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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 08:53

La politique est un petit théâtre cruel qui puise sa force dans l’appétence des cyniques. Les vautours rôdent deux par deux, en escadrille hermétique, s’opposant l’une à l’autre avec force vorace. Et d’un coin de l’œil, ils veillent à dépouiller l’autre, l’ennemi, d’une victime potentielle. Attaquer et veiller. Telle est la loi de la jungle politique.

 

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Grigny, le 1 avril 2012 (WITT/SIPA).

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Grigny, le 1 avril 2012 (WITT/SIPA).

 

Prenez Mélenchon. Il vole dans les hautes sphères d’une mode bobomaniaque. Un élan frénétique qui n’a aucune gêne d’avoir voté Europe Ecologie en 2009 aux Européennes et de voter Mélenchon en 2012. Ça fait bien de dire aujourd’hui que l’on vote Mélenchon. Et peu importe si le tribun, auteur il est vrai d’une brillante campagne, construit son programme à grands coups de pinceaux illusoires. Son programme est dispendieux au mieux, dangereux au pire puisque les prétendues recettes qu’il entend engranger sont fondées sur l’opposition des Français entre eux : les pauvres Français d’un côté et les salauds de riches d’un autres. Amis manichéens, vous voilà à nous servis.

 

Mélenchon cajolé

 

Mais l’homme qui a le vent en poupe est craint en haute sphère. Comme cajolé. Les unsl’épargnent poliment en espérant qu’il affaiblira l’autre camp. Les autres mettent en exergue leurs convergence de peur de ne l’effrayer quand le vrai combat, le seul qui compte, le second tour, commencera.

 

Prenez Bayrou. L’homme tend à la baisse dans les sondages. Mais la proie est précieuse : elle est du goût de l’un et l’autre camp. Pire, toujours crédité d'un score à deux chiffres, François Bayrou peut faire basculer l’élection sachant que le second tour est actuellement pointé autour de 53-54/46-47.

 

À gauche...

 

La drague au Bayrou a donc officiellement commencé. Même les néophytes n’auront pu toutefois ignorer qu’elle avait commencé il y a longtemps. Bien avant l’ouverture officielle. De manière grossière. A se demander si Allain Bougrain-Dubourg ne se serait pas fait entendre si la chasse au Bayrou avait perduré avec tant d’indécence et de précipitation alors que la campagne du premier tour n’avait même pas été lancée.

 

 

 

Le camp Hollande en avait fait de même, évoquant une place dans le gouvernement, avant de se raviser avec avoir mis tout rouge Mélenchon. L’arbitre des arbitres. Puis Hollande avait carrément changé son fusil d’épaule. Dégommer sans vouloir déguster les juteuses voix qui en découlaient. L’arrogance des riches quand on plane dans des zones stratosphériques.

 

Mais l’heure de grâce est passée, et la raison est revenue. Et soudain, François Hollande ne mégoterait à goûter une mijotée de Bayrou, histoire d’assurer ses arrières qui semblent menacés par un Jean-Luc Mélenchon tout feu tout flammes. Il rectifie le tir, en faisant amende honorable, regrettant une plume trop sévère. Puis envoie ses émissaires pour placer le piège au Bayrou. C’estJean-Pierre Mignard qui est chargé de sortir du bois.

 

...et  à droite

 

Mais entre-temps, la danse du centre n’a jamais cessé d’agiter le camp d’en face. Edouard Balladur et Valérie Pécresse ont fait le plein de recharge en pointant les accointances programmatiques, et ce même si leur aveuglément les font confondre une fougère avec une perdrix, quand notamment la ministre du Budget trouve compatible la vision européenne de Bayrou et la menace sur les accords de Schengen brandie par Nicolas Sarkozy.

 

Jean-Pierre Raffarin tend, lui, la carotte pour attirer le lièvre Bayrou en lui faisant miroiter le poste de premier ministrable, miroir aux alouettes.

 

François Bayrou, candidat du Modem à la rpésidentielle, en visite à Sophia Antipolis, le 27 février 2012. (B.BEBERT/SIPA)

François Bayrou, candidat du Modem à la présidentielle, en visite à Sophia Antipolis, le 27 février 2012. (B.BEBERT/SIPA).

 

Et pendant que la drague au Bayrou, indécente procession, se fait au vu et au su de tous, sans gêne, sans fausse pudeur, les craintes de l’abstention se font sentir. Comment ne pas être écœuré de voir les cyniques, Hollande et Sarkozy, faire fi du choix du peuple ? Comment oser faire comme si le premier tour n’existait pas au point que les deux grands ont refusé de s’affronter dans le débat du premier tour ? Comment ce déni de démocratie ne peut-il pas participer au poujadisme ambiant et profiter à ceux qui veulent mettre les Français les uns contre les autres et qui font de ces tripatouillages feu de tout bois ?

 

François Bayrou l’a dit et redit. Dans ce premier tour, concernant les deux grands comme ils aiment se voir, il y a le candidat de l’illusion et celui de la division. Laissons les Français faire leur choix.

 

Les Français feront leur choix

 

François Bayrou compte sur l’intelligence du peuple en lui demandant de la raison quand, en temps de crise, il a envie d’évasion. Mais ce discours demande du temps, et il reste quinze jours pour le lui faire comprendre. Viendra ensuite le temps du premier tour. Mais de grâce, ne privez pas les Français du premier tour au risque de vous tirer une balle dans le pied.

 

Comme l’a gentiment expliqué Marielle de Sarnez : "Moi j’aime bien être draguée quand c’est choisi. Pas quand c’est subi". Il faut être clair : la drague au Bayrou n’est pas encore ouverte. Et c’est celui-là l’impératif démocratique.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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