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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 08:58

François Bayrou, lors de son vote à Pau, le 22 avril 2012 (G.COLLET/SIPA).

François Bayrou, lors de son vote à Pau, le 22 avril 2012 (G.COLLET/SIPA).

 

L’attente est longue. Très longue. Voilà plus d’une semaine que le premier tour de la présidentielle a rendu son verdict. Implacable. Avec 9,13% des voix au premier tour, François Bayrou a raté sa troisième fois. Et de loin. Avec une participation presque aussi forte qu’en 2007, le président du MoDem a obtenu moins de la moitié des suffrages qu’il avait réunis alors.

 

Le "hiatus Bayrou"

 

Il sera temps, quand une autre heure sera venue, de se pencher sur les raisons de cet échec afin de répondre à cette énigme que soulevait déjà il y a moins d’un mois Brice Teinturier, pour Ipsos, qu’il nommait sous l’expression "le hiatus Bayrou" : comment l’homme qui était la personnalité politique préférée des Français et dont le programme et la vision pour la France étaient reconnus et appréciés même devant ceux de Hollande et Sarkozy, les deux finalistes, a-t-il pu finir le cinquième homme ?

 

À cet instant, les deux candidats en lice, les médias et surtout les membres du MoDem semblent comme suspendus aux lèvres de François Bayrou : qu’annoncera-t-il au soir du jeudi 3 mai, au terme d’un Conseil national sous haute tension, sur "son" choix ? Les réponses (ici et )  à sa lettreenvoyée aux deux candidats l’auront-elles convaincu de quelque chose ? Ou restera-t-il dans un commentaire flou sans consigne précise, comme le raille déjà une Ségolène Royal, qui devrait montrer davantage d’humilité et méditer les raisons pour lesquelles Hollande a réussi, là où elle avait durement échoué il y a cinq ans, laissant une partie de ses cadres rejoindre le Béarnais…

 

Voir la vérité en face

 

Membre du Conseil national du MoDem, il m’est important de me prononcer ce jeudi. J’ai pris le temps nécessaire à la réflexion pour ne pas céder à l’émotion. Et participer aux processions hâtives de ceux qui ont appelé, sans doute un peu précipitamment à des consignes de votes, parfois même avant le glas du premier tour. Contrairement à certains, je ne resterai pas suspendu à la décision de François Bayrou. Durant la campagne, le président du MoDem se plaisait à citer George Orwell : "En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire". Sans doute est-il, à présent, opportun de s’appliquer, à nous-mêmes, cette maxime.

 

Notre position n’est pas aussi facile que celle des autres partis, du Front de Gauche au Nouveau Centre, en passant par Europe Ecologie-Les Verts. Le MoDem ne vit pas des mêmes illusions ou des mêmes garanties en or massif. En rendant indépendant le "centre", ce "ni de gauche, ni de gauche" raillé par François Mitterrand, ce parti godillot inféodé à la droite, hémiplégique depuis l’ère VGE, qui avait cessé de montrer sa singularité, François Bayrou a ouvert la voie à une nouvelle famille politique en France. "Si nous pensons tous la même chose, nous ne pensons plus rien" avait lancé François Bayrou en 2002, lors du Congrès fondateur de l’UMP, face à une salle médusée.

 

J’y ai été sensible. Quand en 2007, le "peuple de gauche" avait eu l’hérésie de croire que Ségolène Royal pouvait rivaliser avec la bête politique qu’était Nicolas Sarkozy, si à l’aise dans les médias, j’ai quitté à grandes enjambées ses rives absconses. La logique bipartite m’a toujours épuisé. Absurde mécanique qui privilégie le clan aux besoins des Français.

 

 

Il me fallait un air nouveau, qui puisse laisser entrevoir un rassemblement quand la logique de la Vème République, qui a fait des partis le mur porteur de ses fondations, se nourrit de l’opposition. Il n’y a pas d’idées de droite, ou d’idées de gauche. Encore moins de programme de l’une ou l’autre rive, puisque l’on peut être pour l’allègement de la fiscalité des PME tout en étant pour l’adoption des couples homosexuels.

 

La vérité n’est pas dans cet ostracisme qui vous rend manichéen, sans nuance de couleur, comme si tout était limpide. Si la perception était aussi simple, voire simpliste, nul doute que la France ne traverserait pas la plus grave crise qu’elle connaît depuis la seconde guerre mondiale.

 

L'indépendance politique n'empêche pas le choix


Mais l’indépendance, ce n’est pas rester éternellement sans faire de choix. Quand le peuple français se prononce, à partir du moment où son verdict s’inscrit dans le champ républicain, c'est le mépriser que de ne pas trancher l’alternative qu’il a lui même choisie. Ce serait lui faire un affront que de dire qu’il s’est trompé et que l’on ne souhaite pas participer avec lui, le guider dans sa décision ultime. 2007 fut une autre époque, car l’indépendance du "centre" n’était pas encore parachevée. En coupant le cordon ombilical que représentait son nom, originel, l’UDF, le MoDem avait vocation à s’émanciper. Définitivement. En 2012, l’heure du choix a sonné.

 

L’indépendance, ce n’est pas l’opposition en permanence. Au risque de tomber dans l’inertie, ou pire dans le néant. L’on ne peut proclamer à tout va que l’union nationale est la seule issue possible et rester seuls, en tournant le dos à tous les autres, sitôt que l’on a perdu la bataille du scrutin.

 

Si l’ensemble de notre programme ne peut suivre cette voie du rassemblement des forces politiques sans considérations partisanes, pourquoi ne pas tenter de faire avancer quelques unes de nos idées, parmi nos plus essentielles comme celle de la moralisation de la vie politique, pour faire accepter que certains thèmes transcendent la logique de partis et espérer qu’un jour, ce chantier puisse être montré en exemple pour valider notre manière de gouverner ?

