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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 09:28

Gilles Simon au tournoi de Wimbledon, le 28 juin 2012 (A.GRANT/SIPA)

Gilles Simon au tournoi de Wimbledon, le 28 juin 2012 (A.GRANT/SIPA)

 

Mais qu’est-il passé dans la tête de Gilles Simon, pour avoir eu ce besoin irrépressible de sombrer dans la goujaterie ? Est-ce que son allergie (relative) pour le gazon lui aurait fait perdre son sang froid ? Toujours est-il qu’avant de sombrer face à Xavier Malisse au deuxième tour du tournoi de Wimbledon, le Français, 13ème mondial, et ancien membre du top ten, a fêté d’une manière pour le moins singulière son élection au conseil des joueurs de l’ATP, lui qui a remplacé… Rafaël Nadal.

 

Alors que la question du prize-money continue de faire beaucoup jaser, et que les tournois du grand chelem ont décidé de mettre la main à la poche notamment en augmentant de manière substantielle les gains des perdants des premiers tours, Gilles Simon a mis les pieds dans le plat, en ressassant un vieux débat sur l’égalité hommes/femmes à propos des gains sur le court :

 

"Je pense qu'aujourd'hui, le tennis masculin est vraiment en avance par rapport au tennis féminin. Les joueurs ont certainement encore passé deux fois plus de temps sur le terrain à Roland-Garros que les femmes. On parle souvent de l’égalité dans les salaires, je trouve que ce n'est pas un truc qui marche dans le sport. Je pense qu'on est le seul sport aujourd'hui où il y a la parité hommes-femmes au niveau des prize-money, alors que le tennis masculin reste plus attrayant que le tennis féminin à l'heure actuelle."

 

Peu avare en mots, le Français a même décidé d’en rajouter une louche à propos de la popularité, ou plus exactement du défaut de popularité du circuit féminin :

 

"Quand les tournois deviennent des évènements combinés, c’est surtout pour sauver la semaine des filles. Quand à Rome, il y a 20 spectateurs pour assister à la finale dames et que l’année suivante, je ne peux pas m’entraîner sur le site une seule fois, parce que nous sommes trop nombreux, j’ai forcément les boules (sic). Et je pense que c’est légitime."

 

Les filles ont vite remis Simon à sa place

 

Les réactions n’ont pas tardé. Marion Bartoli, numéro un française, a renversé l’argument en expliquant que si, selon Simon, les femmes profitaient de la notoriété du circuit masculin lors des épreuves mixtes, les hommes, eux, ne sont en réalité que très peu à déchaîner les passions, sous-entendant évidemment que Gilles Simon ne faisait pas partie de ceux-là : "ll ne faut pas non plus oublier que les joueurs qui attirent réellement des spectateurs dans le circuit masculin, il y en a cinq ou six, et le reste profite de ces cinq ou six."

 

Serena Williams au Tournoi de Rome, le 18 mai 2012 (A.MEDICHINI/SIPA)

Serena Williams au Tournoi de Rome, le 18 mai 2012 (A.MEDICHINI/SIPA)

 

Maria Sharapova et Serena Williams lui ont emboîté le pas, avec le sarcasme en plus, en explicitant ce que Marion Bartoli ne faisait que suggérer. La Russe, numéro un mondiale, a ainsi déclaré : "Je crois que mes matches sont regardés par plus de monde que les siens." Une remarque d’autant plus cinglante et compréhensible que Maria était victorieuse des deux dernières finales de Rome justement qui semblait être dans le collimateur de Gilles Simon… Serena Williams a joué la solidarité, non sans insistance : "Clairement, il y a beaucoup plus de monde qui regarde les matches de Maria que ceux de Simon. Elle est beaucoup plus sexy que lui."

 

À mufle, mufle et demi ?

 

L’argumentation de l’ancienne et de l’actuelle numéro un mondiale touche juste. Car il ne serait être question d’évaluer les gains en tournoi en fonction de la durée de l’effort.

 

D’une part, parce que, c’est une évidence, les femmes n’ont pas la même constitution physiologique. Il n’y a donc pas lieu de parler d’égalité mais d’équité.

