Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 09:37

Jiaudo Wu

La pongiste Jiaduo Wu joue sous les couleurs de l'Allemagne (I.INOUYE/SIPA).

 

Dans l’anonymat de la multitude des disciplines des Jeux olympiques, certains matchs ont retenu l’attention en tennis de table, alors que le tournoi débutait son deuxième tour : Qiangbing Li affrontait Mo Zhang , Xue Li défiait Jian Fang Lay. Puis au-delà de ces matchs "fratricides", on voyait également Jiao Li, Yuan Tian, Yifang Xian, Jie Li, Jiaduo Wu et combien d’autres encore pointer le bout de leur nez… Depuis quand une délégation, fût-elle la plus forte de la discipline, en l’occurrence la chinoise, a-t-elle le privilège de présenter huit voire dix de ses compatriotes en compétition ?

 

Pourtant, contrairement aux apparences, aucune de ces pongistes n’est chinoise. Du moins officiellement. Dans l’ordre de leur apparition, elles sont autrichiennecanadiennefrançaise,australienneluxembourgeoisehollandaisecroatefrançaisehollandaise à nouveau et allemande. Sauf qu’en y regardant de plus près, il suffit de s'attarder sur le lieu de naissance de chacune de ces athlètes pour voir qu’il y a anguille sous roche : respectivement Pékin, Shi Jia Zuhang, Boshan De Zibo Sh., Wengzhou, Shangaï, Qingdao City, Shenyang, Baoding, Sichuan et enfin Linhai-Zhe Jiang. Des noms de villes bien exotiques pour les pays cités…

 

Une concurrence telle que les Chinoises vont à l'étranger

 

En réalité, sur les 64 joueuses participant au tournoi, 24 sont originaires de Chine !

 

Le phénomène n’est pas nouveau et ne se circonscrit pas à l’épreuve féminine. En Chine, la concurrence est telle que les quotas imposés par la Fédération internationale ne permettent pas à tous les athlètes chinois de concourir pour les championnats du monde, ou encore les Jeux olympiques. Si bien qu’à moins de faire partie des génies de la discipline, il ne reste plus à ces pongistes qu'à se tourner vers d’autres pays, enclins à les accueillir pour tenter d’endiguer la vague chinoise, qui fait la main basse sur toutes les compétitions internationales depuis plusieurs décennies.

 

La situation en devient cocasse, car certains matchs ressemblent à s’y méprendre à un championnat de Chine. Benoit Paire, tennisman français qui vient de faire son entrée parmi les 50 premiers joueurs du monde, n’avait pas un classement suffisant pour se qualifier pour Londres. Aussi c’est de la tournée américaine qui débute sur ciment, et qui est naturellement désertée par les meilleurs, qu’il suit les Jeux olympiques le soir, à l’hôtel, après ses matchs. Et regardant un de ces matches "format championnat de Chine", il ne put s’empêcher de tweeter cette semaine :

Le phénomène est devenu tel que la Fédération internationale de tennis de table a dû réagir… mais un peu tard. En 2008, elle a voté un nouveau règlement interdisant les changements de nationalité pour les athlètes de plus de 21 ans. Parallèlement, la règle encadre sévèrement les "transferts" ayant lieu avant cet âge, en exigeant une "période de qualification" de sept ans pour un changement de nationalité entre 18 et 21 ans ; de cinq ans entre 15 et 18 ans, et de trois ans pour les joueurs de moins de quinze ans.

 

Problème majeur : ce nouveau règlement ne concernait pas les Jeux olympiques…

 

Des naturalisations loin d'être confinées au tennis de table

 

Tous les sports ont connu des vagues de naturalisation. Le football et l’athlétisme ont vu le Qatar et Brunei acheter à coups de millions de dollars des athlètes déjà confirmés au plus haut niveau mondial, pour se créer artificiellement une culture sportive, à l'image des cités lacustres qu'ils ont déjà créées à Dubaï. En janvier dernier et dans le cadre des championnats du monde de handball, qui seront organisés en 2015 au Qatar, ce dernier avait tenté de débaucher Nikolaj Markussen, Danois de nationalité, avec à la clef un chèque à sept chiffres pour l'inciter à quitter son maillot national… Proposition déclinée par l’intéressé, qui ne se voyait pas tourner le dos au Danemark natal.

 

Qu’il est loin le temps où les naturalisations n’étaient que la conséquence d’une condition de réfugié politique, comme c'était le cas pour la Tchécoslovaque Martina Navratilova, dont l’exil aux États-Unis avait ému le monde entier en 1975, alors qu’elle était simplement autorisée à jouer un tournoi sur le territoire US. Elle était retournée dans son pays en 1986 seulement, lors de la Fed Cup, sous les couleurs américaines et aux côtés de Chris Evert, ce qui restera un grand moment d’émotion pour celle qui était devenue l’une des plus grandes sportives de sa discipline.

 

Aujourd’hui, les naturalisations ne sont qu’une affaire de gros sous pour des pays en mal de résultats. Plutôt que d’utiliser cet argent à développer des structures sportives dans les territoires et d’aider la jeunesse à se découvrir une âme de champion.

 

Et si l'on interdisait tout simplement les naturalisations ? Autant demander de supprimer le fric dans le sport...

Partager cet article

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Du sport
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche