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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 14:16

La nouvelle affaire « people » autour des frasques du président de la République place l’année 2014 sous les pires auspices. La politique et ses principaux acteurs sont plus que jamais décrédibilisés. De l’affaire Cahuzac aux attitudes factieuses des élus de l’opposition lors du mariage pour tous, des scandales sexuels aux faux électeurs, des affaires crapuleuses à la protection indécente que les archaïsmes de la République réservent aux plus puissants, tout concourt à faire rompre le lien qui unit le Peuple et ses représentants dans les Assemblées.

Et les premiers responsables de cette situation sont incontestablement les politiques eux-mêmes. Qu’il n’y ait aucun doute sur la question.

Pour autant, les médias d’information peuvent-ils aussi facilement s’affranchir de leur responsabilité ? Il est largement permis d’en douter.

Ce week-end nous a offert l’exemple le plus flagrant avec la publication par Closer d’une liaison qu’aurait le Président de la République avec une actrice, illustrée par des photographies floues et n’offrant aucune certitude. L’exemple même de la non-information, du faux scoop nauséabond et malveillant qui n’a d’autres objectifs que de vendre du papier dans un climat morose pour la presse papier.

Comment une démocratie, qui a placé l’information comme le corollaire de son fonctionnement, peut-elle se permettre de faire de cet excrément médiatique, une inopportunément dénommée « information » que l’on pilonne en boucle sur les chaines info ou en manchette pour leur alter ego papier ?

L’hypocrisie la plus abjecte de ce système a été expliquée, avec un cynisme rare et, beaucoup plus grave, avec l’air de prétendre qu’il n’y avait pas d’autres choix, par Natacha Polony sur le plateau du Grand Journal jeudi soir. Condamnant l’initiative de Closer, elle a ensuite prétendu qu’elle devait pour autant parler de cet événement qui était, de facto, devenu un fait politique. Ou comment on justifie sa propre pratique du voyeurisme exhibitionniste, en la travestissant sous les oripeaux de la vertu. Ad nauseam.

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Oui les médias avaient le choix de ne pas parler de ce non-événement, de cette probable chronique du quotidien d’un citoyen. Prétendre comme Christophe Barbier qu’il est nécessaire de se demander si le Président de la République n’est pas un citoyen comme les autres revient à laisser la porte ouverte à n’importe quoi. Loin de sacraliser la fonction, ce questionnement à lui seul suffit à confondre l’homme et le président, la contenu et le contenant, et contribue à plonger la démocratie dans ce qu’elle a de plus trouble. 

Oui les médias doivent se poser des questions et cesser de dire qu’ils ne sont qu’un thermomètre, un miroir qui reflète la réalité. Ils ne peuvent prétendre être le vitrier de Stendhal, car contrairement à lui, ils peuvent et doivent même hiérarchiser l’information, la classer, et donner une ligne éditoriale.

Ainsi quand on les voit frétiller autour des Municipales parisiennes, qui sentent le soufre, ou encore vers les villes qui risquent de basculer dans l’escarcelle du Front national, celles de Lille ou de Bordeaux sont complètement occultées. Pourquoi ? Parce qu’elles seraient jouées d’avance. Comme si savoir pourquoi ces majorités municipales sont stables, plébiscitées et crédibles aux yeux des citoyens, à l’abri de toute insurrection nationaliste, dont les forces sont stériles dans ces territoires, ne constituent pas en soi une information.

A vouloir chercher à tous prix, pour l’audience ou en quête d’un lectorat perdu, le parfum du drame, les médias perdent tout sens commun. Les Français qui travaillent, pas ceux qui twittent dans le métro parisien en costume cravate en allant au bureau, sont bien loin des liaisons extraconjugales d’untel, ou de la rivalité féminine qui pimente la course vers l’Hôtel de ville de notre capitale. Pour eux, c’est l’emploi, leur pouvoir d’achat ou encore l’éducation de leurs enfants qui demeurent l’essence même de la vie.

Il serait urgent de convoquer des états généraux des médias et de la presse. Ne serait-ce que pour prendre conscience que l’information est fragile et fragilisée, et qu’ils sont autant influencés par la réalité qu’ils ne l’influencent elle-même.

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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