Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 08:00

Elle devait être, à entendre la Primaire socialiste puis François Hollande, la priorité parmi la priorité. On se souvient que celui qui allait devenir le Président de la République s’était même étripé avec Martine Aubry sur le bûcher du redoublement, pendant que Ségolène Royal montrait, avec justesse, que 12000 enseignants par an ne correspondaient pas à 2,5 milliards d’euros mais à 3 fois plus. Pour autant, l’éducation reste la grande absente de la gouvernance Ayrault. La réforme votée par l’Assemblée nationale a accouché d’une souris insignifiante qui ne change en rien l’énorme bâton dans la roue éducative de la France : l’absence de savoir et de sa transmission.

En guise d’une réforme de fond, visant à redonner savoirs et culture à des élèves qui en sont d’autant plus dépourvus quand ils ne les ont pas eus au biberon, ce qui en fait donc une priorité sur le plan de l’égalité à l’accès de la formation, la loi n’a proposé que l’embauche de 60 000 enseignants. Pour le reste, la formation initiale des enseignants n’a nullement retrouvé le volume horaire qui aurait dû être le sien, puisque non seulement le gouvernement socialiste n’est pas revenu sur la nécessité d’un Master pour être enseignant et qu’un stagiaire a toujours 15 heures de cours hebdomadaires contre 6 avant l’ère mortifère de Sarkozy.

ecole.jpg

De manière assez discrète il faut bien l’avouer, La Cour des comptes à rendu public un rapport le 22 mai sur la gestion de l’Education Nationale, Gérer autrement les enseignants. Et force est de constater qu’elle désavoue complètement la politique éducative du trio Peillon-Ayrault-Hollande en expliquant que l’Education nationale « ne souffre pas d’un manque de moyens budgétaires ». Bien au contraire, c’est la gestion elle-même qui est pointée du doigt et qui montre que les effectifs sont mal employés.

Un cas est notamment intéressant à analyser : celui des ZEP. Depuis leur création en 1981, les gouvernements socialistes n’ont eu de cesse de rappeler qu’il fallait dans ces zones des moyens supplémentaires et des enseignants en plus. S’il est absolument nécessaire de conserver des classes plus restreintes dans ces zones (25 élèves maximum par classe en collège, contre 30 dans un établissement non classé), le rapport rappelle que ces établissements ne bénéficient jamais des enseignants les plus expérimentés et les plus chevronnées mais bien au contraire se voient affecter les néo-titulaires, en masse.

La raison de ce cercle vicieux ? La prime dérisoire (et jugée comme telle par le rapport) donnée aux enseignants pratiquant en ZEP, qui ne les motivent qu’à fuir au plus vite à la prochaine mutation. Aujourd’hui, un enseignant en ZEP ne gagne que 80 euros nets de plus dans un établissement où il fait 18 heures comme ses collègues du centre-ville… Dans ces conditions, l’afflux d’enseignants supplémentaires revient à rajouter des couches d’enseignants sans expérience à une autre, sans régler le moindre problème d’un point de vue pédagogique… La Cour des Comptes évoque même la possibilité de réduire le nombre d’heures effectuées devant les élèves.

Pour autant, faut-il prendre pour argent comptant tout ce que préconise ou explique la Cour des comptes ? Loin s’en faut.

Comme le rappelle le Ministère sur son site, on peut douter du calcul effectué quand il est dit que « les moyens alloués au système éducatif ont été en hausse constante » entre 2008 et 2012, se contentant des sommes engagées, sans tenir compte du nombre de postes en lui-même. De la même manière, on ne peut rester que dubitatif face à cette obsession de la bivalence (deux matières par enseignants) en croyant qu’abandonner la spécialisation règlerait les problèmes qui restent avant tout ceux de la transmission des savoirs. Quant à cette autre obsession qui consiste à vouloir absolument décentraliser en rendant autonomes les chefs d’établissements pour gérer les personnels ou encore annualiser les heures des enseignants, il paraît toujours inquiétant de constater que seuls les arguments d’ordre pécuniaires semblent orienter les décisions quand, encore une fois, quitte à radoter, ce sont les préoccupations pédagogiques qui doivent primer.

En réalité, la Cour des comptes ne répond pas à cette question : comment fait-on pour que nos élèves apprennent leurs leçons, acquièrent des savoirs, maîtrisent la lecture, le calcul, et puissent connaître l’Histoire des France et faire de la maîtrise de la langue française une excellence dont on peut s’enorgueillir, y compris en société ? Cela fait quarante ans que la réponse se fait pourtant, durement et cruellement, attendre.

 

Publié par Médiavox, le 27 mai 2013.

Partager cet article

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche