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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 14:25

Alors que la France s’enfonce jour après jour dans une tourmente, mal contrôlée, montrant que François Hollande a eu tort de faire sa campagne en occultant les efforts qu’il allait demander aux Français, un serpent de mer est venu faire son retour dans le débat public. La comptabilisation du vote blanc.
Le vote blanc serait l’alpha et l’omega de la démocratie moderne, qui, à en croire certains, permettrait de canaliser la colère de ceux qui ne se sentent pas représentés et qui se retrouvent contraints et forcés de se réfugier dans l’abstention et dans les extrêmes.

Durant la présidentielle 2012, François Bayrou en avait fait un volet de la moralisation de la vie publique, quand Bruno Gaccio avait sorti un argumentaire sur la question l’an passé intitulé Blanc c’est pas nulUn site consacré au « Parti du vote blanc » a même vu le jour.

 Nos élus ne semblent pas partager cet élan avec autant d’enthousiasme et s’ils ont effectivement voté la semaine dernière une proposition de loi reconnaissant le vote blanc, qui fera ainsi différence avec les votes nuls… mais seulement après les municipales.

Faut-il aller plus loin comme le préconisent certains ? Assurément, non.
Tout d’abord, il est parfaitement stupéfiant de voir les tenants d’un vote nul mesuré comme une force politique expliquer que son intégration dans les votes exprimés permettraient de faire entendre cette voix. Rien n’est plus faux.

 Qui peut prétendre ce que signifie réellement l’expression d’un vote blanc, sinon à tenter de faire croire en son omniscience ?

Les raisons qui poussent les électeurs à voter blanc, c’est-à-dire à fournir une enveloppe vide ou encore avec un papier blanc, vierge de tout nom de candidat ou de toute liste à l’intérieur, peuvent être multiples : impossibilité de faire son choix par rapport à une offre, dégoût de la vie politique, expression d’un énervement, facétieux en manque de sensations, personne ayant omis de mettre un bulletin…

En faisant apparaître le vote blanc dans les votes exprimés, l’on ne fera donc ajouter que de la confusion à la confusion et la seule chose qui serait mesurable serait alors « le parti de la non-décision » face à ceux qui choisiraient un candidat.

Par ailleurs, introduire le vote blanc parmi les suffrages exprimés ébranlerait sérieusement la légitimité des élus, qui se verraient ainsi adoubés sans recueillir la majorité absolue, mais une majorité relative, une incongruité dans des Institutions que l’on a voulues à scrutin majoritaire à deux tours pour leur donner les pouvoirs que la IVème République, justement leur disputait. On voit déjà comment certains ont présenté le résultat du 2ème tour de la présidentielle 2012, en expliquant que François Hollande, comme Chirac en 1995 avait été élu sans réunir 50% des inscrits. Et à l’heure du tout scepticisme, nos élus n’ont assurément pas besoin de cela.

La réalité c’est que la démocratie n’est pas modulable et personnalisable. Dans cette société individualiste où chacun veut seulement voir ses intérêts représenter, tout le monde fait la fine bouche et estime que la représentation est insuffisante.

Que la société française soit déçue par la classe politique, qu’elle soit agacée par son manque de transparence, par ses leçons de morales qui se résument le plus souvent à « faites ce que je dis et pas ce que je fais » est parfaitement légitime. Qu’elle refuse de jouer le jeu exigeant de la démocratie est en revanche irrecevable.

blanc.jpg

Les électeurs ne se satisfont pas des ceux qui se présentent ? Qu’ils se présentent eux mêmes, qu’ils prennent le courage de mettre eux aussi les mains dans le cambouis et qu’ils convainquent le citoyen du bienfondé de leur critique !

Voter c’est faire un choix, trancher net. Le vote blanc institué, deviendrait le contournement de la démocratie, un refuge de lâcheté pour certains, le refus de se décider pour d’autres, dans une auberge espagnole intraduisible et qui n’aboutirait qu’à une explosion imminente de notre système.

Parce que finalement, quel est le véritable problème ici ? Le véritable problème, c’est que les citoyens et les électeurs ne se sentent pas représentés. Or institutionnaliser le vote blanc ne consisterait qu’à enregistrer au mieux leur colère. Pas à résoudre leur problème.

Or la seule manière de résoudre ce problème à un nom, un mode de scrutin, unique et incontestable : la proportionnelle. Avec ce qu’il faut pour que la liste arrivée en tête puisse avoir de quoi diriger.

Est-il si utopique de voir en France imiter ce que fait l’Allemagne quand Angela Merkel, pourtant arrivée largement en tête des élections fédérales, est en passe de diriger une immense coalition de la droite à la gauche, la contraignant à proposer pour la première fois le SMIC et l’abaissement de l’âge de la retraite ? Un compromis qui fait rêver en France, où l’on préfère agiter la colère plutôt que l’apaiser.

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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