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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 10:16

Jérôme Boursican est l'avocat de Florence Lamblin, élue EELV, mise en examen dans une affaire de blanchiment d'argent (K. TRIBOUILLARD / AFP)

Jérôme Boursican est l'avocat de Florence Lamblin, élue EELV, mise en examen dans une affaire de blanchiment d'argent (K. TRIBOUILLARD / AFP)

 

La déferlante médiatique n’en finit plus depuis vendredi soir. Florence Lamblin n’était certainement connue que des habitants du 13e arrondissement de Paris, elle qui est adjointe au maire. Et encore, serait-on tenté d’ajouter, tant les citoyens n’ont pas toujours connaissance de l’identité de ceux qu’ils placent eux-mêmes au pouvoir. Aujourd’hui, on ne parle que d’elle. Que d’elle. Et c’est justement ce qui gêne les Verts qui n’ont pas tardé à manifester leur agacement.

 

L’affaire, il faut le dire, est d’une ampleur assez impressionnante. Il est question d’un vaste système de blanchiment à hauteur de 40 millions d’euros qui visait à écouler l’argent de la drogue. Qui mieux que la Suisse, d’où est partie l’affaire, pour expliquer les tenants et les aboutissants d’une affaire complexe tant sur le fond que sur la forme, quand il s’agit de transaction financière dans un pays qui pose toujours le problème de son statut de paradis fiscal en Europe :

 

 

On le voit, chez nos voisins suisses, il n’est pas question de Florence Lamblin, quand en France, il n’est en réalité question que de cela :

 

 

Les Verts tentent de calmer le jeu

 

Chez les Verts, on s’agite pour tenter de calmer le jeu. Denis Baupin, vice-président du groupe écologiste à l'Assemblée nationale et député dans la dixième circonscription de Paris, fait valoir sa subjectivité et son amitié en guise d’argument :

 

"Je la connais assez bien puisque c'est une élue dans un arrondissement dont je suis député (le 13e arrondissement). C'est une élue très impliquée dans la ville politique de son arrondissement et dans le mouvement. Elle défend ses convictions, elle est dévouée. J'ai beaucoup de mal à croire tout ce que je lis et ce que j'entends depuis ce matin. Ça ne correspond as du tout à ce que je sais de Florence Lamblin. J'invite tout le monde à garder beaucoup de modération."

 

Et l’élu Vert de regretter que seul le nom de Florence Lamblin ne soit sorti :

 

"Il ne s'agit pas de nier cette histoire de trafic. Mais on jette son nom en pâture parce que c'est la seule personne connue (sic). Mais si elle est innocente, c'est toute son activité politique et tout sa vie personnelle qui est jetée en pâture."

 

Connue, Florence Lamblin ? Certainement pas. En revanche, les Verts, eux, sont bien connus et surtout dans le viseur à en croire Yves Contassot, conseiller de Paris : Florence Lamblin est "la seule" dans ce dossier "dont le nom est jeté en pâture (...) Ce n'est pas totalement le fruit du hasard", a-t-il avancé, évoquant la "quasi-instantanéité" des réactions de l'opposition qui a notamment dénoncé la "permissivité" de la gauche.

 

La droite, il est vrai, n’a pas attendu pour sauter à la gorge des Verts, dans leur globalité, quand l’affaire ne citait qu’un nom et un seul dans leur rang, comme en attestent les propos du patron de l’UMP parisienne Philippe Goujon :

 

"L'approche par les Verts et le PS de la question de la drogue, qui passe pour les Verts par la légalisation et pour certains socialistes par la dépénalisation, créé un climat favorable, permissif, qui fait que certains ne voient pas la différence entre le licite et l'illicite, entre le bien et le mal".

 

Et la présomption d'innocence ?

 

Monsieur Goujon semble tout de même tirer un peu hâtivement des plans sur la comète et faire fi de la présomption d’innocence d’autant que si l’affaire, en l’état, semble poser un problème avec l’argent, rien ne permet de dire que l’élue Verte soit en relation avec l’affaire de drogue comme le rappelait son avocat hier :

 

"S'il y avait quelque chose, ce serait tout au plus le fait de ne pas avoir déclaré 350.000 euros à l'ISF."

 

Oui, mais c’est sans doute là que réside le hic pour les Verts. Car, on se souvient des jugements sans concession d’Eva Joly à l’égard d’un Eric Woerth, ou de ses prises de position dans la moindre affaire judiciaire... même a posteriori. Ainsi, quand on lui demandait si elle connaissait DSK à l’époque où le Sofitel n’était pas passé par là, la future candidate à la présidentielle avait répondu, sarcastique : "Je le connais bien Dominique Strauss-Kahn, je l’ai mis en examen."

 

Les Verts se sont toujours posés sur une ligne "ultra-moraliste" concernant l’argent et les affaires. L’éthique leur a toujours semblé une discipline non négociable, et leurs cadres ont souvent appelé à la démission ceux qui étaient même juste suspectés d’être dans des affaires. La lutte contre la corruption avait même été un des piliers centraux de leur programme lors de la dernière présidentielle.

 

Aussi comment accepter qu’une élue, puisse "tout au plus" ne pas avoir déclaré 350.000 euros à l’ISF, puisque c’est la moindre de choses que l’avocat daigne à admettre ? Et quand on sait leur précaution et leur capacité à tout nier dans la précipitation d’une affaire révélée, l’on est en droit de se demander si pareille concession ne sonne pas comme un aveu.

 

Voilà qui ferait très mal à un parti qui avait fait de sa probité vis-à-vis de l’argent un étendard.

 

Et puis, l’on ne peut s’empêcher de penser que, si la réaction de Monsieur Goujon est caricaturale et outrancière, elle n’en demeure pas moins la monnaie de la pièce à ceux qui, à l’image de Noël Mamère, s’accommodent assez peu de la modération dans les propos. Il avait ainsi accusé Jacques Chirac en pleine Assemblée nationale pour l'affaire des "faux électeurs", ce qui lui avait valu une sanction symbolique. Il avait aussi lancé un appel à la démission de Dominique de Villepin, en 2005 au sujet de l’affaire Clearstream. Dans l’affaire Woerth encore, il avait lancé une formule pour le moins crasse : "Affaire après affaire, le poisson pourrit par la tête."

 

Et, est-ce une surprise de voir aujourd’hui Maître Wallerand de Saint Just, responsable du Front National à Paris et avocat du parti évoquer "une pourriture à tous les niveaux" ? Ce week-end, ce n’est pas les cadres des partis républicains qui empruntent le sémantique du FN, c’est bien l’inverse. À moins bien évidemment de considérer qu’en 2010, Noël Mamère s’était égaré en chemin…

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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