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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 19:33

«Modernité », « courage », « historique ». Que n’a-t-on pas entendu après la renonciation du Pape Benoit XVI ! Des dithyrambes et des éloges qui furent brodés à la Pénélope après des années de doutes légitimes sur l’action du successeur de Jean-Paul II. La frénésie médiatique fait oublier au plus grand nombre les errances des uns pour leur assurer la postérité. Mais seuls les actes comptent. Et à ce titre, Benoit XVI doit être jugé sur ce qu’il a fait. Et force est alors de constater qu’il aura envoyé un signal terrible de sens aux catholiques et plus généralement au monde entier.

Théologien, le cardinal Ratzinger n’aura eu de cesse, durant son pontificat, de ramener l’église à sa règle dogmatique, refusant de s’ouvrir à la modernité du monde, en considérant celle-ci comme une perversion du message chrétien.

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L’on s’enorgueillit ici ou là que Benoit XVI ait prononcé le « mot » préservatif et en ait parlé, quand son prédécesseur s’était mué en carpe sur la question. Mais comment peut-on oublier que lors de son voyage en Afrique, en mars 2009 il avait estimé que l’on ne pouvait pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs, estimant que leur utilisation, bien au contraire, aggravait le problème ? Des propos irresponsables et inconséquents et qui montrèrent une bonne fois pour toute que pour le Vatican, le dogme est supérieur à l’intérêt général des humains. Plus qu’un aveu, un crime.

A cette époque, en dehors des champs ecclésiastiques, il n’y eut guère qu’une illuminée pour le soutenir à l’aide d’un site « Touche pas à mon Pape ». Cet enfant du Pontificat porte le nom délicat de Frigide Barjot. C’est aussi cela l’héritage Ratzinger en France.

Sur l’avortement, l’euthanasie ou encore l’IVG, l’église catholique n’aura pas bougé d’un iota. Bien au contraire, elle aura continué d’être complaisante avec les mouvements Provie.

Preuve de ce durcissement de l’église, Benoit XVI réintègrera quatre ex-communiés, dont le tristement célèbre Richard Williamson, qui avait nié l’holocauste dans les chambres à gaz. Volonté exprimée par Benoit XVI de se réconcilier avec les Lefebvristes, ces intégristes se revendiquant de la Fraternité Pie X (dans laquelle se reconnaissent notamment les fidèles de St Nicolas du Chardonnet ou les adhérents de Civitas). Ratzinger réhabilita ainsi la messe en latin d’avant le Concile Vatican II, qui avait sonné comme le début d’une modernité. Avortée.

Loin de faire son aggiornamento, l’église semble de plus en plus proche de sa droite ligne la plus conservatrice, et les premiers échos de sa succession montrent que le prochain Pape ne dérogera pas à la règle. En guise de modernité, on consent bien à évoquer quelques prêtres pédophiles, à demander la démission d’un cardinal aux mœurs jugées déplacées, mais sur le fond, la doxa reste l’incarnation de la lecture fondamentaliste des textes sacrés, ou de leur interprétation quand les mots ne suffisent plus à justifier certaines positions.

Les messages du pape se veulent traditionnellement être de paix. Mais que valent-il quand, par ailleurs, l’église continue de rejeter et de condamner ? Benoit XVI aura su manier cet art du double discours que l’on reconnaît volontiers aux intégristes influents, ou qui se veulent comme tels, comme lorsqu’il écrivit, ou fit écrire, dans La lumière du Monde en 2010 à propos des homosexuels :

« Ils ne doivent pas être rejetés à cause de cela. Le respect de l’être humain est tout à fait fondamental et décisif. Mais cela ne signifie pas que l’homosexualité soit juste pour autant. Elle reste quelque chose qui s’oppose à l’essence même de ce que Dieu a voulu à l’origine ».

Enfin, Benoit XVI aura persisté à faire du message l’église l’affirmation arrogante et insupportable d’une vision suprématiste du patriarcat, refusant à la femme l’égalité des droits. Si l’IVG est toujours fermement condamné par le Vatican, l’accès à la prêtrise lui est tout autant refusé. Au nom de quoi ? D’une traduction biaisée de la genèse qui fit lire aux hommes « la côte de l’homme » quand il fallut lire « le côté » ?

La vérité c’est que le Vatican, version Ratzinger, se sera rapproché par le dogme et la vision des éléments les plus intégristes qui se radicalisent dans les deux autres religions monothéistes. Une véritable période de crispation qui n’empêche pas les rapprochements quand, dans les couloirs du Parlement européen, on s’entend pour limiter les droits à l’avortement ou pour spolier ceux des homosexuels. Paix générale cette foi…

Publié sur Médiavox le 4 mars 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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