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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 09:45

Des militants MoDem lors d'un meeting de François Bayrou le 25 mars 2012 à Paris (CHESNOT/SIPA)

 Des militants MoDem lors d'un meeting de François Bayrou le 25 mars 2012 à Paris (CHESNOT/SIPA)

 

L’été a déjà fait son œuvre. Les corps et les esprits ragaillardis par les rayons de soleil se rassemblent, comme chaque année pour la rentrée politique. Procession rituelle qui oscille, sans jamais trancher, entre l’envie de faire de l’image, lisse et belle à déguster sur papier glacé, et celle de faire entendre sa voix pour ouvrir de nouvelles discussions. Eternel débat entre ceux qui veulent nettoyer leur linge sale en famille et ceux qui osent, au moins durant la trêve que représente ce moment, exposer des problématiques qui font diverger les pensées sans séparer l’essentiel de ce qui les regroupe.

 

La guerre des maux

 

Europe Ecologie - les Verts ne s'est jamais posé la question. Leurs débats n’ont toujours eu d’internes que le nom. Chacun, libre de sa parole, évoque son point de vue, son analyse de la situation, son ressenti face aux performances de leur part. Sans censure. Quitte à le faire imprudemment, même pendant les périodes électives. Les autres s’en réjouissent, se gaussent et les raillent, préférant les éléments de langage qui, à vouloir tout polir, finissent par ne plus rien dire. Langue de bois, réjouis-moi.

 

Cette semaine, pour le tenue des journées d’été d’EELV, les médias ont tout particulièrement tenu à mettre en exergue la guerre des maux entre Daniel Cohn-Bendit, trublion devant l’éternel, et Eva Joly, candidate malheureuse à la dernière élection présidentielle, qui semble davantage dénoncer un bashing à son égard, plutôt que de faire sa propre autocritique.

 

Pourtant, il est une tribune plus discrète, publiée dans  "Libération", que l’œil du conseiller national MoDem que je suis, a trouvé autrement plus intriguante. Sous le titre "Démocrates et écologistes, à quand le premier dialogue ?", Christine de Crémiers, ancienne vice-présidente du MoDem Paris et membre à présent du conseil d’orientation politique d’EELV semble appeler de ses vœux une collaboration entre les forces du centre et celles de écologistes.

 

Pourtant, au-delà de la querelle de personnes qu'engendrera la proposition d'un ancien membre de l'équipage qui a quitté le navire quand le MoDem commençait à prendre l'eau pour rejoindre des ponts plus accueillant électoralement parlant, il convient tout de même de se pencher sur cette possibilité. Surtout à un moment où le bipartisme se partage avec vorace gourmandise tous les pouvoirs de l’exécutif et du législatif, presque sans partage, laissant au seul FN la possibilité de voir la politique autrement. Hérésie républicaine.

 

Dans sa tribune, l’actuelle membre du conseil d’orientation politique d’EELV rappelle qu'"écologistes et démocrates ne se sont presque jamais parlés", expliquant :

 

"Beaucoup de valeurs les rapprochent. Pourtant, les démocrates issus de l’ancienne UDF et les écologistes, aujourd’hui presque tous rassemblés dans EELV, ne se fréquentent pas. Un certain nombre de barrières ont empêché leur rencontre."

 

Au rang des valeurs communes, l’ancienne vice-présidente du MoDem Paris cite pêle-mêle une attirance pour la décentralisation, la méfiance vis-à-vis de l’Etat jacobin, la dénonciation de la dette (qu’elle soit financière ou écologique, précise-t-elle tout de même) que l’on fait peser sur les générations à venir, celle de la déviance ultralibérale…

 

À l’inverse, elle tente de définir deux barrières : la première, sociétale, explique que  "la droite modérée, surtout version chrétienne démocrate" considère trop souvent l’écologiste comme un "hippie des années 60, irresponsable utopiste aux mœurs dissolues", tout en précisant que l’évolution des mentalités notamment sur l’homosexualité ou l’égalité hommes/femmes avait, en partie comblé le fossé. La seconde, économique, rappelle avec justesse que les tenants de la décroissance s’accommodaient assez mal des visées de ceux qui préféraient canaliser le capitalisme. Même si Christelle de Crémiers se veut optimiste sur ce dernier point, assurant en Cassandre que la Chine et l'Inde précipiteront " le choc pétrolier final".

 

Des interrogations communes

 

Enfin, d’un point de vue politique, elle montre que les deux courants "se posent les mêmes questions existentielles au moment où ils doivent prendre la décision douloureuse de s’allier avec un des deux grands partis pour avoir des élus. Ils savent que toute alliance réduit la qualité démocratique et la production d’idées nouvelles, mais ils savent aussi que, pour faire vivre leurs idées, un réseau d’élus et un groupe parlementaire sont nécessaires."

 

Aussi séduisante que soit la proposition de Christelle de Crémiers, et que beaucoup au MoDem, parmi les anonymes actifs qui participent à la vie du Mouvement, sans nécessairement être entendus du haut de la pyramide, impassible, partagent depuis de nombreuses années, il semblerait pourtant que l’ancienne vice-présidente du MoDem Paris ait omis quelques aspects qui semblent rendre la tâche plus ardue qu’elle ne semble l’envisager (et la rumeur qui court, qui court à Paris depuis juillet d’un rêve à deux entre Bayrou et Cohn Bendit pour les Européennes de 2014 n’y est sans doute pas pour rien).

 

D’une part, quand il s’agit de réconcilier, ou plutôt de réunir les deux courants, il faudrait tout de même savoir de qui l’on parle. Christelle Crémiers prétend ainsi que les écologistes sont "aujourd’hui presque tous rassemblés dans EELV". Affirmation péremptoire qui est au moins doublement suspecte. Il existe d’autres écologistes, qu’ils soient indépendants (et Nicolas Hulot sait ce que cela lui aura coûté) ou bien qui n’aient pas réussi à se greffer comme CAP21 (Et Corinne Lepage sait aussi ce que cela lui aura coûté).

