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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 19:30

Ce fut l’affaire Findus. Puis l’affaire du cheval de Roumanie. Ce sera finalement l’affaire Spanghero. Un scandale qui de rebondissements en révélations nous montre les cuisines parfois peu ragoutantes de notre société.

Tout d’abord il faut rappeler ce qu’est avant tout l’affaire Spanghero. Ce n’est nullement un scandale alimentaire ou vétérinaire contrairement à ce que la psychose laisse entendre. C’est avant tout l’histoire de gros sous. La sombre déclinaison écœurante et lassante de cette avidité qui pousse à multiplier les pains plus que de raison. Vendre un produit ne suffit pas. Il faut encore et toujours plus de marge. Encore et toujours plus d’argent. Quitte à falsifier quelques étiquettes. Si ce gain était en partie redistribué dans la poche des employés, l’on n’y trouverait moins à redire. Las, nul n’est dupe et personne ne peut ignorer que de tels travers riment nécessairement avec le mot « actionnaire ». Une rime millionnaire.

spanghero.jpg

On peut aussi voir cette affaire sous un autre angle : comment accepter que l’on détruise des centaines de tonnes de denrées alimentaires alors que seule l’étiquette est en cause ? La qualité de la nourriture, en termes de réglementation sanitaire, n’est nullement en cause, et certaines associations, dont le secours populaire, se sont portées volontaires pour les récupérer. Une demande qui sera rejetée pour de sombres questions d’images. Parce qu’on n’ose pas donner aux nécessiteux des produits qui, pour des raisons de traçabilité, ne peuvent être mis en vente. Un non sens à l’heure où l’Europe a annoncé des coupes sombres dans ses budgets, alors qu’elle avait déjà réduit son Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) d’un tiers l’an passé. Va-t-on continuer à se laisser porter par les vecteurs déformants de l’image et d’une prétendue éthique quand des femmes et des hommes ne peuvent même pas manger à leur faim dans notre pays, dans nos villes, dans nos quartiers ?

Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier les premières heures qui ont suivi le scandale que l’on appelait alors le « scandale Findus ». Et ce bourreau tout trouvé, celui par qui le scandale serait arrivé. Celui qui, nécessairement, forcément, incontestablement était l’unique responsable de ce trafic de viande : la Roumanie. Haro sur le baudet, tout le monde a enfourché sa selle et montré du doigt le pays qui avait revendu du cheval pour du bœuf. Manque de chance, la Roumanie n’y était pour rien. On lui avait commandé du cheval, et ses abattoirs ont envoyé du cheval. L’effondrement du cours de la viande chevaline n’a aucunement provoqué une quelconque avidité en Roumanie. Bien au contraire, cette situation a excité celle des traders et des géants de l’agro-alimentaire. Cette désignation de la Roumanie comme bouc émissaire rappelle les clichés que ce pays traîne malgré son intégration dans l’Europe. Un a priori insupportable et indigne de nos valeurs.

Enfin, et comment ne pas revenir dessus, on s’étonnera toujours de la candeur du consommateur, qui, à travers cette affaire semble apprendre que les plats préparés ne proposent pas de la qualité d’un point de vue culinaire. Le citoyen prétend découvrir, horrifié, ce qu’est le minerais de viande, produit des morceaux les moins nobles de la bête, que l’on dissimule en les hachant. Ou encore que les steaks hachés sont coupés avec des boulettes de protéines, quand il croyait manger du 100% pur bœuf. A l’heure où l’information est accessible comme jamais, il faut cesser de croire que la traçabilité suffira à « informer » le citoyen : tous ces éléments figurent déjà sur les étiquettes. Mais qui prend le temps de les lire ?

Tant que le citoyen, de lui même, ne se prendra pas en charge, tant qu’il ne s’obligera pas à entendre et écouter la pédagogie de ceux qui connaissent le système, tant qu’il préférera faire semblant de rien en attendant le prochain scandale pour changer ses habitudes alimentaires, rien ne changera.

La moralité de l’histoire est qu’il ne faut pas attendre les crises pour changer sa façon de penser, de manger, de produire ou de faire du commerce. L’éthique n’est pas un serpent de mer, qu’il convient d’agiter en tous sens quand tout s’enflamme. Et il n’est jamais trop tard pour changer.

Publié sur Médiavox, le 18 février 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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