Mardi 9 août 2 09 /08 /Août 21:26

humour 1994. Classe de terminale. Mon professeur de philosophie arrive l’air amusé, avec le rictus de celui qui sait d’avance la réaction qu’il va susciter. Nous nous asseyons et il attend patiemment le silence de la salle. Il lève la tête et lance sur un ton tout autant péremptoire que provocateur : "Les blagues les plus drôles sont racistes."


Dix-sept ans, plus tard, Gilbert Garelli, un consultant en informatique, applique ce dogme à la lettre. Il se lance dans un mail, pensant être irrésistible :

"Afin di préparer la prochaine réunion UMP di la Colle qui devrait si tenir li lundi 26 septembre, ji vous propose comme ordre di jour d’étudier le programme di PS (...). Ji tiens à vous informer que la grande mosquée di Strasbourg qui vient d’ouvrir ses portes pour li ramadan pourra accueillir 200 fidèles. Ji vous propose di préparer un voyage di pèlerinage pour li 15 août à la dite mosquée. Mesdames, prévoyez un foulard. Ji vous souhaite un bon ramadan."


Mon professeur de philo n’y voyait finalement pas si clair que cela. Même s’il n’avait jamais dit que toutes les blagues racistes étaient nécessairement drôles… 


L’affaire aurait pu en rester là, comme de millions de pourriels qui envahissent nos boîtes de réception. Seulement, Monsieur Garrelli n’est pas qu’un consultant en informatique. C’est un conseiller municipal UMP. Quelques jours plus tard, la boutade se transforme en quasi affaire d’État : le comique potache est suspendu par son parti.


Fort heureusement, nous sommes au mois d’août. On imagine pareille scène en plein milieu de la présidentielle :

- La gauche hurle au loup, montant en épingle l’affaire, pour montrer que le discours de l’UMP est de plus en plus tendancieux.

- L’UMP répond qu’elle a suspendu le conseiller et qu’elle en a tiré les conséquences.

- SOS Racisme monte au créneau et annonce qu’un recours en justice est probable.

- Ménard et Zemmour affirment que, décidément, on ne peut plus rien dire en France, le premier griffonnant sur un post-it les épreuves (intégrales cela va sans dire) de son nouvel opus Vive Garelli, le second défilant de Paris Première à iTélé en passant par RTL en dénonçant l’acharnement des affreuses associations anti-racistes, qu’il souhaitent voir privées de toute subvention.

- Jean-Marie Le Pen sous-entend qu’on ne peut pas plaisanter de la même manière sur les fidèles de Mahomet que sur les catholiques, qui doivent encaisser des caricatures bien plus terribles.

- Marine Le Pen défend la position de son père tout en estimant que cette affaire n’a aucune importance…


Esquisse d’une campagne qui s’annonce délétère et d’un monde politique qui s’enlise dans l’exacerbation, le manque de nuances et le triomphe des symboles, même quand ils ne représentent pas toujours quelque chose.


Fort heureusement donc, nous sommes au mois d’août. Et nous avons le temps de poser de véritables questions. Car cette affaire doit s’appréhender comme il se doit : sans lui donner une importance démesurée, et laissant le potache et le grossier à l’anecdotique serpent de mer qui se résume à la sempiternelle question : "Peut-on rire de tout ?" Mais en s’interrogeant tout de même sur le statut de l’élu afin de savoir s’il est un citoyen comme les autres.


Sur la question de l’humour, écoutons les justificationsde notre comique en herbe : "Dans les Guignols de l'Info, la marionnette de Ben Laden remplace aussi le ‘e’ par des ‘i’ ", rétorque-t-il en assénant : "Je ne suis pas du tout raciste."


