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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 07:46

L’histoire marquera au fer rouge ceux qui, aujourd’hui, revendiquent fièrement appartenir à la droite. Car, si les médias pointent avec une fascination quasi morbide, la descente aux enfers de François Hollande dans les opinions favorables, ils en oublient que cet effondrement dans les abysses n’est nullement le fruit d’un combat digne et légitime de la part de l’autre tête de l’hydre bipartite.

Les années Sarkozy auront marqué un tournant, que d’aucuns ont baptisé avec fierté « la droite décomplexée ». Cette droite qui ose tout, et qui surtout part d’un postulat, factice, selon lequel des tabous brideraient la liberté de parole en France. Cette prétendue libération de l’expression a surtout été l’occasion d’un déchainement idéologique sur des bouc émissaires : les pauvres, les assistés, les musulmans, les fonctionnaires ou encore les Roms. Ainsi, le débat sur l’identité nationale ou cet autre sur la laïcité n’avaient fait qu’attiser des haines et des tensions, séparant les Français entre eux.

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Mais l’entre deux tours de la présidentielle apporta quelque chose de nouveau. Patrick Buisson emmena dans son ténébreux sillon un président sortant prêt à tout pour ne pas perdre. Dans le spot de campagne, on vit alors apparaître un panneau « douane » écrit en français et en arabe. A Toulouse, on agita la notion de frontière. Puis Nicolas Sarkozy s’amusa à piller dans la besace de Marine le Pen en agitant une improbable présomption de légitime défense des forces de l’ordre.

La coup manqua d’assez peu. François Hollande fut élu et Nicolas Sarkozy contraint de prendre le large. La droite eut alors le choix : exiger un droit d’inventaire pour recomposer une droite moins attirée par son extrême, ou bien encore poursuivre ce chemin de la radicalisation. Ceux qui tentèrent la première voie, à l’image de Roselyne Bachelot furent crucifiés sur le champ.

Aujourd’hui, qu’est devenue la droite ? Un gigantesque zoo qui n’est même pas capable de trouver son chef. N’ayant trouvé que pour seul os à ronger « le mariage pour tous », alors qu’elle n’avait eu de cesse de dire que ce sujet n’était pas la priorité des Français et que le gouvernement l’utilisait pour faire diversion, elle s’enfonce jour après jour dans l’indignité la plus éloignée des idéaux républicains.

Henri Guaino prétend que l’Assemblée nationale n’est pas légitime pour légiférer. Puis il accuse la préfecture de police de mentir, demande au préfet de la police de « changer de métier » (sans oublier sa Gentil-lesse à l’égard du juge du même nom estimant qu’il avait « déshonoré la Justice »).

Laurent Wauquiez défend mordicus que le référendum sur le mariage pour tous serait constitutionnel quand, dans un livre de droit, il a écrit et démontré l’inverse il y a onze ans.

Christine Boutin appelle à la guerre civile ou évoque « l’étoile jaune », quand les chefs de groupe du Sénat demande eux-même la publication des élus n’ayant pas voté comme le groupe.  

Hervé Mariton parle de « coup d’état législatif » quand on ramène trop rapidement à son gout un texte qui aura pris tellement de temps, qu’entre temps deux pays ont déjà doublé la France…

Philippe Cochet, député,  dit à l’Assemblée que le gouvernement est en train d’ « assassiner des enfants ».

Marc le Fur, député, provoque lui-même les forces de l’ordre.

Yves Albarello, député, frappe un huissier en pleine séance de travail à l’Assemblée nationale.

Cette même droite, qui rechigne à condamner les violences homophobes ou celles perpétrées contre les forces de l’ordre toute la semaine, qu’elles soient signées du Printemps français ou encore des « Jeunesses nationalistes ». Pire, quand elle s’y plie, elle n’oublie pas de rappeler que le seul responsable de la situation c’est le gouvernement, expliquant que cette violence est née de la frustration et qu’elle s’explique.

Cette même droite qui avait voulu durcir la loi avec les récidivistes, et qui trouvaient que la Justice n’était pas suffisamment sévère avec les délinquants. Les barons de la droite deviennent aujourd’hui ces mêmes délinquants. En toute impunité.

La droite n’est pas seulement irresponsable : elle est aujourd’hui indigne, paradant, main dans la main, avec l’extrême droite et des responsables du Front national pour refuser à des Français des droits, tous convaincus de leur vision suprématiste de la société. Aujourd’hui, la droite pactise avec ceux qu’elle prétendait combattre.

Ce dimanche, Yves Jégo, de l’UDI n‘en revient pas de voir certains des siens se laisser aller de la sorte : « Comment peut on se dire de centre droit et défiler côte a côte avec un haut dignitaire du #FN tout en niant la légitimité du Parlement ?! ». Oui, Monsieur Jégo, comment ? Comment en est-on arrivé à cette droite indigne ?

Publié sur Médiavox, le 22 avril 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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