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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 16:03

Jeudi les syndicats de la fonction publique avaient appelé à la grève, notamment pour se plaindre du gel prévu de leur salaire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le mouvement est loin, très loin d’avoir obtenu l’écho souhaité.

Peu suivi, il passa surtout relativement inaperçu dans une actualité chargée, avec notamment le débat houleux à l’Assemblée nationale sur le projet de loi du mariage pour tous et la guerre au Mali. Et les rares à s’y être attardé ont cru bon de rappeler, qu’en moyenne, un fonctionnaire avait un salaire plus élevé qu’un salarié du privé. S’ils avaient voulu prétendre que cet appel à la grève était illégitime, force est de constater qu’ils ne s’y seraient pas mieux pris.

En ces temps de crise, le fonctionnaire est au monde du travail ce que le musulman est à Marine Le Pen : l’âne malade de la Peste. Improductif, inefficace, bardé de privilèges, le fonctionnaire serait à lui seul la seule raison de la faillite de notre Etat.

Chaque grève est vécue comme une provocation, une rupture de service, une prise en otage. Les  râleurs occultant de tirer la révélation faite par la gêne occasionnée par le débrayage : l’importance du service rendu au quotidien et qui parait « normal », derrière lequel se cache pourtant un salarié.

On peut comprendre que certains soient choqués de voir des fonctionnaires vouloir se mobiliser parce que leur salaire va être gelé à un moment où tout le monde est appelé à faire des sacrifices.

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La divergence de perception vient du fait que l’on oublie que si les Français sont appelés à contribuer plus qu’à l’habitude depuis quelques mois, les fonctionnaires consentent à cet effort depuis bientôt une décennie. La réévaluation de leur salaire est systématiquement en dessous des chiffres de l’inflation pour la même période.

De la même manière, le fantasme du salaire moyen supérieur dans le public cache des disparités énormes avec des attachés territoriaux qui sont très en dessous de la moyenne ou encore des corps des métiers à niveau agent de maitrise ou cadre qui sont très sous côté à diplôme équivalent.

La seule explication de cette balance trompeuse en faveur des fonctionnaires réside dans l’évolution de carrière, souvent fondée sur le mérite dans le privé quand elle l’est  sur l’expérience dans la fonction publique. Et une expérience qui n’est jamais menacée eu égard à la sécurité de l’emploi. D’autres rappelleront aussi que les retraites du public sont calculées sur les 6 derniers mois d’exercice, un régime bien plus avantageux que celui qui lui fait face.

Cela est vrai. Pour autant, cela suffit-il à faire des fonctionnaires des privilégiés pour autant ? N’oublions pas que la fonction publique n’est pas réservée à des élus de Dieu ou d’ailleurs et que tous ceux qui s’estiment spoliés ont toujours la possibilité de passer des concours. Et de les réussir pour ainsi bénéficier de ce statut « si avantageux ».

Car si la carrière du fonctionnaire ne sanctionne pas toujours le mérite, le début de carrière ne peut débuter que par la sanction d’un concours sélectif. Et que ces concours sont ouverts à tous.

Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’il y a des situations bien pire ailleurs qu’il faut accepter tout et n’importe quoi pour sa propre situation. Et tous ceux qui aboient aux loups, notamment vis à vis des professeurs, ces « feignasses » qui ne font que 18 heures par semaine et qui ont des vacances à ne plus savoir que faire, devaient quitter la machine à café autour de laquelle ils pérorent et persifflent, plusieurs heures par jour, pour venir ne serait-ce qu’une heure tenir un cours devant 30 collégiens immatures et pourtant éduqués par leurs propres âmes. Nous verrons s’ils tiendront aussi bien la route sans exprimer, un jour ou l’autre leur ras-le-bol.

La situation de crise a tôt fait de nous faire trouver des boucs émissaires et de dénoncer la situation du voisin. Le terreau dont se régalent les extrémistes, dont les sillons charrient la misère humaine et l’exaspération pour faire leur récolte. Bien au contraire, la dureté du moment impose à chacun le respect des situations et la prise en compte, avec empathie, de chacun. Seul ce respect permettra de faire face. Sans quoi après la crise viendra l’enfer.

 

Publié le 4 février 2013 sur Médiavox.  

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Published by Yves Delahaie
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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