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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 20:48

Sa venue était attendue. Des spectateurs. Des journalistes de "Libération" apparemment. Mais aussi des animateurs eux-mêmes. Philippe Poutou n’est pas seulement le candidat du NPA à la présidentielle, lourd héritage d’Olivier Besancenot.

 

C’est le François Pignon de la nouvelle saison d’"On n’est pas couché". Certains en avaient rejeté la faute sur les hôtes qu’ils ont trouvé méprisants, s’amusant de l’ouvrier de service qui ne maîtrisait alors pas les codes médiatiques.

 


Personnellement, j’avais surtout noté que le béotien avait surtout payé un manque évident de préparation pour cet évènement et des aveux, terribles aveux, sur les manques et les dérives d’un parti qui, en dehors de ses revendications anticapitalistes, traîne derrière lui des casseroles comme l’affaire de la candidate voilée qui le place de manière incertaine dans le champ républicain.

Et immanquablement, l’on reparlera de la fois précédente. C’est Laurent Ruquier qui ouvrit le bal. Et comme à son habitude, au lieu de défendre l’équipe, il défendit sa propre personne en se plaçant d’emblée comme insoupçonnable, puisque issu du milieu ouvrier. Comme il l’avait fait face à Christophe Hondelatte, en pleine crise d’égo sur le plateau.

 

Etonnamment, Philippe Poutou confessa alors que sur le moment, il n’avait pas ressenti ce mépris sur lequel on avait tant glosé. Ce sont les commentaires de ceux qui s’étaient sentis agressés, pour reprendre les termes employés par le candidat, qui, semble-t-il lui ont fait prendre conscience du "mépris social". Tout en relativisant, en rappelant que le pire du mépris social ne se manifestait pas forcément sur le plateau de Ruquier mais davantage dans les usines. Ouf, nous voilà donc rassurés.  

 

La rancune tenace d'Audrey Pulvar

 

Et alors que l’on s’acheminait vers le programme et les idées du NPA, Audrey Pulvar, qui a la rancune tenace, voulut revenir sur l’affaire un peu plus tard. Un peu seulement puisque Philippe Poutou n’eut le droit qu’à 15 minutes de temps de parole pour respecter des règles sibyllines qui offrent, comme le rappelait avec pertinence le candidat du NPA, dans la même période, 86 heures à Nicolas Sarkozy, 62 heures à François Hollande… et 53 minutes à Philippe Poutou. On comprend donc assez mal cette volonté de respecter scrupuleusement une règle dans une même émission.

 

Audrey Pulvar donc, à la dent dure, rétorqua à son contradicteur que la critique était malhonnête en rappelant qu’à l’époque, personne ne l’avait forcé à venir – on était alors en dehors de la campagne – et lui reprochant d’avoir insinué qu’elle ne savait pas ce qu’était un ouvrier qui gagne moins de 2000 euros par mois. La légitimité proviendrait, apparemment, de votre "pauvreté" dans ce débat qui accable tant le capitalisme. En d’autres termes, Poutou s’estime victime de mépris social et pour démontrer son affaire utilise, sans coup férir, une argumentation qui revendique le mépris des castes. Le serpent qui se mord la queue.

 

Attaque mesquine

 

Pour autant, était-ce la peine, Audrey Pulvar, de sous-entendre que Philippe Poutou n’avait pas écrit de ses mains son livre, sachant qu’à l’exception notable de François Bayrou et de François Hollande, aucun politique n’est en mesure de se passer d’un nègre ? 

 

"Ce que vous écrivez dans ce livre puisque c’est quand même vous qui signez ce livre donc vous êtes engagé par les propos qui son tenus dedans…" L’attaque est mesquine car oserait-elle formuler le même reproche aux autres politiques qui sont passés par le plateau de Ruquier ?

 

Philippe Poutou, plus pugnace

 

Si Philippe Poutou ne releva pas, force est de constater qu’il fut autrement plus pugnace que lors de son précédent passage. Et cette vigueur se traduisit dans la familiarité de certaines de ses invectives, qui tranchèrent avec les hésitations de celui qui cherchait ses mots de peur de ne dire une bêtise irrémédiable même s’il ne put s’empêcher de lâcher en prélude, alors que sa syntaxe faillit : "faut que j’essaye de chercher mes mots, car là faut que j’démarre bien". On ne se refait pas.