 

Faire un choix au second tour, ce n’est pas se rallier. C’est simplement indiquer une préférence ou bien condamner ce dont on ne veut pas pour la France. C’est aussi tenter de voir où nos valeurs seront le moins torturées. À l’inverse, ne pas faire de choix, c’est jouer à la roulette russe et laisser le sort décider pour nous. Impossible alors de peser ou même d’oser contester quand vous n’avez pas pris la peine de prendre vos responsabilités.

 

Or ce choix est possible. Limpide même pour celui qui ose voir. Avoir le courage et l’humilité.

 

En finir avec le sarkozysme

 

Nous savons pertinemment que François Hollande ne créera pas 60.000 postes dans l’éducation ou bien 150.000 emplois-avenir. Nous devinons que dans quelques mois, il s’en expliquera, en blâmant cette crise qui n’en finira plus et en montrant à l’opinion publique l’ardoise laissée par Sarkozy pour s’en justifier, quand seules les errances de son programme seraient responsables de la déception qu’engendrera cette distance entre les promesses et le pragmatisme de son action. La dette et les règles européennes se rappelleront à son bon souvenir. Et il n’aura pas d’autres choix que d’abandonner au bûcher des vanités des promesses qui sont autant de chèques en blanc et de fausses pierres en collier.

 

Mais nous savons aussi ce que Nicolas Sarkozy nous réserve : la menace sur les accords de Schengen, le référendum sur le chômage et la stigmatisation de la précarité, l’anéantissementdéfinitif de l’école publique et le racket organisé des enseignants, la présomption de légitime défense des policiers que seule Marine Le Pen proposait jusqu’alors et qui rappelle toutes ces lois de l’émotion, votées dans le dernier lustre, conséquence de la gouvernance des sondages, quand la France a surtout besoin de raison.

 

 

 

Mais il suffit surtout de quelques évocations, autant de chefs d’inculpation, pour voir s’esquisser un avenir sombre, si sombre : les discours de Grenoble, de Dakar de Latran ou de Ryad qui sont autant d'atteintes faites à la laïcité, de Jean-Marie Bigard en voyage au Vatican, des faux dérapages de Guéant, de la manière dont les Roms ont remplacé le rôle de bouc émissaire le temps d’un été, les lettres de noblesse accordées au fric cynique, la disparition de l’année de formation des enseignants, Mariani, Ministre des transports, à la une de "Minute", Nadine Morano…

 

Les traces de l’action sarkozyste sont de profondes cicatrices, indélébiles, que la France, défigurée, porte sur elle, comme une âme en peine. Et ceux qui, opportunistes ou calculateurs, ont le cynisme de penser qu’en se positionnant à droite, François Bayrou profitera de l’explosion de celle-ci, de la même manière qu’ils avaient spéculé sur l’explosion de la gauche en 2008/2009, ce qui serait arrivé si le Congrès de Reims avait accouché d’un autre résultat (et ceux qui se félicitent de la victoire de François Hollande peuvent se féliciter de ce qu’il convient d’appeler l’instinct de survie qui guida l’équipe de Martine Aubry…), se trompent lourdement.

 

On ne troque pas ses valeurs par pure spéculation, quand bien même le placement est sûr. Et l’on peut toujours amender le programme fantaisiste car dispendieux des uns quand on ne peut s’arroger les valeurs prostituées des autres.

 

Je choisis François Hollande

 

La seule voie possible est d’appeler à voter François Hollande. Et d’assumer le choix. Encore une fois, la crise et l’Europe rappelleront en temps voulu que ses dépenses prévues sont des fariboles. Et nous serons là pour le lui rappeler.

 

 

L’homme qui avait écrit "Abus de Pouvoir" nous avait manqué terriblement. Au point que Frédéric Martel, à la manière de ces lycéens qui rendent leur copie avec un trimestre de retard, en rend une fiche de lecture presque enamourée, enivré par ce qu’il appelle avec imprudence un "anti-sarkozysme viscéral". Lui avait "oublié" de lire ce livre. Pas moi.

 

Même s’il avait dit ne pas en regretter la moindre ligne, François Bayrou avait semblé moins sévère avec le chef de l’Etat, estimant même qu’il avait un peu changé. Comment croire, un seul instant, que François Bayrou pouvait penser intimement cela ? Mascarade électorale qui le contraignait à ne pas contrarier la droite. Occultant que le sarkozysme, justement, ce n’est pas la droite.

 

Mais il est temps de rectifier le tir. Et d’enterrer le sarkozysme avec les honneurs qui lui sont dus. Condamnons celui qui a tant malmené les valeurs de la République, qu’il faut tenir pour responsable du score outrancier du Front national. Laissons se refermer cette sombre parenthèse de notre histoire que seul son ego s’enorgueillira d’avoir ouvert. Le Sarkozysme n’est pas la France. C’est son cancer. La tumeur de ses valeurs qui nous rassemblent aujourd’hui à son chevet.

 

Tourner la page

 

La défaite se devra d’être lourde. Et il sera temps, lors des législatives de ne pas signer un blanc-seing à François Hollande. Comment ? En travaillant avec lui, au-delà de toute vision partisane ? Je le souhaite. Mais lui, le décidera-t-il ? Aura-t-il le courage de combattre la vanité de faire de sa victoire, celle de son camp ? 

 

Avec François Hollande, la France sera libérée, mais elle ne sera pas sauvée. Et lui rappeler que sa victoire ne sera pas celle du Peuple de gauche. Ce sera avant tout la condamnation sans ambigüité possible de l’héritage de Nicolas Sarkozy. 

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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