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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 20:54

Que de maux et de pleurs leur a coûté ce congrès houleux, organisé à huis clos, pour décider de leur destinée ! Les cadres du Parti radical se réunissaient ce samedi, six mois après le forfait de leur père adoré : Jean-Louis Borloo.

 

Jean-Louis Borloo le 06/09/2011 (WITT/SIPA)

Jean-Louis Borloo le 06/09/2011 (WITT/SIPA) 

 

A l'image de Rodrigue (le Cid, de Corneille), les membres du Parti radical se trouvaient face à un dilemme : épouser leurs propres valeurs et couper les cordons avec leur famille ou bien faire fi de leurs racines et convoler en justes noces avec celui dont ils s'étaient séparé, avec perte et fracas. 

 

Désagréable colère, indigne ressentiment à leur douleur ! Ils ne reconnaissaient pas leur couleur à cet ignoble courroux. Partout la rumeur annonçait que le choix était fait et qu'en grande pompe le parti allait rejoindre les rives délaissées en mai 2011, départ pourtant synonyme de liberté ! La liberté d’assumer, enfin,  grande singularité. Las. Le combat cessa faute de combattants.

 

Quid des promesses d’un nouveau contrat avec les Français ? Quid des critiques à l’encontre du locataire l’Elysée ? Quid des valeurs humanistes qu’il fallait aux yeux de la France entière encenser ? L’amour n’est qu’un plaisir, l’honneur est un devoir, pensaient-ils alors. Et ce samedi, on leur demandait de mettre à mal l’adage, et faire allégeance aux ennemis du passé en espérant un plus doux présent.

 

Jean-Louis Borloo avait-il du cœur ? Il tenta en tous cas d’en assurer l’audience, l’assurant de sa désapprobation concernant le débat sur l'identité nationale", "Dakar" et "le discours de Grenoble". Et l’Express de judicieusement rappeler qu’il avait été pourtant silencieux sur ses sujets, alors qu’il était numéro deux du gouvernement…

 

Mais la gronde fut tenace. Dominique Paillé qui tenta de mettre la panique à l’Elysée en courtisant de manière peu subtile l’autre candidat du Centre, le vrai, constata que sa béarnaise n’avait pas pris, mais resta malgré tout, seul, sur ses positions.

 

Dans la même veine, quatre fédérations celles de la Haute-Garonne, de l'Ariège, du Val-de-Marne et du Tarn-et-Garonne, ont rédigé un texte intitulé "Non à la pensée unique! Débattons et adoptons la motion Debout et Conquérant".  Les affronts à l’honneur ne se réparent point à les écouter. Encore eut-il fallu que l’on veuille bien les entendre.

 

A leur côté, Rama Yade vint leur prêter main forte. Et l’on reconnut celle qui, pleine de majesté et de courage, s’était opposée, seule contre presque tous, à la venue du futur ennemi public numéro un, Mouammar Kadhafi, alors qu’elle était en charge du secrétariat d’état des Droits de l’homme :

 

"Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort." 

 

Bien silencieux fut, déjà, à cette époque Jean-Louis Borloo… Hier on reconnut la frondeuse quand elle condamna la tenue la campagne de son ancien mentor qu’elle refuse de suivre en l’état dans le périple de sa reconquête, dans un entretien accordé au Monde (où l’on notera au passage le manichéisme assumé du quotidien, en ne proposant que la stérile alternative bipartite comme positionnement possible à la fin de l’interview. Rien de surprenant de la part du journal qui faisait de l’affrontement Sarkozy/ Royal en 2007 un impératif démocratique…) :

 

"La France forte, c'est bien. Mais il faut aussi qu'elle soit juste ! En 2007, Nicolas Sarkozy dictait le tempo, imposait les débats. Aujourd'hui, nous avons le sentiment, nous, les républicains, d'avoir le pistolet du FN sur la tempe."

 

Elle est jeune, il est vrai. Mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années. Mais elle ne remporta pas l’ensemble des suffrages. Son peuple est frileux car que sont les valeurs quand les maroquins pourlèchent vos babines et altèrent la raison ? Il fallut attendre mars pour que les médias sonnent le tocsin, et Borloo de parier sur "un tiens vaut mieux que deux tu l’auras". Ce n'est pas à lui que l'on fera allégeance. Et voilà à quoi Le Cid tient.

 

Alors, Le Parti radical dans sa majorité (76%) et Jean-Louis Borloo en particulier, firent voter "une logique de soutien conditionnel, de oui mais" où le "oui" vaut autant que le "mais". Car il est dit qu’au Parti Radical, jamais on ne goûte de parfaite allégresse : ses plus heureux succès sont mêlés de tristesse.

 

C’est ainsi que les cadres de Jean-Louis Borloo, gémirent à l’attention de Nicolas Sarkozy un "Va, je ne te hais point". Et le président du Parti radical de ne pas faire l’offrande de sa présence à Villepinte. Fuir la communion pour diluer le vin de la messe.

 

Mais de ces petits soutiens, en ces temps troublés, où sont allés les valeurs et les projets humanistes si bien ficelés ? Comment d’un côté croire au social et à l’humanité quand celui en qui l’on croit fait de la solidarité un assistanat qui serait le cancer de la société ? A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Et rien ne dit d’ailleurs, et surtout pas les sondages, que de triomphe il y aura. Et Jean-Louis Borloo et les siens n’auront plus, alors, que les yeux de Chimène pour pleurer. 

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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