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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 20:50

La campagne présidentielle de 2012 n'est pas de tout repos. À chaque jour, sa bonne louche de démagogie. Et comme dans la meilleure répartition bipartite, on attribue équitablement les rôles entre la gauche et la droite. Avec le même élan électoraliste.

 

Lundi, c’est François Hollande qui prenait tout de monde de court, y compris son propre chargé des finances de campagne, en proposant une taxation de 75% des plus fortunés de notre pays. Mardi, Nicolas Sarkozy propose d’augmenter le temps de travail des enseignants de 40% pour une augmentation substantielle de 25%.

 

Nicolas Sarkozy en meeting à Montpellier le 29/02/2012, BFMTV 

 

La médiocrité ne surprend plus

 

Pour autant, la proposition faite par Nicolas Sarkozy atteint des sommets de médiocrité. Médiocrité morale. Médiocrité politique. Médiocrité arithmétique. Et le pire, c’est que cela ne surprend plus personne quand on sait ce que cet  "enfant barbare" a fait de notre pauvre école en un mandat, plus de ravages qu’Attila n’en fit en territoire romain.

 

Reprenons le texte : "Je propose que tout enseignant qui voudra travailler plus puisse le faire avec 26 heures de présence dans l'établissement au lieu de 18 heures de cours, avec en contrepartie une augmentation de son traitement de 25 %, soit près de 500 euros net par mois".

 

Puis le candidat président d’ajouter : "Nos enseignants sont mal payés car ils sont trop nombreux"  tout en précisant, par la même occasion que "le dispositif sur les heures supplémentaires, critiqué par l'opposition, a surtout profité aux professeurs".

 

Reprenons donc pédagogiquement et avec rigueur la cible, la nature et les présupposés de cette proposition.

 

Les jeunes "profs" vont trinquer

 

L’ensemble de la profession éducative est-il concerné par cette mesure ? Absolument pas. Seuls les enseignants du secondaire (professeurs étant certifiés ou agrégés et opérant dans les collèges ou les lycées) sont concernés.

 

Nicolas Sarkozy a même tenu à "exonérer", de la règle macabre du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, les effectifs du primaire. Ce qui est une nouveauté dans son discours.

 

Une salle de classe d'un lycée parisien (POUZET/SIPA) 

Une salle de classe d'un lycée parisien (POUZET/SIPA).

 

La grande majorité de ces enseignants étant certifiés, c’est-à-dire qu’ils ont obtenu le concours du CAPES, il est donc bien question de revenir sur le décret de 1950 qui fixe leur temps de présence devant les élèves à 18 heures hebdomadaires. Tous les professeurs du collèges seront-ils contraints de faire 26 heures ? Certainement pas à en croire la formule employée : "tout professeur qui voudra".

 

La mesure ne concernera donc que le personnel volontaire. Mais il s’agit ici d’un mirage, semblable à ceux que l’on propose aux caissières pour le travail dominical : ceux qui sont déjà en place auront ce choix, quand il sera imposé de facto à tous ceux qui arriveront dans la profession. Une mesure pour le moins surprenante à l’heure où l’Education Nationale peine à recruter des professeurspuisque en 2011, 4880 places soit 20% des postes offerts n’ont pas été pourvus, faute de candidats.

 

Un financement flou 

 

La mesure est-elle "finançable" ? Nicolas Sarkozy n’en dit rien mais en continuant de puiser dans les ressources du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, nul doute que l’arithmétique viendra rassurer les suspicieux.

 

Une autre arithmétique plus lourde de sens risquera, pourtant, de se faire sentir, car à encadrement moindre, il y a fort à parier que les effectifs de classe vont grossir, tant et encore, alors que dans bon nombre d’établissements on arrive déjà à 30 élèves par classe au collège, et 35 au lycée. De quoi vendre comme des petits pains ces fameuses heures qui permettront de diviser les classes et de travailler en plus petits groupes.

 

En d’autres termes, pour travailler dans des conditions décentes, acceptez de travailler 44% de temps supplémentaire.

 

De la démagogie à l'arnaque 

 

La mesure est-elle financièrement "avantageuse" pour des professeurs qui ont vu leur pouvoir d’achat considérablement baissé ces dernières années ? Non seulement il faut répondre par la négative, mais, alors que l'on ne pourra me suspecter de plagier quelconque discours syndical, il faut le dire tout net : la proposition de M. Sarkozy est une arnaque, digne des pires camelots qui soient.

 

Son étiquetage est fallacieux, et il a caché le prix d’origine pour faire croire à une aubaine.

 

Résumons la situation :

 

Aujourd'hui : un professeur qui ferait 8 heures supplémentaires hebdomadaires, se verrait payé son salaire de base (2000 euros environ pour un professeur de 35 ans), accompagné de 8 heures payées à 25% de plus (tarif identique qu’il soit en public ou en privé), heures qui depuis 2007 sont défiscalisées. Cela amènerait à un total de 3000 euros mensuel, dont 1000 euros sont défiscalisés

 

Avec la proposition de Nicolas Sarkozy, ce salaire passerait donc à 2500 euros par mois entièrement fiscalisés ! En d’autres termes, non seulement les enseignants qui feraient 8 heures de plus par semaine, toucheraient 500 euros de moins mais ils devraient déclarer 500 euros mensuels de plus aux impôts, suffisant pour les faire passer à une tranche l’imposition supérieure! De la pure escroquerie !

 

Travailler plus pour gagner moins 

 

Mais finalement, que faut-il retenir de cette proposition puisque, visiblement, chiffres à l’appui, le professeur ne gagnera pas d’argent puisqu’il en perdra ? Le raisonnement est simple et simpliste. Il tient en un syllogisme.

 

Prémisse majeure : les professeurs ne travaillent pas suffisamment. Et ce même si toutes les analyses montrent qu’un professeur avec les copies, les préparations, les conseils et les réunions explosent les 40 heures hebdomadaires.

 

Prémisse mineure : si l’école échoue c’est avant tout parce que les professeurs ne travaillent pas assez. Et n’allez pas parler de méthode, du fait que notre "enfant barbare" a détruit la formation des enseignants, ou encore que le problème c’est avant tout que les élèves, eux, ne travaillent plus suffisamment faute d’un apprentissage des leçons.

 

Conclusion : les professeurs doivent travailler plus. 

 

Et à cet échafaudage fumeux, il rajoute un argument : "Nos enseignants sont mal payés car ils sont trop nombreux".

 

En quoi le nombre d’enseignants est-il en rapport avec le salaire qu’il touche ? Si tel était le cas, les70000 suppressions de postes auraient abouti à une augmentation substantielle de leur revenu ? Si tel était le cas, ils auraient été mieux payés dans les années 90 quand on recrutait à tour de bras parce qu’ils n’étaient pas assez nombreux ?

 

La vérité c’est que Nicolas Sarkozy n’est pas seulement un camelot sans âme qui tente de vendre sa marchandise. Nicolas Sarkozy est un fossoyeur car il n’a que faire de l’école publique qui, dans son esprit, représente le premier pôle de dépense d’un budget qui sans elle, serait allégé de 23%.

 

Le doux rêve de notre président serait de mettre en place, comme outre-Atlantique, une école à deux vitesses, où l’efficacité et les bonnes méthodes seraient payées par ceux qui en ont les moyens. Et dans son commerce misérable, Nicolas Sarkozy ne se contente pas de faire la nique à l’école publique. Il troque littéralement le pilier central de notre devise républicaine : égalité.

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Published by Yves Delahaie - dans De l'éducation
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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