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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 09:02

François Bayrou, lors de son vote à Pau, le 22 avril 2012 (G.COLLET/SIPA).

François Bayrou, lors de son vote à Pau, le 22 avril 2012 (G.COLLET/SIPA)

 

Même si les chiffres sont à prendre avec beaucoup de précaution, il semblerait que ce sont bel et bien les électeurs qui ont voté François Bayrou qui ont fait gagné François Hollande.

 

Précaution, car la méthodologie guidant les Instituts, pour savoir comment s’est déroulé le report de voix, fait que sur 1000 personnes interrogées, seule 91 personnes sont concernées, à l’aune du score du Béarnais au premier tour. Et pour que l’échantillon soit représentatif, il faudrait donc prendre en compte, avec la méthode des quotas, plus de 10000 personnes, ce qu’aucune officine n’a fait et ne fera sans doute. Il faudra donc se contenter de chiffres aléatoires qui évaluent ce report de voix de 29% chez Ipsos Consulting, à 49% selon Opinion Way.

 

Sans doute faut-il écouter Pascal Perrineau, directeur du Cevipof, Centre de Recherche de Sciences-Po Paris, qui hier soir, à "Mots Croisés" sur France 2, tranchait avec bon sens et affirmait que "un gros tiers des électeurs de Bayrou ont voté pour François Hollande".  Sachant que le Béarnais avait réuni sur son nom près de 3,3 millions de voix au 1er tour et qu’au second, François Hollande compte une avance d’un peu plus de 1,1 million de voix, l’on peut se dire que les reports de voix du candidat centriste auront pesé lourd dans le choix final.

 

Alors, certains mégoteront en affirmant notamment que la décision personnelle de François Bayrou n’a pas fait déplacer les intentions de votes à en croire l’évolution fournie au 4 mai par Ipsos. Ce qui est vrai. Mais qui ne dit que la décision de François Bayrou n’est justement pas la conséquence de cette journée du 3 mai quand il réunit son Bureau stratégique le matin même et le Conseil National, l’après-midi ?

 

Les voix des électeurs de Bayrou, déterminantes pour l'issue du scrutin

 

D’autre part, d’autres sortiront la calculatrice pour rappeler que les voix qui se sont portées sur Jean-Luc Mélenchon ont largement plus contribué à la victoire du candidat socialiste. Pourtant, pouvait-il en être autrement ? Le report des voix de Mélenchon à Hollande a-t-il été une seule fois, dans la campagne, remis en question et ce malgré les sobriquets aimables du président du Front de Gauche à l’égard de François Hollande ? Les voix n’étaient-t-elles pas plus "naturelles" venant de l’électorat de Mélenchon qui voulait avant tout la victoire de la gauche ? D’ailleurs, le député européen n’a-t-il pas fait une consigne de vote quand François Bayrou n’a émis qu’une initiative personnelle ?

 

N’en déplaisent à une certaine gauche, parfois sectaire (mais nul ne conteste que son équivalent est tout aussi méprisable à droite), les reports de voix des électeurs qui avaient voté François Bayrou au premier tour ont décidé de l’issue du scrutin, d’autant que l’écart final est autrement plus ténu que celui qu’annonçaient les Instituts de sondage et ce, depuis des mois.

 

Aussi, au lendemain de la défaite assumée, l’heure est au règlement de compte. Les "centristes" de droite ont crié à la traîtrise et parle même de "foutage de gueule" de la part de François Bayrou et assument de manière unilatérale la rupture définitive avec le Béarnais.

 

Jean-François Copé a, quant à lui, décidé de "dégeler" la circonscription de François Bayrou, en parachutant un candidat face à lui, en mesure de représailles.

 

La conséquence de la bipolarisation politique

 

Qu’il est beau le spectacle de la politique quand se mettent en scène, devant les Français, avec un tel cynisme, les manipulations qui finissent de dégouter le citoyen de cette mascarade. Où est la considération des Français, des citoyens, de ceux qui vous donnent la confiance dans ces marchandages et autres règlements de compte ?

 

Mais au-delà de cette mécanique perverse de nos institutions et qui est une conséquence logique de cette bipolarisation, qui donne aux deux grands un pouvoir suffisamment grand pour prétendre imposer ses règles du jeu, il faut tout de même comprendre comment la droite semble perdre la tête en refusant de se remettre en question.

 

Tout d’abord, concernant la circonscription de François Bayrou, il est à noter que le Béarnais n’avait pas du tout apprécié le "geste" de Copé en janvier, y voyant un mirage fondé de toutes pièces par la droite pour faire croire à une connivence entre le MoDem et l’UMP. Encore une fois, l’indépendance n’est pas dans le vocabulaire de l’UMP qui continue à entrevoir le centre comme une force d’appoint de la droite. Combien de fois dans la campagne les grands ténors se sont bousculés devant les caméras pour rappeler que François Bayrou faisait partie de la famille, sous le regard hilare du Président du MoDem ?

