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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 19:49

Produire, instruire, construire. Triptyque magique pour contrer les tics des campagnes en toc, constitués d'insécurité ou d’immigration fantasmées.

Triptyque initié dans "2012, État d’urgence", livre publié par François Bayrou le 18 août dernier avec un premier passage particulièrement réussi sur le "made in France" puisqu’il s’est imposé comme le refrain de tous les candidats à la présidentielle.

 

Un Bayrou mainstream quand certains avaient voulu trop tôt le ringardiser (mais vous me direz on trouve toujours plus ringard que soi pour tenter de se consoler…). Le "Produire en France" étant unanimement accepté par tous, y compris dans le camp de ceux qui claironnent que l’Union Nationale est impossible et qu’il faudra tôt ou tard choisir, les amoureux hémiplégiques transi devant l’Eternel bipartisme.

 

François Bayrou à Pau, le 10/12/2011. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

 François Bayrou à Pau, le 10/12/2011. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

 

Il est temps de se pencher sur le deuxième volet du triptyque : instruire. L’école, parent pauvre de notre République. Qu’est donc devenue cette référence qu’était l’école républicaine, elle qui était notre fierté, notre joyau, la clef de la réussite, le seule voie du mérite qui garantissait la reconnaissance de tous ?

 

Chez François Bayrou, point de nostalgie fantasmant un passé qui n’aurait pas existé :  "Travaille bien à l’école et tu réussiras" (…) Bien sûr, il y avait une part d’alibi dans cette idéologie républicaine de l’école. Bien sûr, on était plus facilement installé dans la vie lorsqu’on naissait fils de ministre que fils de mineur. Bourdieu le rappelait et il n’avait pas tort. Cependant, son exemple même, sa vie même, démontrait qu’on pouvait vraiment naître Béarnais de Denguin ou de Lasseube, d’un père ouvrier agricole devenu facteur, et cependant se retrouver professeur au Collège de France", rappelle-t-il dans "2012, État d‘Urgence". 

Qu’est-elle aujourd’hui si ce n’est un "mammouth" qu’il fallait dégraisser et que l’on a finit par dépecer ? Notre école est encore, pour peu de temps, le premier budget de la France, juste devant la dette : un boulet pour certains qui aimeraient sans doute satisfaire les capitaux privés qui lorgnent sur cette manne en perdition. Et "dans une école au rabais, seuls les héritiers tireront leur épingle du jeu", déplore celui qui sera pour la troisième fois candidat à l’élection présidentielle. 

L’école, François Bayrou la connait bien. Parce qu’il a été élève de la laïque. Parce que, fils d’agriculteur, il est devenu agrégé de Lettres classiques. Parce qu’il a été Ministre de l’Education Nationale pendant presque 4 ans. Le deuxième qui soit resté le plus longtemps à cette fonction si redoutée après Jack Lang. 

Et ce rapport presque charnel à l’école l’amène naturellement à évoquer celui tout aussi intime qu’il entretien avec le corps enseignant, rappelant que cet électorat "a pour une large part voté pour (lui) en 2007".

Pourtant, il est des clichés tenaces chez ceux qui préfèrent s’ingénier à instrumentaliser le passé et l’Histoire pour décrédibiliser l’avenir. François Bayrou ne se dérobe pas et dans "2012 État d’urgence", le Président du MoDem s’astreint au droit d’inventaire.
 
De ses années passées au Ministère (1993-1997), il ne garde pas le souvenir noir qui semble ronger ceux qui ont été, contraints ou forcés, à tenir la baraque Rue de Grenelle : "J’ai été un ministre de l’Education profondément heureux, en un ministère où on l’est rarement. Je ne crois pas exagérer en disant que le monde de l’école l’a compris. Pas seulement le monde enseignant : l’enquête d’opinion qui étudie régulièrement la satisfaction des parents par rapport à l’école atteignait, à l’issue des quatre années où j’ai exercé cette responsabilité, le plus haut degré de satisfaction jamais enregistré".
 