 

Quelle représentativité ?

 

Par ailleurs, une question reste fondamentale : combien de militants se sentent-ils représentés par les députés ou leur ministre qui ont bénéficié d’un accord sur lequel le mouvement écologiste aura tant perdu sur le fond, pour s’enorgueillir de la forme ? Se sentent-ils encore comme militants d’EELV ou plutôt, et c’est sans doute la question qui fâche le plus, considèrent-ils Duflot et consorts comme faisant encore partie de leur formation politique ?

 

De la même manière, Christine de Crémiers propose une définition pour le moins floue de ce qu’elle appelle "démocrates" et ce à plusieurs reprise dans sa tribune : "La droite modérée, dite orléaniste", "assemblés dans l’UDF, puis dispersés, les héritiers de la droite modérée", "démocrates, se sont répartis dans plusieurs formations politiques de la droite et du centre, le Modem, le Nouveau Centre, l’Alliance centriste, le courant centriste de l’UMP, le PRV". Droite orléaniste ? UDF ? Héritier de la droite modéré ? Alliance Centriste ? Nouveau Centre ? Courant centriste (sic) de l’UMP ? Autant de noms de baptême que je récuse, en ma qualité de conseiller national du MoDem. Une énumération qui se veut exhaustive, sans doute pour ne froisser personne, mais qui ressemble à une auberge espagnole qui abrite tout et son contraire, jusqu’au plus improbable des bonimenteurs venus refourguer sa camelote.

 

Qu’on se le dise : le "démocrate" en France était, jusqu’en 2012, cette force insufflée par François Bayrou, qui s’inscrivait dans l’indépendance et l’autonomie face au bipartisme pour proposer une vision "apartisane" de la politique française, fixant ses valeurs et ses objectifs non autour de dogmes impénétrables (le salarié ou l’entreprise, la finance ou la décroissance, la production ou le dialogue social), mais autour d’une seule obsession : sert-elle avant tout les citoyens ?

 

Jusqu’en 2012… Car la problématique du MoDem était circonscrite à la réussite présidentielle de son leader. L’échec de 2012 sonne donc la fin de cette volonté d’indépendance. Et aujourd’hui la question qui se pose pour les militants du MoDem est la même que celle que se posent les Verts : il y a ceux qui s’obstinent à l’indépendance quand le verdict du bipartisme a sommé un jugement sans concession quitte à se résoudre à ne jamais être en position d’agir en élu, il y a ceux qui veulent garder leur indépendance mais travailler à gauche, leur alter ego mais à droite, ceux qui veulent faire revivre l’UDF, quand les parcours de chacun ont varié à l’infini y compris sur l’échelle des valeurs. Une mère n’y retrouverait plus ses petits… Sauf François Bayrou qui entend, pourtant, être le garant de chacun, et qui prétend que l’on peut s’abriter sous le même toit quand tous les membres de cette famille se disputent jusqu’aux murs porteurs…

 

Les militants "démocrates" ont au moins ce point commun avec les écologistes : ils ne savent plus où ils en sont. Sauf que leurs leaders ont choisi Hollande plutôt que Nicolas Sarkozy. Au-delà de ce choix qu’ils partagent en effet, l’imbroglio est total, la tête de chacune des deux formations étant au moins autant supportée que contestée.

 

Mais au-delà de ce désordre, qui n’est que la conséquence du bipartisme cannibale et qui laisse une alternative peu satisfaisante aux autres, à savoir participer et renoncer à son identité, ou faire vivre ses valeurs et ne plus exister, quid des valeurs qui nous séparent, écologistes et démocrates, et que semble occulter Christelle de Crémiers ?

 

Quels objectifs ?

 

EELV regrette-t-il de ne pas avoir voté la loi contre les signes ostentatoires à l’école en 2004 ou contre la dissimulation du visage dans l’espace public en 2009 ? Dans la même veine, veulent-ils toujours faire du multiculturalisme la réponse à nos impasses républicaines plutôt que de proposer l’universalisme, ce qui implique un combat sans concession contre le communautarisme et l’intégrisme ?

 

Dans un autre domaine, les Verts continent-ils de voir en Mérieu l’homme qui a tout compris à l’école ? De prétendre que l’école française est élitiste ? Trop concurrentielle ? Que l’école est un lieu de vie ?

 

Les Verts continent-ils de penser qu’il faudrait supprimer le 14 juillet ? Que la dépénalisation du cannabis est la seule manière de lutter contre ce fléau ? Et quid du nucléaire ?

 

La liste serait longue encore s’il l’on voulait s’astreindre à l’exhaustivité. Vouloir travailler ensemble, autour de valeurs communes, et écologistes et démocrates en possèdent, n’est pas dénué de sens. Assurément. Mais quid de nos différences qui semblent si profondes ? Avec quels objectifs : réfléchir ou gouverner ? Critiquer ou mettre les mains dans le cambouis ? Et surtout qui sont réellement ces écologistes ou ces démocrates ? Les bayrouistes ? Les Mamèristes ? Les Cohn-Benditistes ? Ou bien encore leurs détracteurs qui n’en veulent plus ? Ceux qui en veulent encore mais avec une autre stratégie ?

 

Autant de questions, si vastes et sans réponses, qui montrent que la réflexion peut évidemment se poursuivre. Mais que le jour où écologistes et démocrates, uniront leur force pour présenter un projet commun, n’est sans doute pas pour demain matin. Tant qu’ils ne sauront pas eux-mêmes qui ils sont et où ils vont.

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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