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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 18:24

bin laden dead mort time squareLe 13 septembre 2001, Jean-Marie Colombani, alors Directeur du Monde, signait un éditorial rendu célèbre. Evoquant les attentats qui touchèrent New York, il écrivit cette sentence qui restera dans l’histoire : « Dans ce moment tragique où les mots paraissent si pauvres pour dire le choc que l’on ressent, la première chose qui vient à l’esprit est celle-ci : nous sommes tous Américains ! ».

La guerre des mots avait eu lieu entre Libération qui présenta sa une sans titre (un comble pour ce journal qui en faisait sa marque de fabrique) comme pour montrer que les événements étaient indicibles et l’édito de Colombani qui explique que les mots sont trop « pauvres » pour exprimer le choc. A coup sûr, il avait trouvé la formule.

Dix ans sont passés. Oussama Ben Laden vient d’être tué d’une balle dans la tête. Dix ans plus tard. Mais aujourd’hui, nous pouvons le dire : nous ne sommes pas tous Américains.

Tout d’abord, il y a ces scènes de liesse dans les rues de New York, que nous avons découvertes, abasourdis, en nous levant lundi matin. Une joie, dépourvue de pudeur, qui éclata dans la rue, jusque très tard dans la nuit, et même jusque Washington. Je me souviens des manifestations de joie, le lendemain du 11 septembre 2001 dans certains pays arabes. Certes, ces manifestations avaient été parfaitement instrumentalisées, surtout dans des pays où il est quasiment impossible de s’exprimer dans la rue, y compris pour exprimer sa joie. Mais elles avaient profondément choqué l’occident, et tout particulièrement les Américains, touchés alors dans leur chair, et qui voyaient dans ce spectacle cruel, une double peine. Comment dès lors accepter pareille démonstration quand dix années plus tard, celui que l’on qualifia de « cerveau de ses attentats » est abattu d’une balle dans la tête (tout un symbole pour ce cerveau) ? Pourquoi ne pas faire preuve de réserve aussi ? On peut comprendre que les proches des victimes puissent ressentir un soulagement, une joie, qu’ils aient au fond d’eux un sentiment de vengeance assouvi. C’est humain. Mais de telles manifestations ne font pas honneur à un pays civilisé comme les Etats-Unis. Surtout dans un contexte où l’alerte terroriste est à son maximum : une telle provocation était-elle utile ? Un peu de dignité eut été préférable, comme en Europe où les réactions furent plus mesurées… Certains diront que c’est l’Amérique qui avait été touchée, pas l’Europe, et que la comparaison ne vaut pas entre la mort de plus de 3000 humains et celle d’un seul homme. Pourtant il est des symboles qu’il convient parfois de travailler. Obama n’a pas particulièrement cherché à montrer la voie au peuple américain.

Bien au contraire : en proclamant « Justice est faite », il a laissé la voie à ces manifestations de joies démesurées et déplacées. Et ses précautions qui visaient à rassurer sur la nature des opérations (Ben Laden devait être capturé, pas nécessairement tué), ou à se prémunir d’un quelconque relâchement en rappelant que la menace n’a pas pour autant disparu, n'ont guère convainu. Il est clair que l’annonce spectaculaire d’Obama, qui scelle d’ores et déjà sa réélection, avait tout du happy end d’un blockbuster américain, le plus long que les studios d’Hollywood n’ait jamais produit.

« Justice est faite » : comment peut on accepter cette sommation quand la justice se résume à une balle dans la tête ? Est-ce la réponse la plus appropriée à un pays civilisé ? « Œil pour œil » : la justice divine doit-elle l’emporter sur la justice des hommes ?

Soyons honnête : un procès n’aurait pas apporté grand-chose en terme de connaissances historiques. Il n’y a qu’à voir comment le français se revendiquant d’Al Quaïda s’était comporté lors de son jugement. Mais quand bien même : même si elle est imparfaite rien ne remplace une décision de justice. Le désir de vengeance relève de l’humain ; celui de la condamnation relève de la société. On attendait pour un tel criminel que la société s’occupât de son sort.

Et que dire de François Fillon, Premier Ministre de Nicolas Sarkozy, qui reprend servilement l’expression sur le plateau de France 2 : « Pour les victimes, justice est faite » ? Dans un pays qui a aboli la condamnation à mort en 1981, cela fait un peu désordre… Mais vingt-quatre heures après avoir célébré à Rome la béatification de Jean-Paul II, il faut croire que l’esprit de la République a pris de l’ostie dans l’aile !

Non décidément, non, nous ne sommes pas tous Américains dix ans après.

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Published by Yves Delahaie - dans De l'actualité
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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