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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 20:16

Produire et instruire. L’adage avait été annoncé en grandes pompes en prenant de court tous ses concurrents encore en vacances dans un livre "2012 État d’Urgence" publié en plein mois d’août, sous la forme d’une promesse de candidature. Un livre-projet qui annonçait les deux thèmes majeurs sur lesquels le Béarnais allait articuler sa campagne. Le "produire" avait légitimement ouvert le bal, crise oblige, François Bayrou donnant même le rythme, chacun devant répondre à sa proposition du "made in France " qui a tant fait parler.

 

François Bayrou à la maison de la chimie à Paris le 15 janvier 2011 (T. SAMSON/AFP)

François Bayrou à la maison de la chimie à Paris le 15 janvier 2011 (T. SAMSON/AFP)

 

Place aujourd’hui à l’école, l’autre crise majeure française. Une école qui reste LA grande victime de l’hydre bipartite : un enfant barbare a décidé de lui faire la peau à ma droite, et des parents indigents et peu concernés préfèrent la couvrir de cadeaux financés par une carte de crédit qui a déjà explosé son plafond plutôt que de lui apporter l’attention nécessaire sur ma gauche.

 

Triste bilan pour une France qui lui consacre pourtant près d’un quart de son budget  pour des résultats qui comparativement la classent parmi les cancres de l’OCDE. Inique et indigne. 

"Les blessures à l’école, ce sont des blessures à la République ", analyse avec justesse le candidatFrançois Bayrou à la tribune, samedi, à la Maison de la Chimie, où il avait donné rendez-vous aux Français pour réfléchir sur l’épineuse question éducative.  

 

Bayrou, chouchou des enseignants


L’homme était attendu sur la question. Celui dont on dit qu’il murmure à l’oreille des enseignantsn’est pas sans savoir que la profession l’avait massivement soutenue en 2007, comme il le rappelait dans "2012 Etat d’urgence".

 

Surtout depuis que l’on sait que l’on n’a plus rien à attendre de la droite sur un remède miracle, elle qui s’entête à administrer de la mort-aux-rats à haute valeur mortifère (66.000 suppressions en 5 ans, disparition de l’Histoire en terminale S, disparition de la formation initiale des enseignants).

 

Surtout aussi depuis qu’elle sait que le candidat François Hollande a estimé que l’éducation n’était qu’une question de moyens, et que même sur ce thème, il est passé en dose homéopathique.

 

Que propose donc François Bayrou ?


18 heures et pas davantage ! On se souvient que Ségolène Royal en 2007 avait fait une sortie remarquée sur le temps de travail des professeurs.

 

Sego education nationale par pasvualatv

 

Cinq ans plus tard, on en parle à mi-mots… mais on n'en pense pas moins. François Hollande, tout comme Martine Aubry lors de la primaire, et Bruno Julliard chargé de l’éducation au PS ont promis de revoir les missions de l’enseignant, notamment le temps de présence des enseignants dans les établissements. Pour François Bayrou, c’est NIET : "Peut-on comprendre qu’un enseignant ne voit pas juger sa mission au seul contact des enfants ou des adolescents ?" Puis Bayrou d’accuser ceux qui mettent en accusation le temps de travail des professeurs, en affirmant qu’ils ne " tiendraient pas deux heures en face d’une classe de collège ".

 

Il ne touchera pas aux horaires des enseignants

 

L’orientation est claire et iconoclaste à l’égard de ce que propose tous les autres candidats : "Je ne suis pas pour qu’on remette en cause le décret des années 1950 qui définit le statut des enseignants."  C’est le SEUL à le garantir.


La reconstruction d’une année de la formation des enseignants et une évaluation qui doit restée en l’état, à savoir 40% pour le chef d’établissement et 60% pour les inspecteurs. Ceux qui pensaient qu’il fallait impérativement faire grève pour prendre position en seront pour leurs frais.


D’abord les bases et les bases d’abord ! Un virage à 180° puisque, jusqu’à présent, le socle commun des compétences et des savoirs, que vante tant François Hollande dans son projet, mélange savoir-faire et savoirs, privilégiant mêmes les premiers comme arbre qui cache la forêt. Et ici, point d’incantation en guise de programme : l’étude du français et de la langue reprendront la place qu’elles n’auraient jamais dû perdre : 50% du temps du temps scolaire de la primaire leur seront consacré. Voilà le remède de cheval qui est proposé : 

 

"La clé de la réussite, de l’égalité des chances, à l’école comme dans la vie, c’est la langue", rectifie François Bayrou, souhaitant arrêter la folle idée que donner sa chance à tous c’était avoir de moindre exigences. Philippe Mérieu aurait-il eu quelques migraines samedi matin ?


La sanctuarisation des moyens

 

François Bayrou l’a répété comme étant une évidence : "La question des moyens n’est pas la question clé." Aussi, l’annonce de la création de postes comme clé de voûte du rétablissement de notre école n’est au mieux que de la démagogie, au pire qu’une énième course effrénée vers un endettement qui plus est stérile en termes de résultats.

 

Pour le Béarnais, "le maintien des moyens existants (…) sera un grand effort pour la Nation". La priorité sera à la rationalisation des moyens : "Il faut penser le nombre d’élèves par classe en fonction de la réalité de la classe." 


D’autres orientations ont été évoquées, comme le refus de faire du gouvernement, ou du président de la République, le juge arbitre des méthodes d’apprentissage, la réflexion sur les rythmes scolaires, l’école du soir tenue non pas en demandant encore plus d’heures aux enseignants mais en offrant des bourses de tutorat aux étudiants, la création d’un baccalauréat d’excellence générale à la fois littéraire et scientifique pour refaire de l’excellence une priorité de l’école publique, et, pour les autres, la transformation de la classe terminale en propédeutique à l’université.

 

Une salle de classe dans le Nord, le 5 décembre 2011. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Une salle de classe dans le Nord, le 5 décembre 2011. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

 

Penser à l'enseignement public


Mais la plus belle des réponses, François Bayrou l'a apportée à tous ceux qui, faute d’idées, faute de consistance dans leur programme, faute d’intelligence dans les propositions, ont voulu faire de l’ancien ministre de l’Éducation, l’homme qui favoriserait l’enseignement privé au détriment du public. La raison de cette agitation ? Une affaire, vieille de plus de quinze ans, et sur laquelle il a reconnu maladresse et formulé mea culpa, à savoir la réforme de la loi Falloux, que ses contradicteurs agitent comme un chiffon rouge.


"Nous devons reconstruire en pensant d’abord à l’enseignement public. Je considère l’enseignement privée et d’abord l’enseignement privé sous contrat, comme faisant partie intégrante de l’éducation nationale. Mais ma préoccupation est aujourd’hui encore davantage tournée vers l’enseignement public."


Et l’ancien ministre de l’Education de conclure : "L’éducation nationale ne peut pas perdre indéfiniment ainsi, en statut et en reconnaissance."


Qu’on se le dise, François Bayrou est le SEUL à non seulement donner des orientations sur une réforme pédagogique en remettant la transmission du savoir au cœur des missions de l’Education Nationale, en ne faisant pas de moyens l’alpha et l’oméga de bien-être des enseignants tout en garantissant de ne pas perdurer la stigmatisation sur leur temps de travail, comme c’est le cas depuis Allègre, ministre de gauche, Ferry, Darcos et Chatel, Ministre de droite.

 

Et tous ceux qui le veulent, de Hollande à Sarkozy, pourront toujours le rejoindre sur ses positions. Mais qui ne sait que ces consensus reviendraient, pour certaines des propositions, à se renier un peu.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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