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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 08:59

C’est fier, si fier que j’ai repris le train pour Lille ce jeudi 3 mai 2012. Le Conseil National venait de se terminer et je savais. Je savais ce que François Bayrou avait déclaré. Sans trahir de secrets, le président du MoDem n’avait absolument rien relayé de précis, expliquant qu’il n’avait pas encore arrêté sa décision. Mais de nombreux signes laissaient à penser qu’il allait fait "le" choix. Historique.

 


 

 

La tâche n’était pas pourtant pas si simple : en donnant son indépendance au MoDem, en faisant choir le rôle de parti godillot de la droite qui lui était dévolu, François Bayrou avait ouvert une nouvelle page du centre. Une nouvelle famille politique qui n’était plus une force d’appoint de voix pour le second tour de l’UMP, mais une pensée autonome qui pouvait, enfin, s'exprimer par elle-même.

 

Le Centre venait d’être soigné de son hémiplégie et François Bayrou était le médecin chercheur qui avait permis le miracle. En 2002, il était encore trop tôt. Et la présidentielle avait accouché d’une bête immonde au second tour qui empêchait tout choix : un seul bulletin de vote s’offrait à la conscience républicaine.

 

Une longue traversée du désert qui s'achève enfin

 

Jaques Chirac, alors, n’avait pas saisi l’instant. Il le regrettera dans ses mémoires. Et c’est non sans arrogance qu’il prit son score de République bananière pour argent comptant, sans comprendre qu’il était un vote pour la France et non pour son camp. Il fonda alors l’UMP pour faire un parti unique en face du PS, suffisamment puissant pour faire taire toute dissidence.

 

Lors du Congrès fondateur, François Bayrou s’offusqua de cette confiscation de la pluralité politique et scanda : "Si nous pensons tous la même chose, nous ne pensons plus rien". Rodolphe Geisler, journaliste du Figaro et auteur de "Bayrou, l’obstiné" révèle qu’un cadre, médusé comme la foule qui siffla le discours de Bayrou, aurait dit : "Il nous fait cocu, et en plus on paye la chambre". Classe. Tout comme le coup de fil que passa Chirac à Bayrou le soir du premier tour, sûr de sa victoire : "Je t’emmerde".

 

2007 fut une autre présidentielle singulière. Comme l’expliqua avec acuité François Bayrou lors du Conseil National, l’Histoire a montré que la montée du Centre résultait de deux facteurs possibles : soit il profitait de l’effondrement de "l’un des deux", soit il engrangeait le vote contestataire. Cette fois-là, ce fut le bingo. Et ce d’autant plus que la participation fut exceptionnelle. Près de 7 millions de voix.

 

Bayrou n'a jamais dévié

 

Mais même si François Bayrou avait donné lors du Congrès extraordinaire de Lyon en 2006 les gages de l’indépendance du Centre, l’opinion n’en avait pas encore eu la preuve. Bayrou vota blanc, on le saura bien plus tard, et se contenta de dire qu’il savait pour qui il ne voterait pas. Et personne n’ignorait qu’il désignait Nicolas Sarkozy comme la cible de son ire.

 

2012, enfin. Cinq années de traversées du désert, diront certains, qui auront oublié que le MoDem a continué à représenter quelque chose dans le paysage politique français. Cinq années durant lesquelles François Bayrou ne ressembla en rien à un homme de droite, surtout pas un homme du Sarkozysme, étant un opposant à Nicolas Sarkozy parmi les plus sévères.

 

On se souvient que Martine Aubry avait ironisé au plagiat tant elle eut aimé écrire "Abus de Pouvoir". C’est pourtant le Béarnais qui avait décrit au mieux le mécanisme sarkozyen dans ses plus vils travers, le fric décomplexé, la laïcité dévoyée, et la République des copains d’abord, Tapie servi en priorité.

