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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 17:34

Elle est redoutée au moins autant qu’elle est prévisible : la première grève des enseignants d’une législature. Le gouvernement Ayrault n’échappera pas à la règle et force est de constater que la lune de miel n’aura pas duré. Ce jeudi, les syndicats enseignants ont déposé un préavis de grève, souhaitant être suivis par un tiers des enseignants.

Cette journée intervient après six mois d’exercice d’un gouvernement qui aura déçu de nombreux Français. Et les enseignants sont de loin ceux qui auront le plus déchanté.

 

La désillusion après l'espoir

 

À grands coups de promesses de formation, de réformes ou encore de dénonciation dumarchandage honteux prévu par Nicolas Sarkozy, qui visait à faire travailler les enseignants 8 heures de plus, pour finalement être payé moins qu’à présent, le candidat Hollande avait réussi là où, successivement Lionel Jospin et Ségolène Royal avait durement échoué : retrouver la confiance d’une majorité du corps enseignant. La marche triomphale au son du gimmick sur les 70.000 postes avait eu raison de cette méfiance à l’égard d’un parti socialiste qui avait tant déçu dans les établissements.

François Hollande pensait avoir fait le plus difficile en gagnant la présidentielle, quand le plus difficile était à venir : être à la hauteur de enjeux. En guise de hauteur, il n’y eut que désillusion.

 

Pas de rétablissement de la formation initiale

 

Le rétablissement de la formation initiale qu’avait massacrée Nicolas Sarkozy ne fut pas à la hauteur. Durant le lustre sarkozien, les stagiaires, néo titulaires du concours, étaient passés de 6 heures de cours accompagnées de 12 heures de formation, à un temps complet de 18 heures, parfois aménagé de quelques modules saupoudrés ici ou là.

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Pour autant, à la rentrée 2012, les stagiaires ne récupérèrent nullement leur 12 heures de formation hebdomadaire. De 18 heures de cours, ils sont passés à 12, Vincent Peillon coupant la poire en deux avec une maladresse qui en dit long sur le sort accordé à la formation des enseignants aujourd’hui.

 

Des élèves allant droit à l'échec

 

La montagne de réforme annoncée accoucha elle d’une souris famélique, confortant les pédagogistes dans leurs dérives sectaires qui sévissent depuis trois décennies. Offrant donc de la compréhension et de bons sentiments, quand nos élèves ont besoin d’éducation et de connaissances. La transmission des savoirs est laissée en friche depuis des années et Vincent Peillon ne fait rien pour y remédier, se proposant même, comme les apprentis sorciers qui l’ont précédé, de casser le thermomètre pour donner l’illusion d’un regain de forme, en laissant entrevoir l’abolition de la notation.

Sans savoir, sans mots pour s’exprimer, sans se voir transmettre les fondamentaux puisqu’en guise d’un socle minimal de connaissances communes on préfère un socle commun de connaissances minimales, nos élèves sont donc voués à un échec programmé, qui ravira sans doute les grands industriels qui pourront à loisir exploiter cette main d’œuvre sous diplômée, ou, pire, bardée de diplômes de pochette surprise.

 

Les rythmes scolaires, un faux problème

 

Pendant ce temps, on agite un vieux serpent de mer, les rythmes scolaires, pour faire croire qu’ils seraient le mal profond de notre école malade. Les cours seraient trop nombreux et les élèves fatigués. Oubliant que dans le même temps on rajoute à profusion des heures de soutien, d’arts ou de sport, autant de temps de présence dans les établissements qui fatiguent tout autant les élèves (d’ailleurs comment pourrait-on faire autrement quand les parents travaillent au moins 7 heures par jour et qu’on réduit les cours à 5 heures quotidiennes en 6e).

Ou encore que nombre d’élèves doivent surtout leur fatigue au laxisme assumé de bon nombre de parents qui laissent les enfants se coucher de plus en plus tard ou qui ferment les yeux devant des chambres devenues des succursales de Darty laissant portables et autres connexions possibles dès lors qu’on les croit confiés à Morphée.

 

Plus personne ne veut être enseignant

 

Finalement, la seule promesse qui semble tenir est celle des postes. Dans les villes de grandes affiches tentent de recruter actuellement les futurs enseignants avec ce chiffre faramineux de 40.000 postes pour cette année. Et pour cause : les concours ne parviennent plus à pourvoirl’ensemble des postes qu’ils proposent, notamment en mathématiques, en lettres classiques et modernes ou encore en anglais.

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Une panne de motivation que le gouvernement ne semble vouloir résoudre qu’en brandissant des postes à pourvoir. Avec le risque de voir se presser des jeunes épuisés de se voir refuser des offres d’emplois dans leur secteur et qui deviendront enseignants par défaut. On ne devient pas enseignant par défaut : on exerce par conviction ou alors on démissionne. Dura lex sed lex. Vouloir recruter avant d’avoir résolu les problèmes de l’école et donc avant d’avoir dopé l’attractivité de la profession est la promesse d’un échec programmé.

 

Un message au gouvernement

 

Au-delà de ce risque, une telle dépense renvoie à la certitude, on ne peut plus erronée, selon laquelle la guérison de l’école ne serait qu’une question de moyens. Facilité qui permet d’évacuer les véritables maux dont souffre l’école. Ces recrutements dispendieux nuisent profondément aux finances publiques, et davantage encore au pouvoir d’achat des enseignants, dont le salaire plafonne depuis des années, et dont on annonce le gel à présent.

À diplôme égal, les enseignants de France sont parmi les moins payés de l’OCDE. Et que dire des autres professions dans le privé, en dehors des sentiers de l’éducation, qui leur offrirait des situations financières bien plus confortables.

Alors on pourra toujours se dire qu’une grève ne sert pas à grand chose. Elle est pourtant un moyen comme un autre de faire passer un message au gouvernement pour lui faire comprendre qu’il fait fausse route. Transmettre par la plume comme je le fais ici, ou dans la rue à l’écoute de tous les citoyens. Peu importe la forme, pourvu que jeudi soir, le gouvernement comprenne qu’après cinq ans de massacre assumé, la profession enseignante a besoin de reconnaissance. Et que pour une fois dans l’année, on puisse à ce titre placer le professeur au centre. 

 

Publié sur le Nouvel obs, le 31 janvier 2013

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Published by Yves Delahaie - dans De l'éducation
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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