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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 17:44

Après la pédophilie, l’inceste, la consanguinité, la zoophilie et bien évidemment le gimmick qui a remporté tous les suffrages cette année, la polygamie, place à la fin de la civilisation ! Bien plus fort que Christine Boutin qui avait parlé de sa "déstructuration" et de sa mise en "danger", Serge Dassault, 87 ans et toujours sénateur a donné son point de vue sur le projet de loi sur l’ouverture du mariage aux homosexuels en présence du journaliste Frédéric Says, qui relatait le moment surFrance Culture :

"Y’a plus de renouvellement de la population, à quoi ça rime ? On veut un pays d’homos eh bah, dans dix ans, on n’aura plus personne, c’est stupide", a ainsi estimé une des cent plus grandes richesses du monde et accessoirement un des grands patrons de la presse française.

Inspiré, l’octogénaire a cru bon, ensuite, de faire un parallèle historique avec la Grèce antique :

"Regardez dans l’histoire : la Grèce, c’est une des raisons de sa décadence à l’époque. Décadence totale, bah bien sûr. C’est l’arrêt de la famille, c’est l’arrêt du développement des enfants, c’est l’arrêt de l’éducation. C’est un danger énorme pour l’ensemble de la nation. Énorme."

 

Venant d'un élu, ça fait froid dans le dos

 

Oui, c’est énorme de se rendre compte que des sénateurs, et donc représentants du législatif, puissent en France commettre pensée aussi profonde et étayée.

Plus inquiétant encore, sont les réactions des autres sénateurs UMP qui ont soupiré, un sourire gêné à en croire Frédéric Says : "Ça, ça devait arriver." Comme si personne n’était surpris. Et ces grands courageux de continuer à placer de grand républicain sur leur liste des sénatoriales, scrutin après scrutin.

Autant on peut en rire quand la sortie de route est l’œuvre d’une anonyme comme dans "le Petit Journal". Autant, venant d’un élu, ce type de raisonnement fait tout de même froid dans le dos.

Chaque jour fait son œuvre et la surenchère laisse augurer à l’Assemblée d’un débat qui sera tout sauf serein. À l’image de la déclaration de Michel Meylan (UDF), lors des débats sur le PaCS, qui, avec la délicatesse des tailleurs de diamants, avait lancé un brillant : "S'il y a des pédés ici, je leur pisse à la raie." Mieux vaut être "uro" qu’homo, à en croire certains de nos élus.

 

dassault

 

Il n’y a en réalité que deux motivations à cela.

1ère hypothèse : Les opposants cèdent tout simplement à la passion et à de l’homophobie primaire. Leur haine envers les homosexuels les rend déraisonnables et les empêche de parler du sujet de manière sereine. Les mots qu’ils emploient dépassent leur pensée. Et leur dénégation n’y change rien. Les dérapages sémantiques se multiplient : la "supercherie" d’André Vingt-trois, le "ces gens-là" de Civitas, le démonstratif simple "ces gens" pour Patrice Carvalho, député du Front de gauche, ou encore Noël Faucher, maire de Noirmoutier qui, sur Twitter, disait en mai dernier : "Bientôt on va nous dire que l’homosexualité est naturelle."

Inconscient ou conscient religieux ? Éducation ? Refoulement ? Difficile en tous les cas de ne pas qualifier d’homophobes ce type de dérapages. Et l’on en vient à se demander à quoi sert la loi de 2004 réprimant les propos injurieux ou diffamatoires "en raison de l'orientation sexuelle", puisque ces déclarations n’ont, jusqu’à preuve du contraire, jamais été poursuivies au nom de la liberté d’expression. De la même manière, Christian Vanneste fut relaxé en 2008 alors qu’il avait affirmé que l’homosexualité était inférieure à l’hétérosexualité, et même dangereuse pour l’humanité.

 

2e hypothèse : Les opposants savent très bien ce qu’ils font. Alors qu’officiellement ils se plaignent que le débat n’ait pas été ouvert et que le gouvernement souhaite passer en force, ils n’aspirent qu’à une seule chose : pourrir le débat pour provoquer le renoncement. Ce sont eux, encore, qui demandent un référendum pour que le débat citoyen puisse s’ouvrir, sachant très bien que la passion l’emportera sur la raison.

 

Les limites de la démocratie

 

Avec la peine de mort ou l’avortement, le projet de loi sur le mariage homosexuel fait partie de ces sujets qui montrent les limites de la démocratie : l’intime et le subjectif empêchent toute sérénité. Et il n’est, pour ce sujet, aucun débat qui ne saurait être dépassionné dès lors que l’on oppose les deux camps sur la question.

Pire, le débat se réduit à des monologues sans concession et sans communication engendrant des dérapages qui n’honorent en rien la pensée et qui ne peut finalement profiter qu’à un seul camp : ceux qui mettent tout en œuvre pour faire échouer le projet de loi.

En ce sens, la République se doit d’être supérieure à la démocratie : la première est fondée sur des valeurs, quand la seconde s’affirme par la majorité. Et quand en outre, sur l’ouverture du mariage aux homosexuels, la démocratie s’accorde avec les valeurs de la République, avec des sondages continuellement favorables depuis 15 ans pour l’un et le pilier central qu’est l’égalité pour l’autre, pourquoi continuer d’aussi vains palabres ?

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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commentaires

Marie Claire NEPI 02/12/2012 22:04


Monsieur Dassault fait preuve de sénilité précoce (ou pas) sur sa vision du futur (10 ans!!!). Dire que ce Monsieur est encore sénateur , cela me donne des frissons. Comme quoi on peut être bête
et être la plus grande fortune du monde, cela me rassure pour tous les demeurés de la planète. 

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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