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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 14:07

Alors que les Jeux olympiques de Sotchi viennent enfin de se terminer, Kiev tente de reprendre son souffle après quinze jours de révolution. Parallèle troublant que ces femmes et ces hommes qui se battent pour leur indépendance dans ce qu’ils se représentent de l’idéal européen face à l’ogre russe, et de l’autre côté, leur bourreau indirect, Vladimir Poutine, qui, à grand coups de milliards, s’est offert un panégyrique vivant de deux semaines, comme d’autres érigent sur les places publiques des monuments à leur nom.

Certains médias, le zapping de Canal plus en particulier, se sont essayés à la comparaison en superposant habilement les images de la guérilla ukrainienne à celle de la joie des sportifs qui viennent de remporter une médaille. Et de se demander s’il n’était pas dérisoire de se battre pour un podium quand d’autres le font pour sauver leur avenir. Au point même d’entendre dire que tous ces médailles seraient, à tout jamais, tachées du sang des victimes ukrainiennes.

Obscène. Et lâche. Typique de ces discussions mondaines où l’on refait le monde devant un micro, en se regardant le nombril et en s’écoutant avec complaisance, qui empoissonne le monde de l’information et des médias en France.

Pour autant, soyons clairs : fallait-il fermer les yeux sur la Poutinisation de ses Jeux olympiques ? Bien sûr que non.

Il fallait rappeler ce qu’a représenté et ce que représentera la dette financière, écologique et politique que ce choix, dont le CIO s’est purement et simplement lavé les mains. Trente-huit milliards d’euros en folies dispendieuses, absurdes et parfois dérisoires en efficacité.

Un pays qui a tenté de se donner des lettres de noblesse de tolérance quand on sait que son régime est l’un des plus liberticide qui soit parmi les nations dites démocratiques.

France-JO.jpg

Un président qui prétend respecter la loi en se présentant pas pour un troisième mandat présidentiel, mais qui trouve un homme-gigogne, en la personne de Medvedev, telles les poupées russes, un double pour mieux lui succéder et ainsi verrouiller l’appareil d’état pour des décennies. Une mascarade que la communauté internationale accepte presque sans broncher, en estimant qu’il serait de l’ingérence que de simplement exprimer une réserve sur ces pratiques, quand elle a moins d’état d’âme pour intervenir dans la politique des pays où, il est vrai, les ressources naturelles n’existent plus depuis la décolonisation qui a laissé ces territoires exsangues.

Oui, il fallait critiquer la Russie, comme un contre-pouvoir à ce rouleau compresseur médiatique et pris en otage que furent les JO. Oui il fallait relativiser les JO et les mettre dans le contexte des événements de Kiev.

Et les médias français ne s’en sont pas privés, tant la presse papier, que la radio, les chaines infos ou encore les émissions de reportage. Avec force et raison.

Las, nos politiques n’ont pas eu le même courage, loin s’en faut. De droite comme de gauche en passant par le FN qui ne voudrait pour rien au monde ternir son idylle de longue date avec le Kremlin.

Pour autant, avec quelle hypocrisie et quelle lâcheté, certains se sont mis en tête de faire culpabiliser les sportifs en leur demandant d’endosser la responsabilité que les politiques eux-mêmes n’ont pas eue ?

Le rôle du politique est de critiquer, concilier, et créer un consensus. En un mot, d’avoir un regard sur le monde et son fonctionnement. Celui du sportif est d’aller au bout de lui-même pour parvenir à l’objectif qu’il s’est fixé et pour lequel il a sacrifié parfois études, le plus souvent jeunesse, divertissement et famille afin de représenter dignement son pays. Chacun à sa place.

Quand ils concourent pour les JO, les sportifs sont coupés du monde de l’information pour ne se focaliser que sur leur objectif sportif, certains n’étant à la fête que tous les quatre ans, chaque journée entre deux olympiades n’étant planifiée qu’en fonction de cette perspective. Commencer à critiquer les sportifs Français pour leur manque d’implication dans l’acualité brûlante, rechigner sur leurs performances, voire les accabler de fêter leur réussite, c’est au mieux méconnaître le sport. Au mieux.

Et quand on voit samedi soir Laurent Ruquier interpeler Coline Mattel, médaillée à Sotchi, sur les atrocités en Russie quand il n’en a pas pipé le moindre mot la semaine précédente, quand Valérie Fourneyron, la Ministre des Sports, était sur son plateau, on tient là l’illustration la plus précise de ce que peut être l’hypocrisie à la française.


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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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