De ces années, il n’évoque qu’une affaire. Sans doute celle qui restera malgré lui marquée dans l’opinion, et que ne cessent de brandir ses adversaires ou les Tartuffe, docteur es opportunisme.

 

"L’affaire Falloux m’a coûté, mais elle m’a beaucoup appris. Elle a mis de centaines de milliers de personnes dans la rue contre un texte qui ne méritait pas tant d’indignité, puisqu’il visait seulement à permettre aux collectivités locales d’aider l’enseignement privé à réparer ses bâtiments ou à en construire si besoin. Ce qui se faisait et se fait sans le dire tous les jours par diverses ruses juridiques. Disons de suite que je portais la responsabilité de cet échec. J’ai voulu batailler et remporter la bataille. J’étais jeune et gascon. La vie s’est chargée de me corriger les excès de l’un et l’autre de ses états".
 
François Bayrou assume son manque de pédagogie qui concourut, selon lui, à un malentendu. D’autant plus malheureux, qu’il est constamment brandi pour discréditer une laïcité pourtant largement revendiquée, assumée et même épousée : "J’étais un fils de la laïque (…) Et je me trouvais accusé par ceux que j’aimais le plus, pas seulement par l’opinion anonyme, mais par des femmes et des hommes que j’avais connus et aimés filles et garçons, de trahir l’idéal qui m’était le plus cher. C’était un quiproquo. Et le quiproquo m’était plus blessant qu’aucune accusation fondée".
 
Mais comme il le dit, "par chance, le quiproquo a pu être levé". Et le monde enseignant ne lui en a pas tenu rigueur. François Bayrou en explique les raisons : "Je n’ai jamais cessé de le défendre, dans sa réputation et dans ses valeurs. Trois de mes enfants ont choisi à leur tour de faire leur métier de cette vocation".

 

Un rapport intime avec le corps enseignant

 

Alors que PS et UMP s’accordent comme larrons en foire pour évoquer en des termes brumeux l’évolution de la mission de l’enseignant, ce qui revient à dire que les enseignants ne travaillent pas assez, l’homme qui murmurait à l’oreille des profs refuse ce cliché et s’insurge contre cette image qui s’est propagée au fil du temps, reprise comme un leitmotiv par des médias en quête de marronniers.

 

Aussi quand droite et gauche évoquent à l’unisson la remise en question des 18 heures de cours, François Bayrou s’offusque : "Demain, c’est leur temps de travail qui sera attaqué, à la suite, "naturellement", d’une large concertation. Dont on connait le résultat à l’avance puisqu’il a été décidé à l’avance (…). Personne pour expliquer qu’une heure de cours, ce sont des heures de préparation, de corrections, de lectures, de butinage intellectuel, pour essayer tous les jours un peu mieux, de comprendre ce qu’on enseigne, et de mieux l’enseigner."

 

Et le Président du MoDem d’expliquer : "Il est des métiers pour qui le travail, c’est la présence effective. Et d’autres pour qui la présence au poste de travail n’est que l’accomplissement de toute une préparation extérieure".
 
François Bayrou ne sombre pas dans la démagogie de ceux que la Crise et surtout la dette rattraperont dès les premiers mois de leur potentielle accession au pouvoir. Rompre avec le culte de la toute puissance des moyens. Ésotérisme dispendieux et mensonger qui fait penser à ces parents qui pourrissent leurs ouailles en les pourrissant de cadeaux à coups de crédits à la consommation pour compenser le temps qu’ils ne leur accordent pas. 

Dans ces conditions, pas question alors de promettre les créations d’emplois par dizaine de milliers comme semble le faire la gauche, sans donner d’autres moyens pour rétablir nos Finances publiques que de s’en remettre à la Providence. On se souvient qu’en 2008, Ségolène Royal, elle-même, avait porté un regard sévère sur ses propres promesses qu’elle estimait irréalisables au bout du compte… Combien de Français et surtout d’enseignants apporteront leurs soutiens et pourront croire à des telles billevesées ?