 

D’autre part, et c’est sans doute le plus important, parce que si les joueuses et les joueurs étaient réellement payés en fonction de leurs efforts, comment explique-t-on que leurs revenus s’élèvent à des centaines de milliers de dollars quand celui qui travaille dur à l’usine en gagne jusqu’à mille fois moins ? Sur ce terrain-là, les arguments de Simon sont clairement scandaleux.

 

Maria Sharapova au Tournoi de Rome, le 18 mai 2012 (A.MEDICHINI/SIPA)

Maria Sharapova au Tournoi de Rome, le 18 mai 2012 (A.MEDICHINI/SIPA)

 

Par ailleurs, en quoi les sommes touchées par ses homologues féminines impactent-elles ses propres revenus ? Le circuit féminin fonctionne en autonomie totale et ce qui ne serait plus versé aux femmes ne reviendrait donc aucunement dans les poches des hommes. A tel point que l’on se demande même si cette revendication ne relève pas tout simplement de la simple jalousie.

 

Le tennis masculin a-t-il toujours été aussi attractif ?

 

Rappelons nous que dans les années 90, où le tennis masculin était dominé outrageusement par Pete Sampras et Jim Courier, qui n'étaient pas, sans faire insulte à leur talent, des emblèmes fantasmatiques, le tennis masculin traversait une grave crise et peinait à remplir les stades quand la rivalité Graf/Seles déchainait les passions.

 

Qui se souvient de la finale de Roland Garros 1992 entre Jim Courier et Petr Korda, quand la finale dames opposa la veille les deux reines qui s'écharpèrent jusqu’à 10/8 au troisième set ? Cette année-là, les joueuses avaient disputé 8 jeux de plus, et sué davantage que les homologues masculins... Pourtant, Seles avait remporté 372.896 dollars pour sa victoire, contre 490.618 pour Courier, soit 25% de moins !

 

En 1992, la finale simple dames de Roland Garros oppose Steffi Graf à Monica Seles, qui l'emporte

 

À partir du moment où il y a des fans qui font le déplacement, et en-dehors du fait, qu’en effet, depuis quelques années, le niveau technique du tennis féminin fait pâle figure, comparé à l’âge d’or que connaît le circuit ATP avec Federer, Nadal et Djokovic, il n’y a aucune raison que les joueuses ne touchent pas les dividendes du succès qu’elles engrangent.

 

Gilles Simon a évoqué une seule finale, celle de Rome, qui se déroula devant une faible affluence. Mais combien de tournois se déroulent devant des tribunes pleines ? La finale des Masters féminins d’Istanbul l’année dernière s’est jouée devant plus de 13.000 fans, pour un spectacle de 2h28 ! Gilles Simon peut-il en revendiquer autant quand il a joué la finale de Bucarest ? L’Open Gaz de France de Paris au stade Coubertin connaît aussi un succès de plus en plus grandissant depuis maintenant vingt éditions. Et les jours des demi-finales et de la finale dames se jouent à Roland Garros sans qu’il ne reste une seule place à vendre.

 

Une sortie qui n'honore pas Simon

 

Gilles Simon aurait pu marquer son élection au sein du Conseil des joueurs de manière plus digne que cette sortie machiste qui insulte des femmes qui ont tant lutté pour imposer la professionnalisation de leur sport. Billie Jean King et Martina Navratilova ont dû être écœurées d‘entendre pareille stupidité, elles qui ont tant œuvré dans les années 70 pour que les joueuses puissent elles aussi gagner leur vie en jouant au tennis.

 

Mais, me direz-vous, on peut toujours trouver plus indélicat. Personne n’a oublié dans le monde du tennis le jugement flatteur que portait il y a quinze ans le néerlandais Richard Krajicek à l’égard de ses homologues féminines, lui qui remporta Wimbledon en 1996 : "Je pense que 80 des 100 premières du classement féminin ne sont que de grosses truies." Devant le tollé provoqué par sa sortie, il avait tenu alors à "nuancer" son propos : "J'ai sans doute exagéré quand j'ai dit ça. C'est certainement plus proche des 75%."

 

Finalement, même en termes de vulgarité, Gilles Simon reste un petit joueur…

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Published by Yves Delahaie - dans Du sport
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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