 


la danse du ventre de l'UMP par snoopyves1

 

Comment oublier, pourtant, le congrès extraordinaire de Lyon en 2006, le "si on pense tous la même chose, on ne pense plus rien" lancé par Bayrou au congrès fondateur de l’UMP en 2002, ou encore le Congrès de Villepinte qui enterra l’UDF pour créer le MoDem en décembre 2007 ? Le déni est une marque de fabrique à droite qui, nostalgique, ne conçoit le centre que sous son inféodation, comme parti godillot, hémiplégique et qui, pavlovien, revient aux pieds du maître quand la cloche du scrutin sonne. "Faites fi de vos différences et donnez votre voix" : telle est la devise cynique de cette droite arrogante et dépourvue de valeurs.

 

Alors que Le PS, par la voix de Martine Lignières-Cassou, maire de Pau avait réaffirmé son intention de présenter un candidat contre François Bayrou avec qui il n’y a jamais eu de tractations de quelque sorte que ce soit, Marisol Touraine a expliqué, hier, qu’il pourrait changer d’avis estimant qu’il était "normal que M. Bayrou puisse ne pas être pénalisé pour le soutien à François Hollande". Pour un parti qui a mis dans son programme la proportionnelle… mais pour 2017 seulement, ce serait un geste en faveur de la pluralité à l’Assemblée Nationale en effet.  

 

Mais dans toute cette affaire, il y a quelque chose qui tord le cou au bon sens et à la cohérence :en quoi la position de François Bayrou est-elle surprenante ? N’avait-il pas déjà exprimé tout ce qu’il pensait de l’action de Nicolas Sarkozy dans "Abus de pouvoir", la plus lourde et violente charge qui ait été écrite dans le dernier lustre à l’encontre de celle-ci ? N’avais-je pas expliqué, ici-même, à quel point il était inconcevable que l’on puisse imaginer une seule seconde la proposition ubuesque de faire de Bayrou le Premier ministre de Nicolas Sarkozy ?

 

Et au-delà de ces chimères qui ont alimenté et nourri l’espoir de ceux qui croyaient aux miracles, comment se fait-il que la droite et le centre de droite conspuent la décision logique et plus que respectable de François Bayrou puisque fondée sur des valeurs, en faisant fi des raisons qui l’ont poussé à trancher de la sorte ?

 

N’y a-t-il pas ironie ici les voir d’acharner sur l’homme en omettant de faire une saine remise en question ?

 

Car, qu’a dénoncé François Bayrou en affirmant choisir de voter François Hollande ? Cette course effrénée, non pas vers les électeurs de Marine Le Pen mais vers ses idées et sa vision d’une France emmurée, repliée sur elle-même.

 

Qu’ont dit les "centristes" Sauvadet, Méhaignerie et Morin, europhiles à les croire sur parole, quand Nicolas Sarkozy a fait du chantage sur les accords de Schengen ou a instrumentalisé le spectre de la frontière au meeting de Toulouse ? Qu’ont pensé les humanistes quand Sarkozy a fait les poches de Marine en proposant la présomption de légitime défense des policiers ?

 

Qu’ont-ils pensé des regrets du président de ne pas avoir suffisamment œuvré pour que l’Europe rappelle dans sa Constitution ses origines chrétiennes, ce que les lobbys les plus intégristes d’Europe dont le nouveau gouvernement sulfureux hongrois et le Vatican réclament à corps et à "Christ" ? Ont-ils bien ri ou bien encore frissonné de voir le panneau douane écrit en français et en arabe dans le dernier spot de campagne du président sortant comme pour évoquer la menace d’une immigration massive au-delà de la Méditerranée ?

 

Au lieu de condamner cette prostitution des valeurs de la République et de l’Esprit de tolérance des lumières, à droite on ne parle que d’accords ancestraux qu’ils ont passés pendant trois décennies avec le centre.

 

Panique à bord, la mécanique si bien huilée de l’hérésie bipartite, qui de décline au son des chaises musicales, "un coup à moi, un coup à toi" s’enraye. Pensez donc, la gauche est sur le point d’être majoritaire à tous les étages : elle tient les plus grandes villes de France, des cantons, des régions, elle dirige le Sénat et s’apprête à prendre d’assaut l’Assemblée Nationale.

 

La droite a tout perdu : elle a voulu un parti unique en 2002 pour s’assurer un score de premier tour, en oubliant qu’elle asséchait ses réserves de voix ; de la même manière, elle a élevé à 12,5% des inscrits le seuil pour se maintenir au second tour des cantonales et des législatives, en espérant faire la nique au Front national et vit en 2011, ce dernier lui griller la politesse dans 204 cantons.

 

Le cynisme ne paye pas toujours en politique. Telle est la morale de l’affaire. N'en déplaise à Valérie Russo-Debord qui a été démasquée aux yeux des Français hier dans le fabuleux film de la campagne de Serge Moati, le dernier de sa série, quand elle ironisait sur le choix de Douste-Blazyde voter Hollande : "Pff Douste-Blazy ? quand j'étais à l'UDF on l'appelait 'soigne ta mèche' !"

 

A l’image de Chantal Jouanno, l’UMP ferait bien de revoir sa stratégie. Et de remettre ses valeurs au centre de sa politique. Il en va de l’équilibre du paysage politique français. Mais surtout des valeurs de la République elle-même.

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Published by Yves Delahaie - dans Législatives 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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