 

Cela ne l’empêcha donc pas de se lâcher à grands coups de "putain", "on s’en fout", "foutage de gueule". Fi du mépris social, le mépris fut pour la belle langue. Mais il vaut certainement mieux un excès de naturel qu’un homme qui s’englue dans une pensée mal construite comme ce fut le cas la fois précédente. 

 

Philippe Poutou le 18 octobre 2011 à Marseille (B. HORVAT/AFP)

Philippe Poutou le 18 octobre 2011 à Marseille (B. HORVAT/AFP).

 

Pour autant, les contradictions du NPA toujours présentes

 

Pour autant, Philippe Poutou est-il parvenu à effacer les contradictions du NPA, qui avaient tant transparues alors ? Rien n’est moins sûr.

 

A la question précise qui lui demanda ce qu’il le différenciait de Mélenchon, il répondit que s’il partageait des idées et des combats avec lui, il ne pouvait pas accepter cette "idée que l’on pourrait faire quelque chose avec le PS". L’occasion de tacler le candidat des ouvriers, quand il rappela qu’en septembre dernier, en milieu de cortège d’une manifestation, le président du Front de gauche l’avait snobé jusqu’à ce qu’une caméra ne pointe le bout de son objectif. Caméra braquée sur lui, il vit enfin une main se tendre au bruit d’un "ah camarade, que je suis content de te voir"... La cécité, c’est bien connu, résiste peu aux feux des projecteurs…

 

A la question précise qui lui demanda comment il allait expliquer aux petits épargnants et aux quelque 500.000 employés de banques qu’ils allaient tout perdre quand le NPA nationaliserait les banques sans indemnisation, et annulerait la dette ce qui les ruinerait toutes, il parla alors de "foutage de gueule" et expliqua qu’il suffisait de le décider. Difficilement compréhensible d’autant que l’expropriation des banques, selon lui, deviendrait un impératif d’un point de vue social et d’un point de vue… "écologique" (sic). Puis il asséna, en mode Coué : "il suffit d’embaucher" et en mode fataliste pour les épargnants "de toutes façons en ce moment rien n’est garanti"…

 

Philippe Poutou répond ce qui lui passe par la tête

 

Et ne cherchez pas à comprendre, puisque, à vouloir des éclaircissements, Pulvar et Polony se virent répondre "vous parlez, puis je parle ? On va pas nous refaire le coup d’il y a 4 mois". En d’autres termes, elles posent des questions et il répond ce qu’il a envie de répondre et les temps de paroles seront bien gardés…

 

A la question précise de Natacha Polony qui lui expliqua, comme tenta de le faire en vain Hélène Ségara qui pourtant évoquait son destin personnel avec franchise, que sa décision de vouloir faire passer la taxe professionnelle à 50%, doublée d’une interdiction de licenciement, mettaient dans le même sac grands industriels du CAC 40 et petit maçon, il répondit par une envolée lyrique finale variée et diversifiée qui évoqua pêle-mêle la famine dans la corne de l’Afrique, la catastrophe de Fukushima et les guerres au Moyen-Orient. C’est flou, et quand c’est flou…

 

Des clartés obscurantistes

 

Mais il y eut des clartés pour le moins obscurantistes. Et l’on se demanda tout d’un coup s’il eut mieux valu ne pas laisser un voile sur certaines choses.

 

Sur le refus des valeurs républicaines, telles que le drapeau bleu blanc rouge ou encore la Marseillaise, étendards dont il conteste l’utilisation à Mélenchon dans les meetings, il évoque le colonialisme passé et l’Histoire sombre de la IIIème République raciste pour justifier ses réticences. Avant de proclamer vouloir la libre circulation des Humains comme à l’époque de la… préhistoire !

 

Sur notre Histoire nationale, tout juste consentit-il se revendiquer de Jaurès… tout en refusant l’héritage de Blum, à qui il refuse la loi des congés payés qu’il attribue à la seule grève nationale. Rajoutez à cela une lourde charge sur le traitement réservé à BHL dans l’émission qui selon ses dires ne se fit jamais couper, et certains pourront se demander à juste titre la raison pour laquelle Philippe Poutou vint à s’acharner sur Léon Blum et Bernard-Henri Lévy, généralement les cibles de personnes un peu moins placées à gauche…

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est donc que Philippe Poutou s’est bien fait entendre. Celui qui sort un livre intitulé "Un ouvrier c’est là pour fermer sa gueule !" a tenu à mettre en pratique un titre qui annonce la couleur. Pour le reste, ce sera aux électeurs de juger. Et il y a matière pour se faire un avis.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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