Grimer un accent relève-t-il du racisme ? En 1987, les Nuls avaient fait pourtant un sketch hilarant, parodiant le slogan de la SNCF de l’époque : "SNCF, c’est possible", en usant du même artifice et du cliché de l’épicier arabe chez qui on trouve tout :

 



 

Racistes, les Nuls ? Évidemment non ! Mais l’ensemble de l’œuvre plaide pour le trio, alors que l’UMP peut difficilement hériter du bénéfice du doute, surtout après les blagues douteuses sur les Auvergnats, qui valurent au ministre de l’Intérieur de l’époque une condamnation par la Justice :

 

 



 

Pierre Desproges qui avait le sens de la formule avait vu juste : "On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde." On le comprend davantage à la lumière de ses sketchs, notamment celui sur les juifs qui avait tout ce qu’il faut pour être détourné de ses intentions premières… Des risques de l’ironie…

 

 

 

La grosse différence entre ces sketchs et la blague dénuée de talent de notre élu, c’est que les premiers utilisent les clichés pour mieux dénoncer le racisme. Ce dont ne peut se targuer notre informaticien. Et il n’est pas le seul. Certains, grossiers en herbe, utilisent un premier degré graveleux comme fonds de commerce, ce qui remplit les salles, mais flatte, aussi, les xénophobes de tout poil. Pas sûr que notre informaticien ait été plus lourd...

 

 

 

Finalement, la blague lancée par Gilbert Garelli avait vocation à être drôle.

L’est-elle ? Incontestablement, non !

Sa blague voulait-elle flatter un racisme caractérisé ? Sans doute pas.

Est-elle choquante ? Trop peu de talent pour en tirer pareille conclusion.

Tout juste peut-on trouver douteux l’occurrence au voile… Mais les clichés de Michel Leeb sont sans doute encore plus méprisants envers les Africains.


La seule question qui vaille ne concerne pas tant la blague elle-même, mais son auteur : ce qui est pardonnable pour un citoyen lambda est-il acceptable quand on est élu ? Un élu est-il finalement un citoyen "normal" ? La question est d’autant plus savoureuse que François Hollande, en campagne dans la primaire socialiste, a tenté de distiller cette image. Histoire de faire proximité, diront ses détracteurs.


Il faut dire que la filière est porteuse. Finie l’époque où Georges Marchais faisait de la politique sans avoir le bac en poche, venant du milieu ouvrier. Dans le système, les énarques en sont les souverains… aveugles. Et les borgnes couronnés par la vie civile tentent de s’y faire couronner rois : Delanoé, Raffarin, Bayrou, Marine Le Pen, Besancenot…

Pour autant, la situation n’est pas aussi rose que semble ne le croire François Hollande. Les boulettes deviennent le plat recherché par tous les gourmets internautes qui se chargent de sa production en masse.


Lors d’une campagne électorale, un élu me confiait il y a quelques mois : "Notre situation devient terrible. On ne peut plus rien dire de peur de la perche." La perche ? "Oui, la perche, le micro qui se situe au-dessus d’une caméra. C’est comme cela que l’on appelle le micro caché. On contrôle tout ce qu’on dit. Même quand on rit de quelque chose, on se méfie..."

Rachida Dati est une experte depuis qu’elle est ministre. Pire. Ses soirées antérieures à ses mandats font les délices des palais amoureux de graillon graveleux. Ou de la future ministre, qui joue de l'auto-dérision à grands coups de Kärcher...

 

 

 

On peut tout de même se demander si l’on ne fait pas parfois feu d'une allumette cassée. Combien de fois des blagues foireuses, des lapsus, des raccourcis nous ont amenés à dire des propos qui, sous la lumière des projecteurs, seraient taxés d’énormités ? Serait-ce alors la rançon de la gloire ?  Sans doute, estimeront certains. C’est surtout l’occasion de moudre du grain quand son opposant ne propose rien d’autre à avancer. Un cache-misère, quand on a peu d’arguments à proposer. Histoire de faire du bruit d’une flatulence incontrôlée.


Il faut tout de même être clair : à partir du moment où Gilbert Garelli décide de diffuser un mail au-delà de ses proches, tout en connaissant le contexte délétère dans lequel il s’inscrit de par son appartenance à l’UMP, qui laboure gravement sur les sentiers de l’extrême droite depuis quelques années, il n’y a guère de raison d’être surpris.


Toutefois, soyons clairvoyants : celui qui a accepté la sentence envers notre informaticien n’est autre que Lionnel Lucca, député de sa circonscription . Tout juste faudrait-t-il ne pas voir la paille d’un lourdaud, quand on occulterait la poutre de son censeur…

Publié par Yves Delahaie, sur Le Plus – Nouvel Obs le 8 août 2011

Par Yves Delahaie - Publié dans : De la politique en général
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  • : 07/04/2008

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