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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 19:48

Alors que les trois dernières présidentielles ont été férocement suspectées d’irrégularités, ces derniers mois, la campagne pour la présidentielle 2012 commence de la pire des manières pour les deux représentants de l’alternative bipartite.

 

François Hollande et Nicolas Sarkozy à Egletons en Corrèze le 28 avril 2011 (P. WOJAZER/AFP)

 François Hollande et Nicolas Sarkozy à Egletons en Corrèze le 28 avril 2011 (P. WOJAZER/AFP)

 

Rappelons-nous les précédents : la validation des comptes de campagnes de Balladur malgré les doutes concernant l’affaire Karachi, les enveloppes de Liliane Bettencourt qui avaient fait trembler la République sans oublier l’histoire des valises qui aurait pu ébranler Chirac mais aussi Jean-Marie Le Pen (d’où la discrétion de Marine Le Pen, qui se fait passer pour Madame Propre, dans cette affaire).

 

D’un côté, Nicolas Sarkozy. Il est le président sortant et ne s’est toujours pas déclaré. Mais l’éternel candidat de la République, doté d’omnipotence et d’ubiquité s’offre aux frais de la République un véritable tour de France ressemblant fort à des meetings. Avec des prises de paroles qui n’ont strictement rien à voir avec les compétences du président de la République, comme lorsqu'il plagie François Bayrou, et se rend compte que le "produire français" devient grand public.

 

Le président des Français

 

Est-il nécessaire de rappeler que le président de la République n’est pas le président de la Droite, mais des Français, de tous les Français et qu’en sortie officielle, toutes ses déclarations ou autres piques envers ses rivaux, même en aparté, est considéré au mieux comme un hors-sujet, au pire comme l'aveu inconscient de la frauduleuse utilisation des deniers de l’Etat pour financer de manière détournée une campagne présidentielle ?

 

On se souvient que l’Elysée avait été épinglé par la Cour des comptes pour son recours immodéré aux sondages, faisant passer la demeure du président des Français pour un QG de l’UMP. Avertissement sans frais, qui plus est !

 

On se souvient aussi du dernier quinquennat qui révéla toutes les coulisses du financement de l’UMP à grands coups de partis satellites. La palme revenant à une de ses forces d’appoint électoralement, le Nouveau centre qui s'est financé par une fusion artificielle avec un parti tahitien afin de contourner la loi de financement des partis politiques. Et c’est l’affaire Bettencourt qui avaitfait tomber le trésorier de l’UMP, à savoir Eric Woerth. On voit donc que la loi des financements des partis, modelée en 1990, aura fait long feu dans sa vocation à assainir la situation.

 

Quid au PS ?

 

Mais l’Elysée n’est pas la seule à piper les dés. Le PS s’en sort extrêmement bien et l’on se demande si ses cadres sont les mieux placés pour jouer les effarouchés.

 

Dans la guéguerre stérile du bipartisme que se livrent les deux grands, le PS s’était plaint auprès de la commission sur les frais de déplacement du président Nicolas Sarkozy "qui relèvent d'actes de propagande" selon ses propres termes.

 

L’UMP, par la voix de Franck Riester, secrétaire national en charge de la communication de l'UMP,avait alors demandé à la CNCCFP (Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements des Partis) si, dans le cadre de la primaire, "les dépenses engagées par les chaînes de télévision et de radio (devaient) ou non être intégrées dans le compte de campagne du candidat socialiste".

 

Mal placée l’UMP. Même si la question méritait d’être posée. Si la primaire socialité a été un bel exemple de démocratie, nul ne pourra nier qu’elle a constituée une tribune privilégiée que le CSA n’a d’ailleurs pu que contester qu’après coup sans effet rétroactif… Pourtant la CNCCFP n’a pas donné suite aux réclamations de l’UMP : "Sous réserve des observations éventuelles du Conseil constitutionnel, la commission considère (...) que de telles dépenses, qui n'ont pas été exposées directement au profit du candidat désigné in fine et en vue de son élection, n'ont pas à être rattachées à son compte de campagne", écrit le président de la commission François Logerot au secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé.

 

"Les dépenses engagées lors de ces émissions se rapportent à des confrontations contradictoires entre plusieurs pré-candidats du même parti, en vue de la désignation de l'un d'entre eux",enchaîne-t-il avant s’expliquer que "toutes les questions relatives à l'appréciation des temps de parole politique dans les médias relèvent exclusivement du CSA." 

 

Les autres partis spoliés

 

Incroyable conclusion qui bafoue clairement, non pas l’UMP qui comme on l’a vu s’est "goinfré" avec les déplacements présidentiels, mais l’ensemble des autres candidats, et la démocratie dans son ensemble. Au nom de quoi l’UMP et le PS seraient-ils au-dessus des règles d’équité en termes d’images médiatiques et surtout de financement ?

 

La primaire socialiste a mis en concurrence les candidats, protesteront certains. La délicate maire de Lille a fait plus de mal à Hollande qu’aucun de ses adversaires ne le fera dans la véritable course, rétorqueront d’autre. Pourtant, qui peut nier, qu’au sortir de la primaire, Hollande était crédité de 39% des intentions de vote au premier tour ? Qui peut oser contester que ces primaires, mises en exergue comme jamais par la télévision, y compris le service public, n’ont pas été une rampe de lancement considérable pour la candidature socialiste ?


Le système français est profondément injuste. Tous les autres partis, du Front de Gauche au MoDem, du NPA au Front National, des Verts au CNPT, sont spoliés dans ces deux cas. Les deux grands partis bénéficient d'un avantage quasiment décisif dans cette campagne : ils sont déjà largement gagnants dans le rapport médiatique et dans les financements puisque ces derniers sont annexés sur les législatives. Ces scrutins majoritaires poussent en effet à voter utile dès le premier tour. L’argent est le nerf de la guerre démocratique qu’on se le dise.


Lors des élections intermédiaires, bon nombre de "petits partis" ne peuvent pas présenter des candidats dans toutes les circonscriptions faute de financement. Les banques refusent d’ouvrir des comptes de campagne à ceux qui n’ont pas l’assurance d’obtenir les 5% nécessaires mais prêtent à qui mieux mieux à ceux qui n’ont même pas besoin d’emprunter mais qui arrivent en ouvrant un compte avec l’argent de la campagne au comptant.

 

La présidentielle qui s’ouvre se veut plus égalitaire. Pour autant, il lui faudra également jeter son nez dans notre démocratie cramoisie, car il semblerait que, malgré les 300 ans de la Révolution française, certains privilèges ne soient pas complètement abolis. Lorsque l'on n'est pas issu de l'hydre bipartite, point de salut. Ni de justice.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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