François Bayrou préfère le discours de la vérité. Contrairement à la droite, il ne perdurera pas dans la funèbre entreprise de dépeçage du Mammouth qui ne remplace qu’un fonctionnaire sur deux. Et pour cause : "Les coupes sévères qui ont été faites dans les emplois publics n’auront au bout du compte permis que de bien faibles économies 0,5 milliard soit 0,3% du déficit". Aussi estime-t-il avec lucidité qu’il est "un choix de priorité que de protéger l’éducation en maintenant, sur une longue période, les moyens qui lui étaient alloués".

 

Enseignant, c'est être à la fois Tarzan et Socrate

 

Au-delà de cette question de moyens, il est une chose qui ni l’avocat Sarkozy, ni l’élu éternel Hollande (puisqu’il en est ainsi pour les énarques), ne pourront jamais faire : incarner la profession de l’enseignant. Seul celui qui s’est au moins approché de la chose peut en témoigner avec une sincérité que d’autres ne pourront que feindre avec maladresse : 
« J’écrivais il y a vingt ans : « Marre qu’il faille être à la fois Tarzan et Socrate pour faire cours dans l’école française ». Je n’ai pas changé d’avis. »

Car s’il est un malaise chez l’enseignant, c’est bien celui-ci. Un malaise grandissant qui pousse certains à trouver une porte de sortie à tous prix. Partir. Fuir même. Au point que les concours ne parviennent plus à recruter suffisamment de candidats pour les postes ouverts. Au point que de fausses solutions apparaissent, serpent venu d’Eden pour vous convaincre de croquer dans le fruit des forces obscures.

Une situation devenue invivable. Et qui nécessite de repenser la mission de l’enseignant… sans nécessairement penser à son temps de travail par ailleurs estimé largement au-delà des 35 heures hebdomadaires.   


Une seule priorité alors pour l’enseignant : sa formation. Et quand la gauche par la voie des IUFM de Jospin s’est évertuée à créer des laboratoires où des enseignants, souvent en panne de motivation, s’improvisaient apprentis sorciers, quitte à totalement déconnecter les professeurs de la seule voie qui devrait les guider, la seule !, à savoir la transmission du savoir (que St Mérieu nous pardonne…), François Bayrou propose une solution simple mais qui puise sa force dans le bon sens, perdu depuis des décennies dans la profession et le pragmatisme : il suffit de procéder à "l’étude systématique du travail accompli par les enseignants qui obtiennent les meilleurs résultats avec le même type d’élèves. Et le partage de leur démarche pédagogique".

 

Que les plus expérimentés forment ceux qui débutent dans le métier, de manière à ce que l’on ne retrouve plus les renards qui savent prendre en charge des effectifs difficiles se retrouvent dans des lycées de centre-ville, bunker sécurisé par la valeur locative locale quand les jeunes loups se cassent les dents dans les ZEP les moins mixtes qui soient, car il y a bien longtemps que la mixité sociale n’a pas résisté au système, seuls et sans guide. 

De la même manière, à ceux qui imaginent que l’évaluation des enseignant rime nécessairement avec rétribution, donnant la vague illusion de la méritocratie, François Bayrou donne une leçon de réalisme : "L’évaluation ne doit pas être autre chose que la méthode pour repérer les pépites dans la mine d’or".


"Pépites", "mine d’or"… des mots autrement plus doucereux que les humiliations constantes perpétrées par la Droite qui semble ne pas aimer l’école, mais suffisamment plus réalistes que les vagues promesses tenues par une Gauche qui n’a jamais rien su faire de son école si ce n’est acheter le silence des syndicats par la création artificielle de postes. Notre école vaut mieux que cette illustration stupéfiante de ce que le crétinisme bipartite peut proposer à notre République.

 

Et l’homme qui murmurait à l’oreille des profs de soigner son joyau avec une précision d’orfèvre.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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