 

L’entre deux tours ne fit qu’accentuer la tendance. Les Hortefeux et autres Guéant dont les dérapages outragèrent notre République firent pâle figure à l’aune de la tournure de la campagne de Sarkozy guidée par Buisson. Le chantage sur Schengen, l’ignoble discours sur les frontières de Toulouse, ou encore le spot de campagne avec le panneau "frontière" écrit en français et en arabe.Ad nauseam.

 

François Bayrou l’a dit et répété : on a franchi l’intolérable. Il n’est plus question de tradition, de calcul stratégique sur la refonte de la droite. Le cynisme n’a plus de droit quand les valeurs de la République son prostituées.

 

Je demandais ici même, et je ne fus pas le seul, par ailleurs, de redoubler de courage pour oser faire un choix historique. Il n’était pas question de ralliement. Le programme de François Hollande s’abîme dans des promesses intenables et que nos Finances publiques ne permettront pas. Ses espoirs de croissances sont vaines supplications et incantations farfelues.  Et notre indépendance si chèrement acquise n’a pas à être remise en question. Elle "est"tout simplement.

 

Une décision historique et digne

 

Non seulement, il est le premier Homme de Centre à voter officiellement pour un homme de Gauche, estimant que les valeurs sont plus importantes que les programmes. Les uns peuvent s’amender quand on ne peut s’accommoder des autres quand elles sont ouvertement prostituées.

 

Mais François Bayrou n’a rien négocié. RIEN. Et François Hollande de le saluer hier soir, dans la foulée de son meeting de Toulouse. Point de maroquin, de postes, ou de chapeau à plumes. François Bayrou est venu, nu, dire que la situation imposait un choix. Le ni-ni que prévoyait avec un flair qui lui fait décidément défaut Ségolène Royal n’aura pas lieu : "Je ne peux pas voter blanc, cela serait de l'indécision". Et il est reparti, nu. Sans promesse, ni plan sur la comète. Avec le conscience d’avoir fait ce qu’il y avait à faire.

 

On m’a souvent demandé ce qu’était le centre. Ou plutôt ou se situait le centre. J’ai souvent expliqué en vain comme on prêche dans un désert. Mon désert. On m’a souvent dit "Mais tu ne parles que de valeurs". Mais ces valeurs, chacun peut les apprécier à présent. Ce sont ça les valeurs de ce centre. La volonté n’est pas de gouverner à tout prix et de tout sacrifier quitte à renier ce qui a été dit la veille : "Par ce choix, je rends pour la première fois possible l'Unité nationale".

 

Certains le croyait trop égocentrique pour le croire capable de ne pas être au centre de l’unité nationale. Ils se sont mis le doigt dans l’œil jusque l’omoplate.

 

Et la bigote qui radote (alias Christine Boutin) n’y voit plus clair quand elle ose dénoncer une "trahison en place publique" de François Bayrou. Ce n’est pas lui qui avait menacé le président sortant d’une bombe nucléaire avant de le rallier après avoir vu Sarkozy annoncer dans le "Figaro magazine" qu’il était contre le mariage gay. Le même qui déclare à présent regretter de ne pas avoir inscrit dans le Constitution Européenne que les origines de l’Europe étaient chrétiennes. Une revendication faite depuis des années par le Vatican et tous les lobbys les plus intégristes que compte l’Europe.

 

François Bayrou n’a jamais cessé d’être un opposant à Nicolas Sarkozy. François Hollande l’avait redit jeudi matin : "François Bayrou n’est pas un homme de gauche (ce que le Béarnais a confirmé jeudi soir), mais il n’est plus à droite".

 

Il est venu le temps de briser les clichés et de comprendre que la vie politique ne saurait se résumer en une vision bipartite. Nous n’avons évidemment pas gagné la présidentielle mais nous avons joint la parole à l’acte. Et c’est en cela encore plus fort que d’avoir fait 18%.

 

Et je suis fier, très fier de représenter les valeurs de François Bayrou. Qu’on se le dise.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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