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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 20:13

Les médias ont décidé que la semaine de François Hollande s'était parfaitement passée. C'est ainsi. On a vu aussi beaucoup d'encre couler sur le face à face avec Juppé et le volet économique... et si peu sur l'éducation.

 

Rentrée au lycée Massena à Nice le 13 septembre 2001 (BEBERT BRUNO/SIPA)

Rentrée au lycée Massena à Nice le 13 septembre 2001 (BEBERT BRUNO/SIPA) 

 

Pourtant, les propositions sur l’école étaient pour le moins guettées, après des primaires socialistes qui avaient vu les candidats s’écharper sur la question. De ces débats, vifs mais sincères, était restée une proposition, claironnée comme un hymne : les 60.000 postes de l’Education Nationale.

 

Des créations de poste, certes : mais quels postes, et où ?

 

Et ce même si, au fil du temps, la proposition s'est métamorphosée en un concept pour le moins flou. Et il n’est guère besoin de s’appeler Martine pour flairer que là où il y a du flou, il y a un loup. Surtout quand  Vincent Peillon, chargé de la mission éducative dans le projet PS, s'est complu en novembre dernier dans une glose approximative, abstraite à souhait, sans donner l’ombre d’une proposition concrète. 

Autant le dire, les amateurs de gastronomie généreuse risquent de rester sur leur faim : sur la question éducative, le projet PS fait davantage dans la cuisine minimaliste. Pensez donc : sur les soixante engagements, et ce malgré un chapitre entier titré : "Je veux redonner espoir aux nouvelles générations", seuls quatre d’entre eux traitent de la question ! On sombre même franchement dans la cuisine moléculaire. Ceux qui s'étaient pourléchés les babines en espérant que les appétences d’une profession plus déprimée que jamais allaient être comblées en seront pour leur compte.  

Comme on pouvait s’y attendre, les 60.000 postes crées ne seront pas tous des postes d’enseignants, alors que Hollande avait joué sur l’ambigüité. Ce ne sont donc pas tous les postes qui ont été supprimés sous l'ère Sarkozy qui seront rétablis. Douche froide en salle des profs avec la confirmation sur le papier de ce qui était pressenti : "60.000 postes supplémentaires dans l’éducation. Ils couvriront tous les métiers". C’est bien connu, les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien y croire.

Du bon sens non plus d’ailleurs, il n’y en aura pas davantage, car la promesse de ces moyens supplémentaires sera orientée en priorité en primaire, faisant fi des analyses du HCE (Haut Conseil de l’Education), selon qui c’est bel et bien le collège qui est et reste le talon d’Achille de l’Education Nationale : "Dans l’affectation des nouveaux personnels, ma priorité ira aux écoles maternelles et primaires, car c’est là que les premières difficultés se manifestent et que l’échec scolaire se forme".

 

Les rythmes scolaires : une histoire de tourisme

La question des moyens, du moins dans le secondaire, ne semble donc plus une priorité. De là à croire que c'est l'occasion pour François Hollande de faire son mea culpa et de reconnaître que la question éducative ne peut se résumer à une question de moyens, il y a un pas que ce projet ne franchit pas.


Dans ce famélique inventaire se tortille par ailleurs un vieux serpent de mer : les rythmes scolaires, dont on sait qu’ils sont la corollaire des exigences des professionnels du tourisme, rare secteur en croissance constante et en pôle d’excellence.

 

Vacances sur l'étoile de la mort (flickr/Kalexanderson/cc)

Vacances / Flickr cc 

 

Et il n’est pas sûr que l’on sacrifie un des leviers de notre économie sur le bûcher des journées prétendument trop lourdes de nos écoliers, sauf à croire que c’est le rythme scolaire qui explique nos résultats catastrophiques.

 

De quoi faire bien rire les Coréens, au deuxième rang mondial du classement PISA, dont les dirigeants ont dû réfréner le stakhanovisme de leurs jeunes pousses (et la lubie de leurs parents) en votant une loi empêchant de donner des cours particuliers au delà de… minuit pour éviter les abus.

 

Preuve s’il en est qu’il n’y a pas de solutions miracles, et qu’il ne peut être question que de caricatures quand on prétend vouloir copier ce qui réussit là quand de l’autre côté on triomphe avec des recettes exactement inverses.

