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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 20:11

003 - julliardVingt-neuf ans et Vingt ans. Deux périodes que l’on peut regarder aujourd’hui avec effarement, surtout quand on n’est pas né avant elles. Surtout quand on est citoyen français.


Cela fait vingt-neuf ans, seulement, que la France, par la grâce de Badinter, lui-même père de l’abolition de la peine de mort, a cessé de pénaliser l’homosexualité. Et cela fait vingt ans que l’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, a cessé de la ranger parmi les maladies mentales.

Rendez-vous compte ce que représentent deux et trois décennies sur l’échelle de l’Humanité ! Ce je ne sais quoi de dérisoire qui fait pourtant toute la différence. 


De Stonewall à l’Europride parisienne de 1997 qui accueillit pas moins de 300.000 personnes, de la bataille du PACS au mariage de pacotille de Bègles, du coming out d’Ellen Degeneres aux révélations de Jean-Luc Romero, les dernières années sont allées à une vitesse… folle ! Incroyable accélération du temps qui compense les années de placard, de l’ombre et du non-dit.

La société vit avec son temps serait-on tenté de dire. La télévision en particulier et les médias en général ont participé à la normalisation. Sans éviter les clichés bien évidemment.


Pour autant, la politique, ou plutôt les politiques, ceux qui sont censés représenter les citoyens semblent étrangers à la chose. Tranchant pour les autres. Et non pas pour eux.


Combien en effet de personnalités politiques ont-elles révélées leur homosexualité officiellement ? Elles se comptent, en France, à la réalité, sur les doigts de la main. Et encore faut-il remarquer que seuls les hommes semblent concernés. Et les rares allusions saphiques sont réservées à des rumeurs à des fins obscènes. Bêtise quand tu nous tiens !

Cette semaine, le dernier numéro de Têtu s’intéresse au phénomène. Plus que la mise en lumière de ces hommes, car encore une fois, il n’est question que d’hommes, qui ont décidé de vivre leur homosexualité sans tabou, ni ostentation par ailleurs, l’article accouche de deux surprenantes informations.

004 - julliardEt pas d’où l’on pouvait l’attendre. Il ne s’agit ni d’une révélation faisant suite à celle de Meynard, de Romero ou de Karouchi. Ni même du témoignage de Roselyne Bachelot qui après l’affaire du PACS et la chasse aux sorcières dont elle fut victime après le rejet du projet de loi sur le mariage gay, annoncerait soudain qu’elle quitte l’UMP…

Mais de Benjamin Lancar ! L’initiateur du Lip Dub UMP. Le béotien dont on raille les maladresses. Le Président des Jeunes Pop si contesté lors de sa réélection.


Pour autant, le jeune homme détonne dans l’article de Têtu, dans un parti réputé pour son conservatisme diront les plus sobres, son côté "réac" oseront les pourfendeurs : "Je suis favorable au mariage à l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels". D’aucuns remarqueront la tournure choisir, un rien déviante d’une position plus affirmée "l’ouverture"… Il n’empêche : la ligne défendue est suffisamment rare à droite pour être relevée. 

Et le jeune conseiller régional d’Ile-de-France d’aller plus loin, quitte à fâcher les fâcheux qui approcheraient trop les fachos en l’esprit, et à donner des noms en pâture : "Je regrette que le courant conservateur ait prévalu et je souhaiterais que l’UMP condamne plus fermement les derniers dérapages. Vanneste n’a plus sa place chez nous. Et arrêtons de croire, à droite, que le mariage homo fera perdre des voix."


Etonnant chant discordant dans un concert dominé récemment par une Droite populaire dont les influences ont de quoi inquiéter à en croire, dans le même article Olivier Dussopt, Député-maire PS d’Annonay en Ardèche, qui évoquait les questions sur le bioéthique :

"A l’Assemblée, on sait qu’il y a les lobbys religieux qui agissent. Mais jusqu’au texte sur la bioéthique, je ne m’étais jamais confronté à eux. Tous les députés ont été inondés de leurs documents. Et ceux qui soutenaient des thèses réactionnaires ont été habiles :  ils n’utilisaient pas des arguments religieux explicites, mais, dans leurs interventions, on retrouvait exactement au mot près les argumentaires diffusés par les dignitaires religieux et des associations catholiques".

La Droite serait-elle sur le point de virer sa cuti ? L’avenir nous le dira.


005 - julliardLa gauche a, elle moins de souci avec le sujet. S’il n’avait qu’elle le mariage gay aurait été voté. Pour autant, les coming-out ne font pas plus légion à gauche qu’à droite. Et à l’exception notable de Bertrand Delanoë,  peu de personnalités politiques se sont osés à l’évoquer.


Voilà pourquoi, la révélation de Bruno Julliard fait office de coup de tonnerre. Connu après son opposition farouche au CPE, le jeune homme était devenu l’adjoint au maire de Paris et avait accepté de devenir secrétaire national du PS. Deux mandats d’exception pour un homme de trente ans qui ne s’est encore jamais risqué au suffrage universel direct (en dehors de la liste municipale qu’il a intégrée à Paris en 2008). Des postes convoités et une carrière en construction.


Autant de bonnes raisons de rester terré dans l’ombre concernant sa vie privée. Jusqu’à ce que Têtu ne le sollicite : "Je réponds à la question quand on me ma pose, donc j’y réponds : oui je suis homosexuel."

On pourra toujours se poser la question du pourquoi et surtout pourquoi maintenant. Certains défendent la thèse que la vie privée doit le rester et que les pans de l’existence doivent être cloisonnés.


Mais comme le rappelle Ian Brossat, Président du groupe communiste au Conseil de Paris, dans Têtu : "L’argument que l’on doit sanctuariser la vie privée, quand on est homo, est une forme d’échappatoire et de petite lâcheté. Généralement, un élu informe ses électeurs qu’il est marié ou qu’il a des enfants. Dans cette situation, l’hétérosexualité relèverait de la vie publique et l’homosexualité de la vie privée ? C’est absurde."


Et puis, n’est-ce pas faire un pas de plus vers la normalisation que de considérer que même les politiques n’ont plus peur à présent de se dévoiler ? Dès lors qu’ils s’épanouissent, n’ont-ils pas envie de montrer à tous ceux qui n’osent pas encore, qu’être gay en 2011 en France n’est plus une tare sur le plan social ?


C’est sans doute pour toutes ces raisons que Bruno Julliard explique : "Pour la qualité du débat politique, les questions de la vie privée doivent rester fans le cadre de la vie privée, mais là je fais une entorse à ce principe car je pense que ça peut être bien pour des jeunes d’avoir des exemples de parcours de vie positifs".


Il est d’ailleurs rassurant qu’il n’ait pas souhaité s’étendre davantage à La Rochelle sur le sujet… et toujours regrettable que certains médias n’aient toujours pas la maturité pour le comprendre au point d’en faire des titres…


La décision de Bruno Julliard est en tous les cas exemplaire. Faite de simplicité. Mais aussi de nécessité, il l’a bien compris, à une période où la société semble être prête à franchir le pas. Il faudra toujours des courageux. Pour aller au front. Et puis ce sera toujours mieux que de laisser vivre, dans les bas-fonds, des rumeurs.

Jusqu’au jour où chacun, naturellement, répondra spontanément à un nouveau coming-out : la belle affaire !

Publié dans le Plus Nouvel Obs, le 28 aout 2011.

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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