tribune.

Mais, au-delà de l’éternelle polémique sur les invités, qui savent avec un talent cynique manier un double discours et qui n’écrivent pas toujours ce qu’ils disent sur le territoire de notre République, l’atmosphère est à l’inquiétude cette année, après le jugement de la Cour de cassation concernant l’affaire Baby-Loup. Et la position assez courageuse prise par François Hollande ce 28 mars, lors de son grand oral (c’est assez rare pour être souligné) quand il a estimé qu’il fallait légiférer pour éviter ce cas d’espèce.

UOIF-copie-1

En d’autres termes, selon lui, il est nécessaire que la République permette à un établissement privé, relevant d'une mission d’utilité publique, de se revendiquer de la neutralité des valeurs laïques quand il peut actuellement être confessionnel. Comment peut-on en effet accepter qu’en France une crèche privée puisse être catholique mais ne puisse pas être respectueuse des valeurs laïques ? Un comble qu’il convient de corriger au plus vite.

Et c’est ce qu’ont très bien compris Elisabeth Badinter et Jeannette Bougrab quand elles ont lancé cette semaine une pétition pour appeler à légiférer sur la question :

"Dans un État laïque, il serait ainsi permis de créer une crèche privée religieuse, mais pas une crèche laïque ? Impérative pour la puissance publique, la laïcité serait interdite aux citoyens et aux structures privées ?

Parce qu'ils sont précisément d'entre nous tous les êtres les moins pourvus de défense et les plus malléables, les enfants ont droit à la neutralité, garante de leur libre arbitre en formation. Notre loi doit impérativement être modifiée."

 

Égalité à double vitesse ?

 

L’appel signé aussi par le philosophe Abdennour Bidar, le président du Parti radical de gauche Jean-Michel Baylet ou encore l'essayiste Caroline Fourest, inquiète l’UOIF. Sur i>Télé samedi 30 mars, deux femmes, toutes deux voilées, expliquaient que les libertés individuelles étaient en jeu et qu’elle refuseraient de retirer le voile pour aller travailler, laissant croire que l’ensemble des professions seraient touchées.

Le président de l’UOIF, Ahmed Jaballah, va encore plus loin dans l’instrumentalisation en évoquant le mariage pour tous en contradiction avec cette proposition de loi :

"Les dernières déclarations de ceux qui veulent étendre la loi de la laïcité dans les établissements privés suscitent une vraie inquiétude chez les musulmans : on est en train de revoir une laïcité à la mesure de leur pratique."

Avant de préciser :

"Au moment où on autorise la loi sur le mariage homosexuel, on émet des propositions de loi restrictives concernant les musulmans, qui ne me paraissent pas constituer des éléments d’égalité."

La comparaison d’Ahmed Jaballah est tout de même sacrément gonflée. Le président de l’UOIF prend en référence le mariage pour tous pour tenter de faire croire qu'en France l’égalité serait à double vitesse. Or s’il est bien un sujet qu’il pourrait éviter de prendre en exemple c’est bien celui à propos duquel son organisation s'est tout de même écriée :

"Qui pourra délégitimer la zoophilie, la polyandrie, au nom du sacro-saint amour ? Ne sommes-nous pas en train de suivre une voie où le principe d’égalité ne serait plus défini par des limites et des normes communes, mais par des perceptions personnelles, aussi égoïstes et affectives puissent-elles être ?"

Et l’on est tenté alors de demander à Monsieur Ahmed Jaballah si, justement, sa volonté de ne pas vouloir préserver les crèches, et seulement les établissements qui relèveraient de la mission publique auprès des jeunes enfants, ne serait justement plus définie par des limites et des normes communes, mais par des perceptions personnelles, aussi égoïstes et affectives…

 

L’UOIF crie au loup

 

La loi proposée par François Hollande ne vise nullement à réduire les liberté individuelles. son but est de protéger les enfants et de permettre aux crèches et au jardins d’enfants de se pourvoir d’une règle de neutralité, de la même manière qu’ils peuvent actuellement se revendiquer d’une confession.

Cette loi ne serait donc pas une fermeture de la République. Bien au contraire, ce serait mettre fin au déficit dont souffrent les valeurs laïques dans l’espace privé.

Il n’est pas question d’interdire aux hôtesses d’accueil d’enlever le voile dans un hôtel, aux ouvriers d’une usine d’enlever la kippa quand ils dirigent une équipe, ou encore à un banquier d’enlever sa croix catholique en or qui pend au-dessus de sa chemise. Il est question de protéger dans certains cas les établissements privés, quand leur mission d’utilité publique a trait aux plus fragiles, face au manque de neutralité et aux pressions religieuses, en leur donnant la possibilité de se revendiquer des valeurs laïques. Ni plus, ni moins.

L’UOIF peut donc toujours agiter le chiffon rouge et crier au loup. Elle ferait mieux de s’inquiéter de voir comment l’islam a été instrumentalisé dans l’affaire Baby-Loup plutôt que de s’inquiéter de la laïcité et des valeurs laïques, qui auront toujours vocation de garantir, à tous les Français, la liberté de culte. Sans aucune concession.

Et quand on lit que l’organisation craint la polyandrie, mais absolument pas la polygynie, ou encore qu’elle a condamné la loi de 2004 sur les signes ostentatoires dans les écoles publiques, l’on se dit que, derrière les craintes de l’UOIF, se voilent des revendications… "pas très catholiques".

 

Publié sur le Plus, du Nouvel Observateur le 31 mars 2013

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  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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