Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 20:53

Le duel était attendu. Contrairement au précédent datant d’il y a quinze jours, qui finit en eau de boudin, à cause d’une Marine Le Pen qui se liquéfie de jour en jour, faute d’un programme cohérent et d’un grand écart impossible entre la nouvelle devanture de sa boutique et la sombre réserve du passé, Laurent Fabius allait bien débattre avec le président candidat. Sur Twitter, on riait d’avance de voir un mari rencontrer l’ex de sa femme. Il y en aurait donc pour tous les goûts.

 

David Pujadas et Nicolas Sarkozy sur le plateau de

David Pujadas et Nicolas Sarkozy sur le plateau de "Des paroles et des actes" le 6 mars 2012 (WITT/SIPA).

 

Mais le combat tourna court. Trop court. Et les twittos d’avoir vite fait de comparer Fabius à Mormeck à l’image d’Audrey Pulvar qui ne put cacher son agacement continu durant le débat. Et on la comprend.

 

Tweet qui compare le combat Sarkozy/Fabius à Mormeck/Klitschko (capture d'écran).

Tweet qui compare le combat Sarkozy/Fabius à Mormeck/Klitschko, retweeté par Audrey Pulvar (capture d'écran). 

 

Contraint de répondre tant ses attaques furent faibles, comme celle qui consista à redire par des mots ce que Pujadas avait déjà montré en vidéo concernant la prestation de la lustre précédente du futur président dans "A vous de Juger", Laurent Fabius parut comme mal préparé à la tornade qui s’abattit sur lui.

 

Il faut dire que Sarkozy ne laissa même pas Fabius terminer sa première saillie qu’il passa à l’abordage en se rappelant au bon souvenir du persiflage de l’ancien Premier ministre à l’égard de François Hollande : de la "fraise des bois" à l’homme sans carrure, la fronde rappela amèrement que la primaire était une formidable machine à baffes. On n’imagine ce qu’il serait advenu si Martine Aubry avait remplacé Fabius avec la légende de la "gauche molle"…

 

En termes de répartie, Fabius n’eut qu’un attendu et fort peu original : "votre bilan, c’est votre boulet". Mis à part l’allitération en labiales introductives, on peut douter que la vanne rentre au panthéon de celles qui voient trôner avec majesté : "vous n’avez pas le monopole du cœur" ou encore "l’homme du passé" / "l’homme du passif"…

 

Puis il y eut des "élégances" : du Tartuffe, au "j'ai pas beaucoup de leçons de style à recevoir de quelqu'un qui militait pour que Dominique Strauss-Kahn accède à la présidence de la République" lancé par Nicolas Sarkozy, répondait aux "violences", atténuées en "virulences" d’un Fabius qui baissait la garde à chaque passe d’armes.

 

Sur la rhétorique, assurément, il n’y eut pas de match et Fabius parut bien livide, comme dénué de passion. Aurait-il accepté l’invitation malgré lui ?

 

Mais quid du débat d’idées, du débat sur le fond ?

 

Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius ont certes débattu du pouvoir d'achat et du chômage, mais on ne retient pas grand chose, si ce n’est une énorme partie de ping-pong entre les deux hommes. Fabius tentait de mettre en difficulté un président au bilan calamiteux – mais qui l’ignore ? – et en face, un candidat niait et tentait par tous les moyens de faire de bons mots sur des détails insignifiants pour les Français. Avec un net avantage pour le président sortant, qui sembla plus vif dans ses réparties.

 

Et l’image que l’on gardera de ce débat, c’est ce gros plan que nous a offert France 2, sur la note que consultait Nicolas Sarkozy pour son débat : 

 

Capture d'écran.

 

Édifiant. Car Nicolas Sarkozy avait commencé son émission en reprochant au camp "d’en face" de trop le critiquer ce qui montrait à l’en croire qu’il n’avait rien à proposer. Et qu’a-t-il entre les mains ? Une note avec pour titre : "petites phrases de Laurent Fabius sur François Hollande"". Comme un aveu en écho à ses déclarations liminaires.

 

Oui de petites phrases, pour un petit débat qui résument une petite campagne en somme. 


"Si 'la guerre des deux' perdure, c’est la certitude de l’échec et, partant, la certitude du clash. (…) Le combat camp contre camp fait immanquablement le lit de la démagogie. C’est la surenchère des promesses. (…) Cette bipolarisation, cette guerre des deux, porte en elle le crétinisme de la démagogie."

 

Ces mots datent d’août dernier et sont de la plume de François Bayrou, dans "2012, Etat d’urgence". Ils n’ont rien perdu de leur pertinence. Que cette hydre bipartite est débilitante…

Partager cet article

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche