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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 10:17

Jean-Louis Borloo lors de l'université d'été de l'Alliance républicaine, écologiste et sociale le 10 septembre 2011 (S. THOMAS/AFP)

 Jean-Louis Borloo lors de l'université d'été de l'Alliance républicaine, écologiste et sociale le 10 septembre 2011 (S. THOMAS/AFP)

 

C’est un peu le péché mignon des nos aînés. Trempant leur madeleine dans leur thé, leur mémoire s’évapore dans la nostalgie la plus exquise, retranchant toute amertume à l’évocation du souvenir, pour n’en garder que la substantifique légende sucrée. Jean-Louis Borloo, qui a déjà une longue carrière politique derrière lui est de ceux-là. Et davantage encore tant il aime façonner l'histoire, travailler son image. Mieux, recréer leur légende. Histoire de camoufler le sulfureux sous le vernis de l’honorabilité.

 

Assumer ses positions

 

On se souvient ainsi de l'interview à "Minute" où il évoquait une alliance avec le FN de Jean-Marie Le Pen... nous seuls, copie du papier à la main, car Jean-Louis Borloo assure n'en avait plus le moindre souvenir...   Un détail de l'histoire me direz-vous. Un détail de plus ou un souvenir de moins c'est selon car à présent, c'est la période du PaCS qui semble provoquer des troubles chez celui qui était encore à l'UDF. 

 

Le PaCS, tragi-comédie en quatre actes, qui se révéla être cathartique pour certains, à entendre tant de haine déversée comme s'ils voulaient, en un instant, expurger leur plus vils instincts. Et tout cela pour quoi ? Pour un contrat qui n’empêcha pas les mariages de se célébrer mais qui a surtout l’ironie d’unir à 96% des hétérosexuels quand on l’annonçait, telles les sept plaies d’Egypte comme le "mariage gay". 

 

La bataille fut féroce, reprise par la rue à grands coups de slogans qui respiraient l’amour, l’altruisme et la bonté, comme savent si bien l’exprimer ceux qui s’estiment comme les plus religieux et que l'on pouvait croiser dans des manifestations brandissant les messages suivants : "les pédés au bûcher" ou encore "pas de neveu pour les tantouzes". De vrais enfants de chœur.

 

Alors bien évidemment, la tentation est forte de se donner le bon rôle. Jean-Louis Borloo est de ceux-ci. Invité au 13h15 de Laurent Delahousse sur France 2 dimanche dernier, le nouveau patron de l’UDI, dans un état de quasi-transe sur le plateau, rappela qu’il a toujours été pour le mariage des homosexuels soulignant qu’il avait voté pour le Pacs en 1999, et qu’il s’en souvenait bien puisqu’ils n’étaient que deux à le faire.

 

Pacs : Borloo a (encore) la mémoire qui flanche par LeNouvelObservateur

 

Si tout le monde se souvient de l’émouvant discours de Roselyne Bachelot, peu de personnes ont le souvenir d’une telle prise de position chez l’ancien maire de Valenciennes… Et pour cause, comme l’a révélé "Le Parisien" dans son édition de jeudi et que reprend "Le Figaro" :

 

"Lors des quatre scrutins publics qui se sont tenus à l'Assemblée nationale en 1998 et 1999 pour le vote de cette union libre ouverte aux homosexuels, le président du Parti radical, alors membre de l'UDF, s'est abstenu par deux fois, a voté contre une fois et n'a pas pris part au scrutin une autre fois, rappelle le quotidien régional."

 

Deux abstentions et un vote contre : nous sommes loin de l’histoire revisitée par Jean-Louis Borloo. Vous me direz, c’est toujours plus reluisant que le palmarès de Christine Boutin lors de ces mêmes sessions. Elle qui, à présent, tente de faire croire, en vain, qu'elle n'a jamais brandi la bible à l'Assemblée nationale...

 

Les anciens barons de l’UDF auraient-ils quelque peine à assumer la période durant laquelle ils étaient aux antipodes de l’humanisme dont ils se revendiquent tant et encore ? On peut les comprendre. A l’époque, l’UDF n’est pas un parti du centre. Loin s’en faut. Il n’est qu’une écurie de droite, où l’on trouve le gîte quand l’herbe du RPR est déjà entamée par un congénère.

 

Deux réservoirs qui alimentent l’un quand l’autre se vide, et réciproquement. Le tout dirigé par une pensée unique.

 

Que disait l'UDF ?

 

Et ceux qui pensent que le centre s’affranchissait alors des extrêmes de par sa position se trompent lourdement à lire les déclarations fracassantes que firent à l’époque les élus de cette "famille humaniste" qu’était l’UDF.

 

Florilège extrait du "Journal officiel" et des travaux de L'Observatoire du Pacs présent dans l’hémicycle lors des débats, le tout repris aussi dans "Les Anti-Pacs ou la dernière croisade homophobe", co-écrit par Fiammetta Venner et Caroline Fourest.

 

- Henri Plagnol considérait que le projet du Pacs était "injuste et pervers", visant à "sacraliser l’égoïsme des couples" quand Pierre Albertini s’opposait à "donner un statut et un brevet de respectabilité aux couples homosexuels".

 

- Dominique Dord préféra la subtilité de la galéjade en comparant le projet de loi du Pacs comme une "patate chaude que l’on se refile de la mairie à la préfcture, au tribunal d’instance et pourquoi pas demain, à la direction des services vétérinaires". La métaphore animale ne fut donc pas la création de Brigitte Barèges.

 

- Philippe Houillon pointait lui le "communautarisme" que l’on ne nommait pas encore ainsi : "Vous avez cédé à la pression d’un groupuscule". Jean-Claude Lenoir, lui, plus bougon que jamais, pestait contre l’obligation d’avoir eu à déplacer son week-end pour travailler sur "une loi pour les pédés" alors que, selon lui, il y avait tant d’autres sujets à traiter comme "une loi contre le dopage sportif"…

 

- Et que dire enfin de Michel Meylan, dont les pratiques auraient tout de même de quoi faire rougir de honte Christine Boutin, puisqu’il crut bon de s’épancher tout fantasme dehors en affirmant avec la patte d’un poète qui s’ignore : "les homos, je leur pisse à la raie".

 

Henri Plagnol, Pierre Albertini, Dominique Dord, Philippe Houillon, Jean-Claude Lenoir et Michel Meylan, pour ne citer que les "formules perles" de ceux qui ont été les piliers de l’ancienne UDF. Cette même UDF qui s’était pourtant entre temps déjà séparé de ceux qui avaient pactisé avec le Front national lors des élections régionales en 1998. On imagine le projet du Pacs discuté dans les rangs de l’UDF à la fin 1997…

 

Aujourd’hui, en refondant ou en rejoignant l’UDI de Jean-Louis Borloo, certains nostalgiques rêvent de refonder l’UDF. Voyez pourtant quelle auberge espagnole abritait cette "famille" politique.

 

Loin de moi de jeter l’opprobre sur l’ensemble de l’UDF, qui regroupait aussi des personnalités autrement plus républicaines dans le comportement, et qui ont toujours eu la fibre humaniste et non réactionnaire, notamment sur les questions sociétales. Il y en a même qui, à l’image de François Bayrou, ont changé d’avis sur ces questions.

 

Mais prétendre avec nostalgie que l’UDF était une famille centriste avec l’humanisme au cœur de son projet politique pose tout de même la question de l’inquiétante diversité des membres qui la composaient alors. 

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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