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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 20:48

Ce jour-là sera à marquer d’une pierre blanche. Il y avait déjà eu le tsunami Lapix. Il y aura l’attentat suicide dans "Des paroles et des actes". Marine Le Pen avait prévenu : elle ne débattrait pas avec Jean-Luc Mélenchon. Toute l’émission reposait sur ce suspense. Qu’allait-il donc arriver au moment où le président du Front de gauche allait venir sur le plateau ?

 

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sur le plateau de France 2 le 23 février (Capture Le Plus)

 Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sur le plateau de France 2 le 23 février (Capture Le Plus)

 

Il faut bien l’avouer, la réalisation a mis les petits plats dans les grands : en fond, sur le gigantesque écran plasma, Mélenchon et son équipe en coulisses apparaissaient alors qu’elle était interrogée par Fabien Namias.

 

L'odeur du soufre

 

Entre temps, François Langlet avait en vain demandé des réponses précises sur ses directions économiques, tant sur les fameux 3% sur lesquels elle avait trébuché dans "Dimanche+", que lefantasme des fausses cartes vitales, ou sur la dévaluation ou les épargnants français qui se retrouveraient avec 20% de moins. Une pure incantation face aux interrogations légitimes du journaliste économique et les demandes réitérées de David Pujadas.

 

Il y eut le débat, plus que courtois avec Henri Guaino. Peu éclairant et c’en était même à se demander ce qui finirait par les différencier sur le fond. Mais ce sera au candidat Nicolas Sarkozy de tenter de le faire.

 

Et puis Jean-Luc Mélenchon est apparu. Il commença comme si de rien n’était. Comme si. Car tout le monde savait. Et pour cause : tout le monde en parlait et pressentait l’odeur du soufre. Sa question, assez fine par ailleurs sur la question de l’avortement de confort, fut donc formulée.

 

 

Dédaigneuse, le regard rieur, l’attitude, hautaine, Marine Le Pen a alors bu d’un geste presque maniéré, trop délicat pour être honnête : elle ne répondra pas. Fuyant le regard, elle a très vite donné raison à ceux qui pensaient qu’elle redoutait le débat. Et ses minauderies n’ont trompé personne.

 

Le débat n’aura donc pas lieu. Jean-Luc Mélenchon lancera ses invectives, habilement centrées qui plus est sur sa politique familiale, cœur névralgique du hic qui empêche de voir le FN de Marine Le Pen comme un nouveau FN, car la femme y garde le rôle précaire de la femme au foyer, choyée à grands coups d’allocation qu’on refusera à celui qui travaille mais qui n’est pas Français. Marine Le Pen répondra, de manière mécanique et peu crédible que Mélenchon, en l’insultant, avait insulté ses électeurs potentiels. Autant l’argumentation pouvait être éventuellement perçue (à défaut d’être partagée) sur le plateau de Laurent Ruquier samedi soir lorsqu'elle évoqua notamment la une de l’étron de la discorde, autant l’argument parut fallacieux à souhait, surfait, prétexte à ne pas répondre.

 

Une parodie de débat

 

La parodie dura jusqu’au bout et une seule question nous brûle les lèvres : à quoi donc a servi David Pujadas dans cette affaire ? Pourquoi n’avoir pas interrompu cette mascarade puisque Madame Le Pen en refusait le jeu ? Pourquoi ne pas avoir laissé seulement Mélenchon parler, puisqu’elle refusait d’utiliser son temps de parole si ce n’est pour refuser de débattre ?

 

N’est-on pas en démocratie ? Le débat n’est-il pas l’essence même de ce qui nourrit notre République ? Marine Le Pen s’est sentie insultée parce que Mélenchon la traitait notamment de "semi-démente" : mais qu’elle l’attaque en justice, elle qui cumule les procès en tous genres. Le propre de la démocratie n’est assurément pas de refuser le débat.

 

Et quelle hypocrisie lorsque l'on sait qu’elle a collé deux procès au présentateur Laurent Ruquier,ce qui ne l’a pas empêché de venir sur le plateau d’"On n’est pas couché" et de parler avec l’incriminé. Pourquoi aurait-elle donc agi différemment face à Mélenchon si ce n’est parce qu’elle craignait l’affrontement ?

 

On se souvient comment le candidat du Front de gauche avait été pertinent lors de leur dernier bras de fer, le jour de la Saint-Valentin lorsqu'il avait expliqué que les microbes ne décryptaient pas les cartes d’identité.

 

 

Marine Le Pen se revendique la candidate du peuple et de la démocratie puisqu’elle se présente aux élections, mais elle n’en accepte pas les règles. Pour elle, l’affrontement n’a de sens que s’il lui donne des lettres de respectabilité.

 

La démocratie ne peut se permettre un tel luxe. Et lorsque l'on valse à Vienne en de fâcheuses postures, lorsque l'on légitime les écarts de papa et ses évocations encore plus fâcheuses, pour ne pas utiliser un suffixe encore plus juste, (lui qui évoque le poète antisémite Robert Brasillach) ou lorsque l'on abrite dans son parti des militants, des cadres qui déclarent vouloir, encagoulés, attacher à un arbre une journaliste (Caroline Fourest), nue en pleine forêt, pour la laisser en proie à toutes les démences, sous le prétexte qu’elle ne partage pas vos idées et qu’elle l’exprime haut et fort, alors oui, peut-être n’avez-vous pas votre place en démocratie !

 

 

Et la sentence s’impose d’autant plus lorsque l'on dénigre celui qui est votre égal, puisqu’il se présente au même titre que vous, au suffrage universel, en le rebaptisant de "leurre" ou de "voiture balai de M. Hollande". Et que dire de la lecture d'un journal en pleine allocution de son contradicteur. Mépris pour la démocratie.

 

Marine Le Pen a tout simplement implosé. Sa petite vitrine, savamment organisée, pour cacher la remise si nauséabonde n’a pas tenu à l’émission jeudi soir. La petite boutique de Marine Le Pen a implosé en direct. Le grand écart entre les anciens démons et ses nouvelles marottes n’a pas tenu. Nul ne sait si les électeurs confirmeront cet effondrement spectaculaire de celle qui voulait devenir aussi grosse… que son père.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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