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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 20:57

La question est bien évidemment hautement provocatrice, et nul doute qu’elle ne manquera pas de faire couler beaucoup d’encre, avant même de découvrir les arguments qui l’étayent, la présidentielle ayant tendance à rendre "pavloviens" les débats. Mais il faut dire que depuis quelques jours, ça s'agite sur le web autour du bilan de François Hollande... en Corrèze.

 

Alors que l’on s’attendrait davantage à voir le bilan du président-candidat être décortiqué, lui qui tente de faire amende honorable ou de dire qu’il a tout donné en brandissant la crise comme bouclier (attention, le mot est tabou en Sarkozie), les militants UMP ont diffusé à tout va le bilan du candidat socialiste au Conseil général de Corrèze, depuis son arrivée en 2008. L’histoire ne dit pas si Bernadette Chirac a pu être le transmetteur de témoin, mais force est de constater que les chiffres, à les lire, font peur :

 

 

De 2007 à 2011 (rappelons que Hollande n'est arrivé qu'en 2008), la dette par habitant serait la plus importante de tous les départements (1.428 euros en 2010, pour une moyenne nationale de 476 euros). La dette totale aurait augmenté de 87 millions d’euros, les charges de personnel de 54,95 %, le montant de la dette de 33,81 %. Dans le même temps les dépenses d’équipement directes auraient diminué de 66,35 %, les subventions d’équipement versées de 31,01 %, la capacité d’autofinancement pour remboursement des emprunts de 33,04 %...

 

Symbole de cette gabegie dénoncée : l’achat irraisonné d’iPad aux collégiens, la fameuse opération "ordicollèges",  alors que les finances du département étaient déjà dans le rouge… N’en jetez plus la coupe est pleine.

 

L’argument n’est pas pour autant nouveau. "La Corrèze est la Grèce de la France", a lancé Claude Guéant à différentes reprises. Laurent Wauquiez n’a pas non plus hésité à utiliser la même diatribe. Alors, Guéant est-il dans l’outrance ou dans le vrai quand il prétend cela, ce qui, en dehors des arguments de fond, reste une métaphore au cynisme d’un goût assez douteux (une fâcheuse habitude chez le monsieur) ?

 

Des chiffres à relativiser

 

Les soutiens de François Hollande ont tenté de contester cette condamnation en évoquantl’héritage désastreux de la droite dans le département. De manière plus neutre et surtout moins partisane, "Le Monde" a tenté, lui aussi, de rationaliser le bilan corrézien de François Hollande. Brandissant les chiffres de Bercy comme preuve à l’appui, l’article rappelle que l’endettement qui résulte des dépenses de fonctionnement est en hausse constante depuis 2005 et non 2008.

 

De la même manière, il n’a pas fallu attendre l’arrivée de Hollande à la tête de la Corrèze pour déplorer une hausse des frais de personnel, qui sont passés  de 25,83 millions en 2005 à 47,06 en 2008. Enfin, la fameuse dette qui permet l’audacieuse métaphore hellène est démystifiée puisque les chiffres montrent que l'encours des dettes bancaires du département est passé de 148,06 millions en 2005 à 289,04 millions en 2008, soit une hausse de 95%.

 

Et l’article, de bonne foi, de conclure sur cette analyse :

 

"On peut reprocher à M. Hollande de n'avoir pas mis en place de véritable politique de désendettement et de n'avoir que peu diminué les charges, tout en poursuivant une hausse de la fiscalité. C'est du reste ce qu'a conclu la cour régionale des comptes du Limousin, dans un rapport du 5 octobre 2010. Mais l'examen sur le long terme rend difficile de faire au socialiste un procès en mauvaise gestion, dans la mesure où la dette du département est très largement due à ses prédécesseurs."

 

Sans le savoir, "Le Monde" vient pourtant ici de donner un coup de grâce au candidat François Hollande en le décrédibilisant dans son costume potentiel de président. Certes, la situation de la Corrèze n’est pas entièrement imputable à François Hollande. Mais qu’en serait-il s’il venait à être élu à la présidence de la République ? Aurait-il une situation différente à affronter ? Ne serait-il pas là aussi à la tête d’un État mal géré, endetté et gouverné depuis une éternité par la droite, comme le fut la Corrèze avant son arrivée ?

 

Hollande

 François Hollande à Paris, le 13/03/2012. (SIPA)

 

Or que dit-on de son action pour rétablir l’équilibre, ce que l’on attend tout particulièrement du futur président de la République : "on peut reprocher à M. Hollande de n'avoir pas mis en place de véritable politique de désendettement et de n'avoir que peu diminué les charges, tout en poursuivant une hausse de la fiscalité". Un constat, dit-on, confirmé par la Cour des comptes régionale !

 

A moins d’une mauvaise foi absolue, personne n’irait accuser Hollande, s’il venait à être élu, d’être entièrement responsable de la dette accumulée par la France. Mais comment ne pas voir dans ces iPad achetés et dans les dépenses mal gérées par ailleurs, la promesse à bien plus grande échelle des 60.000 postes dans l’éducation et les 150.000 emplois avenir, qui, de la même manière, risquent de "peu diminuer les charges, tout en poursuivant une hausse de la fiscalité" ? D'autant que la politique fiscale prônée par François Hollande risque de n’apporter que trop peu en termes de recettes.

 

Faut-il rappeler que François Hollande compte sur une croissance supérieure à celle des prévisions de l'OCDE (1,5% contre 2 à 2,5 pour le candidat socialiste) ? Un optimisme qui a tendance à faire douter, y compris ses soutiens, si la réalité venait à contrarier les incantations. Faut-il rappeler, enfin, que les citoyens ne sont pas dupes. Près de 53% d’entre eux estiment quele programme économique de François Hollande n’est pas crédible.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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