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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 19:53

La question peut paraître saugrenue. Elle mérite pourtant d’être clairement posée : Marine Le Pen a-t-elle véritablement envie d’être candidate à la présidentielle ? Ou, plus précisément, y a-t-elle intérêt ?

 

Pleurer les 500 signatures, une tradition lepéniste


Alors que le résultat des sénatoriales avait vu une poussée historique des votes pour le FN de la part du cortège des "grands élus" (et dont une large majorité est en capacité de donner une signature pour parrainer une candidature), nous pouvions légitimement penser que Marine Le Pen allait rompre avec cette lancinante tradition familiale. Tradition qui consiste à pleurer, à fustiger la diabolisation, en faisant planer le spectre d’une impossibilité à se présenter à l’élection suprême. Posture victimaire, l'essence même de la communication frontiste depuis trois décennies.

 

 

Il faut dire que le cas s’est bel et bien présenté pour celui qui est devenu président d’honneur du FN. Mais il date tout de même de 30 ans, quand en 1981, Jean-Marie Le Pen échoua à récolter les fameuses 500 signatures, à une époque où le FN n’avait jamais encore franchi le cap des 2% aux élections auxquelles il se présentait. Deux ans avant le coup de tonnerre de Dreux. Il y a si longtemps.


Marine Le Pen radoterait-elle donc ? Certains pensent que non. En effet, le Front National a toujours eu du mal à récolter les signatures. Ainsi, en 2007, Jean-Marie Le Pen se présenta avec seulement 507 parrainages ce qui ne lui laissait que très peu de marge de manœuvre.

 

Faut-il lever l'anonymat des signatures ?

 

D’autres expliquent que la levée de l’anonymat pour 500 signataires désignés au hasard (autrement dit, pour tous les parrainages concernant le FN qui peine à atteindre le chiffre fatidique) rebute certains vis-à-vis de leur électorat local. Surtout que les gardiens de l'hydre bipartite ont, tour à tour, fermé le robinet.

 

Il n’y donc rien d’étonnant à ce que le Front National ait tenu à mettre dans son programme la fin de ce système, qu’il juge contraire à la démocratie : "La loi sur le parrainage des candidats à l’élection présidentielle sera révisée afin d’établir l’égalité entre les candidats : les parrainages seront de nouveau anonymes."


Ainsi depuis quelques semaines, il n’est pas une sortie médiatique de Marine Le Pen sans rappeler qu’elle est loin du compte… sans jamais donner de chiffres. Étrange phénomène qui manque de clarté. Plus étonnante encore est cette manière d’agiter le drapeau rouge, un argumenta contrario, qui envisagerait sa non-participation à l’élection : "Si jamais je n’étais pas candidate, Nicolas Sarkozy peut faire une croix sur sa réélection."

 

Comme une menace.


Mais, quand on sait que Marine Le Pen n’a aucune chance de gagner au second tour de la présidentielle, soyons sérieux, et que la présidentielle se résume finalement à un match à quatre, dans lequel seules trois candidatures peuvent gagner, n’y aurait-il pas intérêt pour Marine Le Pen de se faire passer pour une victime et de faire ainsi la démonstration que la démocratie ne joue pas le jeu ? Car si le père n'avait jamais voulu gouverner, sans doute la fille estime-t-elle que son temps n'est pas encore venu.

 

Le Pen vise les législatives


Et tout concourt à aller dans ce sens : le FN n’envisage pas de présider tout suite, en témoigne le chiffrage douteux de son programme, chiffres que certains  n’hésitent pas de qualifier de "fous". Quand l’incantation se substitue au rationnel, nul doute que se masque la vérité.


La stratégie ne serait-elle pas alors de préparer les législatives, en espérant une "vengeance" de son électorat qui serait alors mobilisé comme jamais, alors que, généralement, cette élection rassemble beaucoup moins que la présidentielle ? Histoire de gonfler quelque peu un score, qui, n’en doutons pas, sera déjà très élevé.

 

Le but ne serait-il pas clairement de créer un véritable troisième tour de la présidentielle, avec l’arrivée plusieurs représentants du FN dans l’hémicycle assorti d’un joli pactole dans le financement légal du parti, puisque chaque voix récoltée au premier tour des législatives rapporte 1,63 euro par an?

 

Car il faudrait rappeler que si le FN semble prospérer par la grâce d’une Marine Le Pen qui a su dépoussiérer le devant de la boutique, il ne faudrait pas oublier que les comptes de la caisse sontloin d’être au beau fixe, entre l’affaire la scissionl’affaire de l’imprimeur Le Rachinel qui entraîna la vente du célèbre "Paquebot" ou encore, bien évidemment, le score calamiteux aux dernières législatives, qui avaient privé le parti d’une source vitale.

 

 

Et un score aux législatives autour de 20% pourrait rapporter beaucoup, beaucoup d’argent. Un véritable trésor de guerre pour les cinq années à venir. Quand on voit comment s’est relevé le parti avec les comptes dans le rouge, on n’imagine pas ce qu’il en serait avec des finances plus que confortables…


Dans ces conditions, l’on comprend mieux pourquoi Marine Le Pen s’époumone  à qui mieux mieux pour crier au loup. Et le pire serait sans doute que cela marche.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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