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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 19:06

Daniel Schneidermann, qu’êtes-vous donc devenu ? Je ne m’adresse pas au journaliste qui tient actuellement la boutique de son site d’Arrêt sur images, au spameur qui inonde régulièrement les boîtes mail de ceux qui, comme moi, ont fini par le délaisser, pour leur demander de se réabonner, ni même à celui qui endossa le rôle d'écrivain quand, l’année dernière, avec votre équipe, vous avez publié "Crise au Sarkozistan".

 

Photo du journaliste Daniel Schneidermann prise le 02 octobre 2003 à Paris sur le plateau de l'émission littéraire

Daniel Schneidermann sur le plateau de l'émission "Campus" sur France 2 , le 02 octobre 2003 à Paris (M.BUREAU/AFP)

 

Non. Je m’adresse à celui qui avait éveillé notre conscience médiatique, celui qui faisait chatoyer nos dimanches midis, avec une émission qui était devenue au fil du temps le fruit défendu qui avait fait tomber notre cécité. Votre impertinence et vos chroniqueurs, de David Abiker à Judith Bernard, sans oublier Maja Neskovic, jouaient aux serpents pour nous faire déguster l’arbre de la connaissance du jeu médiatique, un jeu où la rhétorique l’emporte sur la sagesse et les devoirs.

 

Chaque dimanche était jour de fête. Combien de jeunes citoyens avez-vous formé et éduqué à l’image ? Je ne le sais. Mais j’en fais partie. Assurément.

 

Oui, qu’est-il devenu ce Daniel Schneidermann qui fut si injustement retiré de l’antenne de France 5 pour avoir décliné à l’envi la liberté de ton, si enviée mais si redoutée aussi. Un destin tragique qui m’avait ému, alors que la rédaction d’Evene.fr m’avait offert un petit stage dans ses murs, quand elle était, elle aussi, une petite structure fraîche et florissante, avant de se métamorphoseren appartements raviolis du "Figaro"

 

Je ne vous reconnais plus.

 

J’avais déjà été déçu, ô combien déçu de l’opus "Crise au Sarkozistan", dont vous aviez organisé la sortie avec un teasing digne des plus mercantiles publicistes, avec un décompte et une précommande durant tout le mois de novembre. Quitte à sortir les bonnes recettes des plus efficaces camelots : un livre offert pour trois achetés !

 

On vous pardonna ces allures cavalières : vous n’aviez point de grand éditeur pour vous soutenir et il fallut faire avec les moyens du bord.  Un beau succès tout de même que ce livre écoulé à 15.000exemplaires en moins d’un mois.

 

Mais formé à votre école, mon regard, pourtant partial et acquis à votre cause, fut assombri par une prose ankylosée de mauvaise foi et de principes auxquels vous nous aviez guère habitué. On nous promit les lettres persanes dès l’incipit – "Ce qui surprend le plus le voyageur revenant au Sarkozistan après de longues années…" –, nous eûmes à peine le droit de goûter à un pastiche coupé au vitriol, imbuvable dans l’analyse. Point d’ironie ici. Une charge sans nuance, un réquisitoire cynique, une attaque brutale, frontale, quand elle n’était pas ad hominem.

 

De la révélation d’un lifting à celui d’implants, le délit de sale gueule n’était même pas loin. Les personnages n’y étaient caricaturés que dans les illustrations. Pour le reste, ils furent d’un sordide réalisme, rendant presque cette prose grossière, dénuée de finesse, au risque de paraître dérisoire. Un crève-cœur quand on apprécie les auteurs. Les oripeaux de la métaphore n’ont jamais constitué pour autant la moindre essence d’ironie…

 

Accident de parcours ? Je voulus bien le croire. Malheureusement, ce livre fut à l’image de ce qui allait suivre sous votre plume.

 

En mars dernier, vous évoquiez le résultat des cantonales, en prétendant que l’information selon laquelle les scores du FN était en progression était de l’intox pure et simple et en regardant les chiffres bruts… Une analyse somme toute un peu courte quand on voit que, si le FN avait en effet perdu 7,41% de voix, dans le même temps, le PS en avait perdu 29,19% et l’UMP 39,6% !

 

Le FN perdait donc beaucoup moins de voix et se trouvait donc sur une dynamique nettement moins ralentie par l’abstention que les deux autres partis traditionnels. Un peu comme à la fin d’un 400 mètres dans lequel les compétiteurs courent moins vite qu’au début, tout en donnant l’impression au finish qu’ils accélèrent, quand en fait ils décélèrent moins que les autres.

 

Or, à lire le billet, on en arrivait à croire que le FN venait d’essuyer un revers électoral. Bien malheureusement, c’est le contraire qui se produisit. De celui qui croyait avoir dégoté un lièvre et qui repartit avec une motte de terre…

 

En juin dernier, vous vous emparâtes du dossier des rumeurs autour de Martine Aubry en vous enprenant violemment à Caroline Fourest. Encore une fois, en faisant parler votre idéologie avant le reste. Une étude sémantique quasi clinique des seules déclarations de l’essayiste, quand ces dernières s’appuyaient sur un livre et plusieurs articles traitant du sujet… que vous qualifiez pourtant de "dossier vide"… À vous croire presque aigri de faire partie des "fouresto-incompatibles" dont il était question dans votre billet.

 

En juillet, c’est un portrait du "Figaro" qui vous fit monter la bile. Un portrait d’Eva Joly, pour être plus précis, que vous dépeigniez alors comme sexiste. Franchement, nous fûmes nombreux à le lire, relire, et re-relire, nous ne vîmes pas cette fois-ci de mauvaise foi si manifeste dans la prose du quotidien de la majorité présidentielle, qui n’est pourtant pas avare en la matière.

 

Pourquoi alors vouloir y voir ce qui n’y était pas, si ce n’est pour faire passer votre idéologie avant l’interprétation rigoureuse des faits ? Car c’est bien de cela dont il s’agit. Chez vous, Daniel Schneidermann, les faits ne viennent pas renforcer ou vérifier l'idéologie ; c'est l'idéologie qui vient lire les faits.

 

Cela peut avoir une incidence dès lors que sa pensée subjective s’acoquine avec les contours de la réalité. Cela devient gênant, et d’autant plus criant dès lors que l’on quitte les côtes de la raison…

 

Et cela se vérifia il y a quelques jours lors de l’affaire de "Charlie Hebdo", quand vous refusâtes de vous apitoyer sur un canard qui avait choisi, selon vous, la facilité et qui sombrait dans la démagogie sans réflexion pour les vrais problèmes sérieux. Comme si s’inquiéter de l’arrivée des islamismes au pouvoir dans les jeunes républiques arabes n’avaient rien de sérieux ! Comme si l’humour ne pouvait être le vecteur décomplexant d’un sujet lourd, très lourd, et tellement plus caricaturé par l’UMP et son pseudo débat sur la laïcité que par une dizaine de dessins au demeurant fort drôles !

 

À force de vous prendre au sérieux, Daniel Schneidermann, vous avez fini par nous ennuyer. Jusqu'à vous fourvoyer. Durablement.

 

Votre art de couper les cheveux en quatre est devenu avec le temps une entreprise de démagogie au service de vos dogmes et de la santé financière de votre site. D’ailleurs, aujourd’hui, @si nous propose la deuxième aventure du Sarkozistan, histoire de remplir un peu la chaussette du Père Noël… Mais cette année, le réveillon, ce sera sans moi.

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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