 

Pas de vraie réforme pédagogique

Pour le reste, la déception est tout aussi considérable : si la scolarisation des enfants de moins de trois ans ne rencontrera aucune opposition, de même que la formation des enseignants, dont même l’actuelle majorité regrette le sacrifice, qu’en sera-t-il de la réforme pédagogique tant attendue ?

 

"Je donnerai la priorité à l’acquisition des savoirs fondamentaux et d’un socle commun de compétences et de connaissances. Au collège et au lycée, nous transformerons, avec les enseignants, les méthodes pédagogiques. Les élèves les plus en difficulté bénéficieront d’un accompagnement personnalisé"

La priorité sera donc donnée au socle commun des compétences et des connaissances, qui privilégie tant les premières pour sacrifier les secondes : cache-misère qui garantit un socle de connaissances minimum quand il devrait assurer un socle de connaissances minimales.

 

Une perte d’ambition qui s’accompagne d’une idéologie : la pédagogie dont il faut revoir les méthodes. Formulation sibylline et dont on sait qu’en déduire : nous revient alors le spectre de Philippe Mérieu qui affirme dans "La Pédagogie, le devoir de résister que", si les réformes pédagogiques des trente dernières années n’ont pas abouti, c’est que l’on n’est pas assez loin dans l’expérimentation...

 

Des "réformes" qui pourtant ont fait des classes des laboratoires incertains tenus par des apprentis sorciers, laissant la portion congrue à une véritable transmission du savoir... 

 

Le paradoxe de la personnalisation de l'enseignement


Enfin, on l’a lu, la priorité sera donnée à la personnalisation de l’enseignement. L’école est devenue une gigantesque usine à gaz, dans laquelle l’enseignant doit répondre à deux objectifs aussi éloignés que contradictoires : la massification de l’enseignement et la personnalisation des savoirs.

 

Il n’est plus question d’amener l’élève à l’autonomie. Il faut s’adapter, c’est-à-dire se plier aux exigences et aux desiderata des élèves. C'est l’élève qui amène le professeur à lui. Ainsi plutôt que d’apprendre à un élève de faire silence dans la classe, on veillera à adapter sa pédagogie pour faire cours dans le bruit. Inique. 

Et ce manque d’autonomie, François Hollande espère le poursuivre bien au-delà du secondaire puisqu’il préconise le décloisonnement : "des filières à l’université afin d’éviter une spécialisation trop précoce des étudiants".

 

Avec l’abandon de la spécialisation, les premières années d’Université deviendront la continuité du lycée quand bien au contraire le lycée devrait être préparatoire à l’Université, une forme de propédeutique pour donner les armes aux futurs étudiants. Les armes de l’autonomie.

 

Rien de tout cela ici pour nos futurs étudiants qui auront des diplômes mais sans savoirs précis.Une vraie chair à patron à la recherche d’employés bassement payés. Très socialiste comme idée...

 

Appâter les électeurs parents d'élèves 

Alors comment donner du rêve aux parents qui sont tout de même appelés à voter ? Eh bien en faisant actionner l’arme de la démagogie et en usant et abusant de l’Etat Providence à une époque où nos finances publiques ne nous le permettront pourtant pas : "J’augmenterai de 25% (sic !) l’allocation de rentrée scolaire dès la prochaine rentrée." 25% !

 

Comme s’il s’agissait là d’une priorité ! Alors que le vrai problème n’est pas dans la somme attribuée mais dans le fait que les parents qui envoient leur enfant en primaire touchent peu ou prou la même somme que s’il l’envoyait au lycée alors que le coût de la scolarité n’est pas le même. Ce n’est pas dans les moyens que réside le problème mais dans la répartition. 

Non, décidément non, Monsieur Hollande n’a rien à proposer à l’école. Son projet a éludé la question, en ne proposant RIEN, ou en laissant entrevoir des orientations mortifères pour un secteur qui n’en finit plus de souffrir.

 

Décidément, comme je l’avais dit, l’histoire d’amour entre l’école et le PS se termine vraiment mal. Et la note risque d’être salée au soir du premier tour...

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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